giverny

Giverny News

Le Blog d'Ariane,

dimanche 20 mai 2012

L'âge d'or des grenouilles

Les grenouilles dorées de Champ de Bataille

Au château de Champ de Bataille, les grenouilles pansues, dodues, dorées, ont un regard enamouré.

mercredi 28 septembre 2011

Rollon

Rollon sur son drakkar ArianeL'oeuvre s'appelle "Rollon, chef Viking et premier duc de Normandie, sur son drakkar Ariane". Elle a été présentée au public au musée de Vernon dans le cadre des journées du Patrimoine, en clin d'oeil au 1100e anniversaire de la Normandie.
On doit ce petit bijou d'inventivité, d'humour, de tendresse et de fin bricolage à un ancien de la Snecma, Jean-Claude Conchard. Celui-ci a recyclé des éléments des moteurs de fusées fabriqués et testés à Vernon pour les assembler en un Rollon futuriste et rigolo.
Le corps du farouche guerrier est une chambre de combustion du moteur HM7 du deuxième étage d'Ariane, les jambes des tuyaux d'échappement de Viking (l'ancien moteur du lanceur européen), tandis que les boucliers jumeaux sont faits avec des turbines de Viking qui dans leur environnement normal se flattaient d'être deux fois plus puissantes qu'un TGV.
La nef du drakkar, quant à elle, vient de la coque d'un moteur Vulcain, qui propulse Ariane 5 à l'aide d'hydrogène et d'oxygène liquides, donc extrêmement froids.
L'artiste n'a pas dû avoir la tâche facile pour découper et souder les différents éléments de son Rollon. L'industrie spatiale fait appel à des métaux très spéciaux, des aciers réfractaires de type inox à fort taux de nickel, m'ont expliqué ses collègues présents à l'inauguration de l'oeuvre. Ces métaux, très chers comme on peut s'y attendre, ont l'avantage de ne pas s'oxyder et d'offrir une grande résistance thermique. En revanche, ils sont difficiles à usiner.
J'imagine que lorsqu'on est de la partie, le plaisir est grand de reconnaître ici et là les pièces de réemploi, familières dans un autre contexte.
Pour le spectateur non averti, les éléments gardent tout leur mystère, avec leur patine et leur éclat si particuliers, et leurs formes détournées de la fonction initiale pour laquelle ils ont été conçus afin de leur insuffler un sens nouveau.
Avec sa bouille toute ronde et ses yeux en rondelle, le bonhomme Rollon sur son Ariane propose un drôle de voyage au fil du temps.

jeudi 9 avril 2009

Cène de sable

La Sainte Cène, sculpture de sable, Christian Avril, GivernyLe sujet est de circonstance aujourd'hui. Deux artistes de Giverny, Christian Avril et Jean-Pierre Porcher ont sculpté une représentation monumentale du dernier repas du Christ et de ses disciples. Les personnages de la Cène, grandeur nature, sont façonnés dans du sable.
C'est tout à fait saisissant de se trouver face à face en taille réelle avec cette scène si souvent représentée sur les tableaux, donc en réduction. La sculpture éphémère se trouve dans la cour du 75 rue Claude Monet à Giverny, elle est visible de la rue, et si l'on a envie de s'approcher l'entrée est libre.
Christian Avril parle avec humour du choix du sujet, un "hommage à une bande de hippies : Jésus et ses potes". Nul doute qu'il se retrouve un peu dans le caractère atypique que pouvaient avoir les tous premiers chrétiens. C'est une façon de voir les choses pour un artiste qui a Christ dans son prénom !
Chris Avril sculpte le sable depuis des années chaque été sur les plages de la Méditerranée, Jean-Pierre Porcher s'y est mis avec plaisir.
Les deux sculpteurs ont pris quelques libertés avec la Cène de Léonard de Vinci. Judas, le visage fermé, serre ses sous. L'apôtre qui tend le doigt vers le ciel a plutôt l'air de, disons, commettre une incivilité sacrilège.
Et puis, un petit chien est tapi sous la nappe. C'est le propre chien de Chris mort cet hiver, qu'il représentait souvent sur ses tableaux des rues de Giverny.
Il a fallu trente tonnes de sable de la Seine bien compacté pour donner corps à la Cène. Il a fallu aussi un concours de circonstances un peu triste.
Chris Avril avait l'habitude de peindre dans la rue tout près de la maison de Monet, et d'accrocher ses toiles à vendre à une clôture. Il paraît que ça fait désordre, que d'autres peintres pourraient suivre son exemple. Où irait-on si on se retrouvait soudain avec Giverny transformé en place du Tertre ? On en frissonne d'avance.
Toujours est-il que Chris Avril n'a plus le droit de s'installer dans la rue comme il le faisait depuis longtemps. Jean-Pierre Porcher s'en est ému et lui a offert l'hospitalité devant sa maison, transformant sa cour en plage. Parce qu'une question dérangeante le taraude : où va-t-on quand on ne veut plus de vous dans la rue ?

mardi 24 mars 2009

Les trois pas

Les trois pas, Olivier Gerval, Château de VascoeuilTrois personnages de métal marchent sur la pelouse les uns derrière les autres, un grand, un moyen et un petit. Tête baissée, ils paraissent perdus dans leurs pensées comme les passants des villes, indifférents à ce qui les entoure.
Vous avez l'impression de les avoir déjà vus quelque part ? C'est que vous avez reconnu la patte d'Olivier Gerval, le plasticien qui a aussi réalisé le groupe People installé près du vieux moulin de Vernon.
Les personnages de People sont plus schématiques, sans bras ni jambes. Ceux des Trois Pas paraissent plus humains, habillés, dotés d'yeux et de mains rondes qui pendent au bout de leurs bras dans le balancement de la marche.
Nous sommes ici au château de Vascoeuil, un lieu culturel exceptionnel situé à une heure de route de Giverny, dans le nord de l'Eure.
Les propriétaires du domaine, M. et Mme Papillard, l'ont acquis assez délabré en 1965, dans le but d'en faire leur maison de campagne. Le gouffre des travaux aurait été insondable pour des particuliers. Mais maître Papillard était l'avocat de grands noms de l'art. C'est Vasarely qui a suggéré de faire de Vascoeuil un espace d'expositions culturelles pour que le château se trouve une autonomie.
Une association est née, et les plus grands artistes contemporains se sont succédé au fin fond de cette campagne, entre les vaches et les pommiers, sur les bords du Crevon qui se jette dans l'Andelle qui se jette dans la Seine : Buffet, Braque, Léger, Cocteau, Dali...
Il n'est donc pas très surprenant que le parc se soit enrichi peu à peu de sculptures et de mosaïques, au point de devenir une galerie en plein air d'une cinquantaine d'oeuvres. Gerval est en bonne compagnie à côté des Volti, Szekely, Chemiakin et autres Hedberg.
Jardin de sculptures, expos de renom (Moreno et Nili Pincas ce printemps), château restauré de façon exemplaire, ce ne sont pas les raisons qui manquent pour venir à Vascoeuil. J'y ajouterai le charme d'un coin de Normandie à la douce ruralité, ouvert vers la grande forêt de Lyons. Et, cerise sur le gâteau : le château de Vascoeuil rouvre le week-end prochain avec une fête du chocolat !

vendredi 21 mars 2008

Sépulcre

sepulcreSépulcre de Verneuil sur Avre

Le thème de la Mise au tombeau du Christ a été très souvent représenté dans les églises gothiques. Il était prisé des Cordeliers, qui avaient la charge de garder les Lieux Saints. C'était aussi un thème tout trouvé pour orner des chapelles funéraires, et l'occasion de réaliser d'importants groupes de figures de pierre de taille réelle.
La scène de l'embaumement et de l'ensevelissement de Jésus comprend d'habitude un nombre figé de personnages. A la tête et aux pieds du corps du Christ se tiennent les deux hommes qui sont allés réclamer la dépouille et la portent, Joseph d'Arimathie et Nicodème. Au fond, faisant face au spectateur, les saintes femmes, la Vierge Marie, Marie-Salomé et Marie-Cléophas, mères de disciples, et Marie-Madeleine la pécheresse repentie qui porte des aromates. Jean, le disciple préféré de Jésus, soutient la Vierge.

Sépulcre de Louviers
Sépulcre de LouviersOn peut voir dans l'Eure deux sépulcres du début du 16ème siècle à Louviers et à Verneuil sur Avre. Selon Jacques Beaudoin ("La sculpture flamboyante, Normandie et Île de France") ils ont sans doute été exécutés par le même artiste, celui de Louviers vers 1500, celui de Verneuil une dizaine d'années après.
Les deux groupes présentent nombre de similitudes dans les attitudes des personnages, les positions des mains, les plis des vêtements, et même les traits des visages. Sont-ils dûs à Jean Cossart, qui travaille à cette époque à la cathédrale d'Evreux ? L'imagier qui les a sculptés a su leur donner une noble et douloureuse gravité qui incite au recueillement.

mardi 25 décembre 2007

Trois anges

trois anges, EcouisA Noël on chante les anges, les anges dans nos campagnes, et aussi ceux qui sont trois et qui viennent vous voir le soir en vous apportant de bien belles choses, façon Père Noël en plus merveilleux encore.
Les anges, bien entendu, chantent aussi, sur les porches des églises ou comme ici sur le socle de la vierge d'Ecouis.
Hmm ! Des anges, ceux-là ? Ils ont l'air beaucoup trop vrais pour qu'on les croit surnaturels. L'artiste leur a glissé des ailes derrière la tête pour la forme, mais on sent bien qu'ils seraient beaucoup moins craquants s'ils ne ressemblaient pas autant à de jeunes choristes.
Ils s'appliquent. Ils suivent avec le doigt dans le gros livre. Celui de gauche ne se sent pas assez sûr de lui pour chanter. Celui de droite s'y essaie, les yeux rivés sur la partition. Mais c'est celui du milieu, aux yeux mi-clos levés vers le ciel qui semble les entraîner.
Les deux bras passés autour des épaules de ses compagnons dans un mouvement qui répond à celui des ailes, ce n'est pas lui qui repose sur eux mais qui au contraire les élève. Leurs ailes ont l'air de lui appartenir et d'être largement déployées, prêtes à l'envol.
Et ce n'est sans doute pas un hasard si c'est l'ange du milieu qui a le visage le plus fin, le plus éthéré, le moins terrestre.

lundi 17 décembre 2007

Chat noir

Chat en céramiqueCet authentique chat de gouttière passe sa vie sur les toits, et pour cause, il est solidement scellé à l'arête de cette couverture !
Il chasse paisiblement le pigeon et le moineau à Orbec, un très joli bourg du Calvados qui a gardé tout son caractère normand.
Ce genre d'animaux décoratifs en céramique est assez courant dans la région, voici un autre chat tout blanc vu aux Andelys.

mardi 20 novembre 2007

La Vierge d'Ecouis

Vierge d'Ecouis Voici une des plus belles statues de la Vierge que l'on puisse admirer en Normandie. Elle se trouve à une demi-heure de route de Vernon vers le Nord-Est, dans le petit bourg d'Ecouis.
Une demi-heure de route pour aller voir une statue ? Pourquoi pas, d'autant qu'on est sur la route de tout un tas d'endroits charmants, le château de Vascoeuil, l'abbaye de Mortemer, le village typique de Lyons la Forêt, par exemple.
La collégiale d'Ecouis est un endroit enchanteur. A chaque pas on y découvre de nouvelles merveilles.
La Vierge d'Ecouis fait partie d'un ensemble sculpté qui représente l'Annonciation. L'archange Gabriel lui fait face, tandis que la Vierge est installée sur une console soutenue par trois adorables angelots chanteurs.
On ne se lasse pas de contempler ce visage. Le maître qui l'a sculpté lui a donné une expression de douceur, d'intériorité, d'acceptation du destin que l'ange est en train de lui annoncer. Marie s'abandonne à cette volonté qui lui est signifiée. Elle croise les bras en signe d'attention, de respect.
Cette Vierge a quelque chose de très juvénile, presque enfantin. Ses mains présentent des fossettes comme en ont les très jeunes enfants.
Pour une plus grande finesse de travail, la tête et les mains ont été réalisés en marbre tandis que le reste du corps est en calcaire, un procédé courant à l'époque.
L'époque ? C'est la seconde moitié du 14ème siècle. La Guerre de Cent ans a commencé, mais on est dans une période plus calme qui va de 1360 à 1415.
La sculpture flamboyante est à son apogée. Le spécialiste des imagiers de cette époque Jacques Beaudoin a enquêté pour tenter de savoir à qui on peut attribuer cet "ensemble magistral de l'art français".
Selon lui, compte tenu de l'ampleur du drapé, de la bouche entrouverte d'un angelot, des crocs dans les cheveux de l'archange, elle pourrait être l'oeuvre de Jean de Marville, un artiste originaire de la région lilloise qui aurait pu l'exécuter avant de se rendre en Bourgogne.

lundi 8 octobre 2007

Silex taillé

Silex tailléJe viens d'apprendre comment on fait pour tailler un silex. La technique n'a pas changé depuis l'âge de pierre.
C'est Monsieur Laroche qui m'a expliqué le procédé : on prend un rognon de silex, on lui retire une calotte de chaque côté, on le pose verticalement, et on le frappe violemment avec un percuteur pour en détacher des lamelles. Des lamelles conchoïdales, précise-t-il, c'est-à-dire en forme de coquillage. L'opération est facilitée si on chauffe ou si on gèle la pierre.
Ensuite, on choisit parmi ces lamelles celles qui ont la forme la plus intéressante, et on en affine le tranchant en appuyant doucement sur le bord avec un autre silex, un coup d'un côté, un coup de l'autre. Cette dernière opération, contrairement à la précédente, ne demande pas de force physique, mais il faut se méfier des éclats qui peuvent vous sauter dans les yeux.
Le couteau ainsi obtenu est aussi tranchant qu'un tesson de bouteille, attention aux doigts !
- Je comprends pourquoi les hommes sont venus s'installer ici, le silex est d'excellente qualité !
L'eau et le gibier étaient certes importants pour les hommes du paléolithique, mais on en trouvait aussi ailleurs. Tandis que le silex était un matériau précieux pour la survie - des flèches pour la chasse, des couteaux pour trancher la viande, des étincelles pour le feu - et moins répandu.
Ce n'est pas tous les jours que l'on croise quelqu'un qui maîtrise la technique de la pierre taillée. Monsieur Laroche est un Français installé en Australie, qui l'a apprise des aborigènes. Il organise des stages de survie dans le bush, où il enseigne comment se débrouiller avec ce que l'on trouve dans la nature.
Ce ne sont pas que des trucs, des savoir-faire. J'imagine qu'on doit revenir transformé de cette expérience, avec une autre vision de sa place dans le monde.
Ce qui me fait supposer cela, c'est son respect, profond, intense, pour les hommes et pour la nature. C'est son bouillonnement face à nos comportements d'Occidentaux. C'est, par exemple, ce qu'il dit à propos des silex.
J'ai déjà parlé de la pierre de Vernon, un beau calcaire tendre dont les bancs sont parfois traversés de rangées de silex, une sorte de sous-produit d'extraction. Le silex est une pierre tellement dure qu'on ne peut pas la tailler. On l'utilise en construction sous forme de moellons obtenus par éclatement, ce qui permet de jouer de son aspect lisse et de sa couleur grise.
A Vernon, on croule sous le silex, il suffit de se baisser pour en ramasser. Autant dire qu'on n'en fait aucun cas.
Monsieur Laroche ne partage pas cette dédaigneuse indifférence. Il utilise un seul rognon de silex pour sa démonstration, parce qu'il ne veut pas gaspiller. "Ils sont trop beaux !"
Je n'ai pas compris cette parcimonie tout de suite. C'était un peu comme d'être à la plage, de fabriquer du verre avec le sable, et qu'on vous dise doucement ! il ne faut pas gâcher le sable. Et puis j'ai fini par saisir.
L'impression d'abondance est trompeuse. Le silex est un matériau issu de transformations à l'échelle géologique. Il se trouve en quantité finie, comme le pétrole. Il a été par le passé aussi précieux pour l'homme que l'or noir l'est aujourd'hui pour nous. Qu'en feront les générations futures ? Nous l'ignorons, en tout cas ce n'est pas une ressource renouvelable. Le respect pour ceux qui viendront après nous, c'est d'économiser les dons de la nature en ne prélevant que ce dont nous avons besoin.
Une leçon essentielle pour nous autres Occidentaux, encore plus importante que l'art de tailler les silex. Merci Monsieur Laroche.

vendredi 13 juillet 2007

Vulcain

Le moteur Vulcain de la fusée Ariane 5Avez-vous deviné de quoi il s'agit ? Certains objets technologiques sont beaux comme des oeuvres d'art. Vu de près, celui-ci ressemble à une sculpture non figurative, où l'artiste aurait voulu exprimer, disons, des destins qui s'entrecroisent, la linéarité de certains parcours, les méandres que font d'autres vies... On est tenté, comme dans les jeux pour enfants, de suivre tous ces fils et de relier le chien à son os, le chat à la souris et la souris au fromage.
On peut toujours plaquer de l'interprétation sur n'importe quoi. Dans toute analyse d'oeuvre, dès qu'on cesse de décrire pour essayer de donner du sens, le terrain devient glissant. L'interprétation n'est qu'une proposition, une piste, une suggestion.

Rien de tel ici puisque l'intention n'a rien d'esthétique, mais qu'elle est purement technique. Ce bel objet est un moteur d'essai Vulcain, fabriqué à Vernon, qui sert à expédier hors de l'atmosphère la fusée Ariane 5.
Les petits fils soigneusement fixés sont des capteurs pour mesurer (entre autre ?) la température du divergent.
Vous vous demandez ce qu'est le divergent ? L'ingénieur qui tenait compagnie au moteur exposé hier sur la place de Gaulle à Vernon a été d'une patience remarquable. Je m'étais juré de m'accrocher pour comprendre enfin quelque chose à Vulcain et Ariane, et je l'ai interrompu chaque fois que je ne suivais pas.
Réponse : le divergent, c'est cette sorte de cloche bourrelée d'où les gaz sortent à une vitesse extrêmement grande (4000 m/seconde, je n'arrive même pas à imaginer).
C'était une aubaine que quelqu'un soit là pour expliquer aux badauds de mon espèce, qui ne se bousculaient pas vu le temps. Sur la maquette d'Ariane, il m'a montré les deux moteurs qui fonctionnent avec du carburant en ol (du propergol, si ça vous cause) et qui servent à décoller, parce que Vulcain tout seul, le pauvre, il n'y arriverait pas. Il m'a aussi fait voir la place énorme occupée par les combustibles dans la fusée - presque toute la place, en fait - et le moteur plus petit qui sert à la fin du vol ; enfin il m'a décrit le circuit fait par l'hydrogène liquide, à la fois pour refroidir ce fameux divergent et pour brûler au contact de l'oxygène.
J'étais contente d'écouter le guide, pour une fois. D'expérimenter ce qui se passe dans la tête de la personne qui se fait expliquer quelque chose.
Au fil des explications, je me sentais plus proche de ces hommes et ces femmes qui relèvent des milliers de défis techniques pour rendre possible cette prouesse d'aller placer des satellites là-haut, en orbite.
Je suivais l'hydrogène liquide ultra froid qui circulait dans les tuyaux, qui brûlait au contact de l'oxygène, qui devenait du gaz, qui passait le mur du son et atteignait des vitesses incroyables.
Et je me sentais un tout petit peu devenir cette fusée Ariane qui décolle, qui largue progressivement des étages, et qui s'arrache enfin à l'attraction terrestre pour aller danser dans la grande nuit des étoiles.

mardi 19 juin 2007

Rodin et Monet

Les Bourgeois de Calais par RodinLe vernissage de l'exposition était fixé au 21 juin. C'était l'été 1889, celui de l'exposition universelle et de la Tour Eiffel. Monet et Rodin exposaient ensemble à la galerie Georges Petit.
Rien ne paraît plus naturel aujourd'hui que de voir réunis sur une même affiche ces deux monstres sacrés de la peinture et de la sculpture. Pourtant, en 1889, cela ne va pas de soi.
Monet et Rodin ont exactement le même âge : ils sont nés à deux jours d'écart, Rodin le 12 novembre 1840, Monet le 14. Ils s'estiment et ils s'admirent mutuellement. Mais leurs carrières parallèles ne se sont pas déroulées à la même vitesse. Rodin a démarré plus lentement, mais il a eu la chance de voir son talent reconnu très vite. Il est un artiste "arrivé", il reçoit des commandes officielles, il fait partie des jurys d'exposition.
En revanche, à 49 ans, Monet attend toujours son heure de gloire. Il est apprécié par un cénacle d'amateurs, soutenu par son marchand Paul Durand-Ruel, mais la critique et le public tardent à lui porter l'admiration qu'il mérite.
Rodin sert donc, un peu, de caution officielle à Monet dans la grande exposition projetée. Ce n'est pas une mince affaire. 36 Rodin voisineront avec 145 toiles de Monet. Oui, 145 ! Une énorme rétrospective de 25 ans de carrière qui restera sur les cimaises de la galerie Petit pendant trois mois !
Des semaines de préparation, des dizaines de lettres pour convaincre ses collectionneurs de prêter telle ou telle toile, et nous voici à la veille du grand jour. Rodin expose ses Bourgeois de Calais au complet pour la première fois.
Mais il attend la dernière minute pour les placer, et, aux yeux de Monet, le 21 juin, c'est une catastrophe :

Je suis venu ce matin à la galerie où j'ai pu constater ce que j'appréhendais, que mon panneau du fond, le meilleur de mon exposition, est absolument perdu, depuis le placement du groupe de Rodin. Le mal est fait... C'est désolant pour moi.
Les sculptures de Rodin le sculpteur reconnu font de l'ombre aux oeuvres de Monet, qui une fois de plus est en proie au doute. Arrivera-t-il à convaincre cette fois-ci ?
Monet a vu juste. La presse fait la part belle aux oeuvres de Rodin, mais se montre moins diserte et moins unanime sur les siennes. Il faudra attendre encore un an et le choc des Meules pour faire enfin taire les donneurs de leçons.

lundi 11 juin 2007

Henry Moore et les silex

Nymphéas, Claude Monet 1908, 81 cm, Dallas Museum of Arts J'ai guidé une guide cette semaine, une expérience étonnante qui s'est avérée merveilleuse. Mrs. H. venait du Texas où elle travaille au musée des Beaux-Arts de Dallas.
Le Dallas Museum of Art est un grand musée généraliste qui balaie 5000 ans d'art à travers la planète. Il possède quatre Monet, dont ce magnifique Nymphéas rond, le petit frère du tondo du musée de Vernon. Avant d'arriver à Dallas, ce tableau-ci, comme celui de Vernon, a été offert par Claude Monet, cette fois au profit de la Fraternité des Artistes. Fichu caractère, mais généreux.

Plus les visiteurs sont réceptifs, plus c'est un bonheur de les guider. Chacun arrive à Giverny avec ses propres attentes. Et en conséquence, se trouve satisfait, comblé ou éventuellement déçu. Imaginons ce que c'est de commenter un tableau des Nymphéas jour après jour, et de voir enfin le bassin en vrai...
Je crois que c'est un des aspects de mon métier que je préfère, être à côté des gens qui vivent l'émerveillement, partager ces instants magiques. Quand en plus ils sont avides d'explications, d'analyses, d'éclairages, le bonheur est total.

Parfois les explications données rebondissent, produisant par ricochet des effets inattendus. Chez Monet, les murs du clos normand et le souterrain qui permet de passer d'un jardin à l'autre sont faits de moellons de calcaire et de silex. Le calcaire se taille bien, tandis que le silex n'accepte que d'éclater sous l'effet d'un percuteur, comme c'était déjà le cas au paléolithique. Dans les champs ou dans les carrières de calcaire, on trouve beaucoup de silex. Entiers, ils ont des formes arrondies un peu bizarres, on dirait des têtes d'os. Comme nos ancêtres ne perdaient rien, les moellons de silex sont largement utilisés dans les murs anciens de la région.Mur en silex et calcaire, Clos Normand de Monet
J'aime bien montrer les petits morceaux de silex insérés dans le calcaire de la pierre de Vernon. "Ah bon, c'est du silex ?" s'est étonnée Mrs. H. Elle avait remarqué une bordure de plate-bande faite en rognons de silex dans les rues du village, sans savoir de quelle pierre il s'agissait. "Nous avons à Dallas une sculpture de l'artiste minimaliste Henry Moore qui s'appelle Vertèbres Numéro 3. Il raconte qu'il s'est inspiré d'une pierre pour créer cette sculpture, mais je ne voyais pas quelle pierre pouvait avoir cette forme-là. C'était donc du silex ! "

mardi 22 mai 2007

La pierre de Vernon

Tête de femme en pierre de VernonVoilà près d'un millénaire qu'on extrait de la pierre des carrières de Vernon pour construire des châteaux et des églises, la plus célèbre étant la Sainte-Chapelle à Paris.
Les carrières de pierre s'ouvrent à flanc de coteau sur la rive droite de la Seine. D'en bas on ne voit rien, mais la colline est percée d'un dédale de galeries interminables où il ne ferait pas bon s'aventurer, si les entrées n'étaient soigneusement fermées.
La plupart des carrières ne sont plus exploitées aujourd'hui, toutes leurs ressources épuisées, sauf une dont les blocs sont réservés à la restauration des monuments historiques.
La pierre de Vernon est un beau calcaire blanc dans lequel on peut trouver des silex, surtout depuis qu'il ne reste plus que les bancs les moins fins à exploiter. Autant le calcaire est facile à sculpter, autant le silex est dur et résiste au ciseau des tailleurs de pierre. Seule l'énorme scie circulaire à ruban diamanté en vient à bout.
C'est dire le défi lancé tous les deux ans aux tailleurs de pierre qui participent au journées de la sculpture sur pierre à Vernon. Chacun des participants se voit remettre un bloc de pierre. De l'extérieur il est bien difficile de savoir où se cachent les silex, et donc de prévoir comment les intégrer dans l'oeuvre.
Les concurrents ont deux jours pour sculpter ce qu'ils veulent, un chapiteau, une cariatide, une niche, dans un style imposé qui change à chaque édition. Cette année c'était la Renaissance.
Le concours a eu lieu dimanche dernier. Je n'ai pas attendu la remise des prix, je ne sais donc pas qui a gagné, mais le jury a dû avoir du mal à départager les plus belles pièces. Sur cette délicate tête de femme, par exemple, l'artiste a fait des silex des sortes de parures de cheveux. Ailleurs, ils forment l'oeil d'une salamandre.
L'oeuvre du gagnant rejoindra la collection de la ville de Vernon exposée au jardin des Arts, là même où se déroulait le concours.

vendredi 18 mai 2007

Buste de Monet

Buste de Monet par Daniel Goupil, GivernyL'an prochain, il y aura peut-être un chemin qui mènera jusqu'à ce buste de Claude Monet à Giverny. Mais pour l'instant il faut couper à travers champs en se mouillant les pieds, tout au bout du parking municipal de Giverny, pour aller admirer cette oeuvre récemment inaugurée du sculpteur Daniel Goupil.
Un si beau buste caché au fond d'un parking, cela paraît aussi bizarre que dommage, comme une lampe sous le boisseau. Tout s'éclaire, si j'ose dire, quand on apprend les raisons qui ont conduit l'artiste à choisir cet emplacement retiré : le visage de Monet se trouve exactement à l'endroit où il se plaçait quand il peignait sa série de prairies aux peupliers.
C'est tout à l'honneur du sculpteur d'avoir opté pour cette localisation symbolique plutôt que pour une autre plus visible mais moins chargée de sens ailleurs dans le village.


Copyright :

Cher lecteur,
ces textes et ces photos
ne sont pas libres de droits.

Merci
de respecter mon travail
en ne les copiant pas
sans mon accord.
Ariane.

Références :

Syndication