dimanche 9 octobre 2011

Si vous avez connu la télé noir et blanc, vous vous souvenez peut-être du petit train d'interlude qui faisait patienter les spectateurs avec des rébus ou de petites histoires, qui défilaient à un rythme d'une lenteur inimaginable aujourd'hui.
Les feuilles d'automne à la queue leu leu au milieu des nénuphars m'ont fait penser à vous proposer cet interlude dans la visite de la maison de Monet.
Nous irons bientôt nous promener à l'étage et dans la salle-à-manger et la cuisine.
En attendant, un petit coup d'oeil sur le jardin que l'automne poétise.
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jeudi 9 juin 2011
Chaque année au printemps, les nénuphars font leur retour. Ce sont des plantes à rhizomes, un peu comme ceux des iris, m'ont expliqué les jardiniers de Giverny.
C'est tout au fond de l'eau, dans la vase où est installé ce rhizome, que se concentre la vie de la plante. La partie visible, en surface, pousse, fleurit puis meurt à l'automne. En bas, la vie continue.
Depuis plus de trente ans, les nymphéas du bassin de Monet n'ont pas eu besoin d'être renouvelés. Ce sont toujours les mêmes que ceux rachetés à la pépinière Latour-Marliac à Temple-sur-Lot au moment de la restauration des jardins, à la fin des années '70, quatre-vingts ans après Monet.
De temps en temps, les jardiniers divisent les rhizomes, comme on le fait pour les iris. La plante, ragaillardie, repart de plus belle.
Tout irait pour le mieux, sans le concours des rats musqués. Ces champions du jardinage aléatoire s'obstinent à venir mettre leur grain de sel dans la vie tranquille de l'étang. Et que je te grignote une tige, et que je te déterre un nénuphar.
Les jardiniers sont obligés de replanter les rhizomes au petit bonheur. Si bien qu'on a un peu perdu la trace de leur nom, on ne sait plus vraiment quelle variété pousse où. On pourrait les retrouver, certes, en cherchant, en comparant les floraisons avec les catalogues. Mais pour quoi faire ? Le bassin de Monet est un vase clos. Pas de nouveau venu, toujours les mêmes bonnes vieilles variétés depuis toujours, plus authentique tu meurs.
Les amoureux des nymphéas Latour-Marliac seront heureux d'apprendre qu'on peut désormais se les procurer à Giverny même. Une petite pépinière, la Capucine, les propose dans sa boutique stratégiquement située entre la fondation Monet et le musée des impressionnismes. On y trouve aussi de grands pots pour les cultiver sans bassin, et des conseils de pros.
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mercredi 25 mai 2011
Effet de la précocité du printemps cette année, les nymphéas sont déjà en fleurs à Giverny. Le plan d'eau de Monet présente son aspect de l'été, avec ses radeaux piquetés de nénuphars colorés.
La glycine au-dessus du pont, en revanche, est fanée depuis deux bonnes semaines. Les visiteurs venus d'outre-Atlantique s'étonnent. Quand fleurira-t-elle ? demandent-ils. Ils sont surpris qu'il soit déjà trop tard pour la voir cette année.
L'hiver a été long et froid aux États-Unis, racontent-ils. Ceux qui viennent des Etats du Nord ont l'impression depuis leur arrivée de se promener dans une région d'une douceur exceptionnelle, une sorte de Riviera normande.
"On va rentrer et il y aura encore de la neige, on en a eu 12 mètres cette année", grognent-ils, tandis que nous clignons des yeux sous le soleil éblouissant et que nous cherchons l'ombre.
Voilà des visiteurs qui vont emporter une idée très spéciale de la Normandie !
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jeudi 12 mai 2011

Voilà une semaine que les premiers nymphéas sont ouverts, des nymphéas blancs du côté sud-est du bassin : depuis le 7 mai, record de précocité de ces dernières années.
Qu'ils aient des fleurs ou non, on ne se lasse pas de photographier les nymphéas. Il suffit de mettre ses pas dans ceux de Monet pour être d'accord avec lui. Les vues générales du bassin, "c'est bien beau", mais quand le regard s'abaisse et qu'il rencontre les nénuphars, le jeu graphique et coloré devient infini.
A suivre les compositions géométriques qu'ils dessinent, on flotte entre le réel de leurs feuilles et le virtuel des reflets, l'infini du ciel et la proximité du plan d'eau.
L'esprit s'évade, la tête dans les nuages, tandis que le concret des feuilles qui flottent permet de garder, à l'image des nymphéas attachés au fond de l'eau, les pieds sur terre.
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lundi 18 octobre 2010
Quelle fleur extraordinaire que le nénuphar !
Je n'ai pas retouché cette photo, la voici telle qu'elle a été saisie par l'objectif une fin d'après-midi d'octobre à Giverny.
Dans le reflet doré du saule pleureur, les feuilles vernissées des nymphéas captent la couleur du ciel et deviennent étrangement bleues, offrant une harmonie inattendue.
Comment ne pas partager la fascination de Claude Monet pour ces fleurs étonnantes, aussi changeantes que des caméléons ?
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jeudi 23 septembre 2010
Si Monet avait peint ses Nymphéas de cette couleur, personne n'aurait voulu le croire. Je veux dire croire que c'est vraiment ainsi qu'ils apparaissent parfois, dans la lumière de Giverny.
A contre-jour, le nénuphar se pare de tons étranges, des gris profonds, violacés, qui lui donnent un air métallique.
Ses feuilles perdent leur aspect végétal et deviennent des objets vaguement inquiétants, artificiels, qui semblent faits de plastique fondu ou de tissu gaufré.
Tout cela flotte, mais la vie n'a-t-elle pas déserté la plante en deuil ?
Pure illusion d'optique. Il suffit de se décaler un peu, et les nénuphars reprennent leur teinte verdâtre habituelle. Ils sont encore bien vivants, offrant leurs dernières fleurs aux rayons de l'automne. Pour les voir ouvertes et admirer leurs couronnes roses ou jaunes, il vaut mieux venir l'après-midi. Les matinées fraîches rendent le nénuphar paresseux, il prend son temps pour sortir de ses songes et desserrer l'étreinte dans laquelle, la veille au soir, il a clos ses pétales.
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samedi 31 juillet 2010
Comme la peinture, le cadrage photographique soustrait l'environnement du motif à la vue pour ne conserver qu'une petite portion subjective du décor.
L'oeil qui, dans le paysage, éprouve des difficultés à faire abstraction de la globalité et à se focaliser sur un endroit précis, se voit contraint d'oublier tout le reste.
Comme la peinture, la photo révèle ce qui se donnait à voir.
Prenez la couleur de l'eau, par exemple. Un jour de beau temps, difficile de ne pas s'imaginer qu'elle est bleue. Dans tous les espaces dégagés comme la mer, l'eau s'offre en miroir du ciel.
Il en va autrement dans le bassin de Claude Monet à Giverny. Les grands arbres qui l'entourent se reflètent à la surface, et la variété des couleurs de leurs feuillages est multipliée par les différents effets de lumière de la journée.
Il en résulte une infinité de colorations possibles autour des nymphéas, qui peuvent baigner dans le bleu, l'argenté, le noir, le gris, le vert émeraude, le roux, le jaune... et même dans cet étrange vert doré des branches de saule en plein soleil.
Un motif en vérité si changeant qu'il méritait bien l'infinie patience de Monet à le représenter encore et encore, dans ses déclinaisons de tons les plus spectaculaires ou les plus douces.
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jeudi 3 juin 2010

Depuis que les nénuphars ont recommencé à fleurir, le bassin de Monet a retrouvé son aspect coutumier.
Chaque jour de nouvelles fleurs apparaissent, à la faveur d'une eau qui dépasse désormais les 16° fatidiques.
Les moins frileux sont les blancs, premiers à montrer leurs corolles, puis viennent les roses et les jaunes, les pêche, les crème, tout un camaïeu de couleurs douces piquetées au milieu de l'eau.
A quoi tient la magie des Nymphéas ? Pourquoi fascinent-ils autant ?
Une visiteuse de Giverny m'a révélé leur secret. Avec le léger sourire de quelqu'un qui s'excuse presque de proférer une évidence, elle m'a dit :
- Le charme des nénuphars, c'est d'être une fleur inacessible. Personne ne peut la cueillir.
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samedi 13 février 2010
Au coeur de l'été, le nymphéa resplendit. Oubliées, les timidités printanières ! Le roi des bassins exulte sous les caresses du soleil d'août, ouvrant tout grand ses corolles comme des astres en miniature.
C'est l'époque où les rives du bassin, les petits ponts, les recoins des bambous ou des saules, se couvrent de couples d'amoureux de tous âges, venus se promener main dans la main dans le jardin de Claude Monet.
Je ne sais qui copie sur les autres. Mais tandis que les chéris s'embrassent tendrement, regardez ce que font les nénuphars. Incroyable, non ? On dirait bien que le grand éclate de rire sous les chatouilles !
J'ai comme l'impression que la saint-Valentin des nénuphars, elle n'est pas le 14 février !
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jeudi 21 janvier 2010
A la fin mars, dans ces jours où la saison hésite entre l'hiver, qu'elle n'est déjà plus, et le printemps, qu'elle n'est pas encore, les premières feuilles de nymphéas sortent des profondeurs du bassin, se hissent à travers l'épaisseur aqueuse, et viennent se poser à la surface de l'étang.
Elles ne sont encore que promesses de fleurs, espoir de ces corolles éclatantes qui enchanteront l'été. Pour l'instant, rien ne laisse augurer de leur développement futur.
Elles ont quelque chose de timide, comme tous les débuts. De la violette elles ont aussi la couleur, ou presque, vêtues d'un pourpre tirant sur le violine qui deviendra vert avec le temps.
Mais c'est à contre-jour que les premières feuilles de nymphéas révèlent toute leur grâce, quand la lumière du matin naissant les fait paraître gris argent.
Dans le reflet de ces ciels normands qui semblent laiteux même quand ils sont bleus, où les silhouettes des arbres encore nus ondulent avec calme, les nymphéas brillent, et cette intensité forme avec les tons froids et doux qui les entourent, une harmonie ineffable.
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mardi 19 janvier 2010
Les arbres qui entourent l'étang de Monet à Giverny lui confèrent des qualités lumineuses particulières.
A l'inverse des plans d'eau aux abords dégagés, baignés d'une lumière uniforme, chez Monet les rayons du soleil doivent se frayer un chemin à travers les branches.
Quand la végétation est dense, les trous dans le feuillage deviennent rares. Les minces rayons qui s'y faufilent finissent par atteindre la surface de l'eau, où ils éclatent en taches claires.
Quelquefois, mais il faut être là au bon moment, le pinceau de soleil tombe pile sur une fleur de nénuphar, soudain magnifiée. La feuille ronde du nymphéa renforce l'illusion d'une poursuite de théâtre, qui place un comédien sous la lumière d'un projecteur, tandis que le reste de la scène est plongé dans l'ombre.
L'effet ne dure pas. Le soleil poursuit sa course dans le ciel, le faisceau de lumière avance inexorablement, comme le trait d'ombre d'un cadran solaire. Bientôt, il est trop tard. Il faudra revenir demain saisir l'instant, un peu plus tôt. Pourvu qu'il fasse beau. On regarde sa montre, comme Claude Monet, on prend rendez-vous avec la lumière.
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lundi 18 janvier 2010

Monet n'a pas beaucoup exploité les ressources du contre-jour dans ses séries de Nymphéas.
Peut-être la clarté réverbérée par la surface de l'eau était-elle trop éblouissante pour ses yeux fatigués.
Ou peut-être que, peintre de la couleur, il n'était pas attiré par ces lumières étranges, qui semblent avaler les teintes de l'arc-en-ciel pour livrer des surfaces épurées aux contrastes exacerbés.
Selon le ciel et l'heure, les feuilles arrondies des nénuphars deviennent à la fois toiles blanches et palettes, offrant leur douceur luisante aux rayons de lumière.
Leurs silhouettes pâles font des ombres chinoises à l'envers, qui se découpent sur l'écran sombre des feuillages.
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dimanche 1 novembre 2009
On n'avait jamais vu ça : deux courageux nénuphars roses se sont mis en tête de fleurir aujourd'hui sur l'étang de Monet, histoire de fêter la fermeture des jardins ce soir !
C'est la première fois qu'on en voit si tard en saison, alors qu'ils ont coutume de disparaître dès la mi-octobre. Mais l'automne a été doux, hormis le malencontreux coup de froid d'il y a quinze jours. Il fait encore 15° à Giverny cet après-midi. Bien des plantes jouent les prolongations.
Et puis, un deuxième facteur est venu décider les Nymphéas à ouvrir encore leurs boutons : un petit courant tiède les chatouille.
Depuis que les feuilles des arbres se sont mises à tomber dru sur le bassin, les jardiniers entretiennent un léger courant pour les pousser naturellement toutes du même côté. Cette eau venue du sous-sol est moins froide en ce moment que l'eau de surface, ce qui plaît beaucoup aux nénuphars.
Sous son manteau de feuilles dorées, le bassin a un charme automnal et mélancolique. Mais je n'ai pas pu faire de photo des héros du jour, il pleut des seaux à Giverny cet après-midi. Celle-ci date du 19 octobre, avant la chute des feuilles.
Ce billet, écrit à 15:11 par Ariane dans la catégorie Nymphéas a suscité :
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mardi 22 septembre 2009

Un Nymphéa posé au bord du ciel, dans la lumière subtile d'une après-midi normande.
Le regard sonde les profondeurs de l'onde, se fond dans l'immensité des nues.
L'effet est tout de suite apaisant.
Je crois que c'est ça, le secret de Monet.
Quand on oublie la berge, on s'envole.
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jeudi 20 août 2009
Pour cette journée la plus chaude de l'année, le thermomètre est monté à 37,5 degrés hier à Giverny. Les visiteurs de la Fondation Monet s'attardaient du côté du jardin d'eau, en rêvant de faire trempette dans la rivière.
C'est cette journée caniculaire que les jardiniers ont choisie pour procéder à la taille des nénuphars, une opération assez désagréable par temps froid mais qui revêtait soudain un attrait incontestable.
On ne peut guère tailler les nymphéas depuis une barque. Le meilleur moyen est de se tenir debout dans le bassin.
Les jardiniers enfilent des cuissardes et, de l'eau jusqu'au torse, s'avancent avec précaution. L'eau est plus profonde qu'il n'y paraît, le fond du bassin étant dissimulé sous une bonne épaisseur de vase dont chaque pas soulève des nuages.
La tâche consiste à éclaircir les taches de nénuphars. Non pas qu'on procède à quelque tour de main de lavandière, le nénuphar n'est pas spécialement salissant, si vous préférez, on enlève une partie des feuilles des radeaux de nymphéas.
Si on les laissait faire, ces plantes extrêmement vigoureuses recouvriraient vite tout le bassin, une propriété qui a inspiré à Albert Jacquard son inquiétante équation du nénuphar.
Je ne sais pas si elles en mourraient. Mais elles sont plus jolies, les fleurs sont plus visibles quand il n'y a pas trop de feuilles, ce qui permet qu'elles flottent à la surface plutôt que de s'entasser les unes sur les autres. Et puis c'est l'effet que Monet entretenait, il voulait qu'on aperçoive les reflets entre les horizontales des nymphéas.
Les jardiniers arrachent les feuilles superflues ou brunies, tout au bout de leur interminable tige rouge. Où les mettre ? Elles sont si volumineuses ! Le fait d'être au milieu de l'eau, à avancer avec des gestes de scaphandrier, complique tout. Heureusement, le petit canot est là pour servir de poubelle flottante.
Plusieurs jours de travail sont nécessaires pour nettoyer tous les nénuphars : la canicule ne durera pas aussi longtemps.
Ce billet, écrit à 19:44 par Ariane dans la catégorie Nymphéas a suscité :
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mardi 19 mai 2009

Quand la pâleur des nuages transforme les rayons du soleil en coulée d'argent, le bassin de Claude Monet célèbre les noces de l'eau et de la lumière.
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samedi 13 décembre 2008
Quand de gros nuages blancs traversent le ciel de Giverny, les nénuphars du bassin de Monet paraissent flotter dans du lait.
Métaphoriquement ce n'est pas si faux d'ailleurs, car le lait des vaches normandes trouve bel et bien son origine dans les cumulus.
Le processus qui relie les nuages au lait crémeux et tiède s'élabore en métamorphoses successives et surprenantes.
Il faudra que toute l'eau des nuages finisse par pleuvoir, par faire pousser l'herbe que brouteront les vaches, que ces dernières digèrent l'herbe et qu'elles en fassent du lait.
Quant à ce que deviendra ce lait et comment il finira par retourner dans les nuages, je vous laisse deviner la fin de l'histoire.
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mercredi 24 septembre 2008
Aucune autre fleur sous nos climats n'exerce la même fascination hypnotique que le nénuphar.
Bien sûr il y a cette couronne parfaite de pétales aux coloris tendres, ces blancheurs laiteuses, ces roses délicats ; et ces feuilles luisantes, argentées dans le contre-jour, où l'eau s'autorise une petite visite. Ensemble, le relief de la fleur et le plat de la feuille produisent un effet tasse et soucoupe inhabituel, très agréable à l'oeil.
Mais l'attrait visuel ne suffit pas à expliquer pourquoi on pourrait rester des heures à regarder des nymphéas.
Je crois qu'entre aussi en jeu une sensation physique que l'humain aime entre toutes : celle de flotter sur l'eau.
Par nénuphar interposé voilà que se réveille le souvenir de ce bien-être originel.
La tige du nymphéa pousse le bouchon jusqu'à ressembler comme une goutte d'eau à un cordon ombilical.
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mercredi 21 mai 2008
A l'époque où Claude Monet achète sa propriété de Giverny, il n'y a pas trente-six sortes de nénuphars en France. Les seuls que l'on trouve sont de couleur blanche, unique variété résistant aux hivers de nos régions.
Mais le dix-neuvième siècle se passionne pour la botanique, tout particulièrement l'hybridation. Dans le sud de la France, à Temple-sur-Lot, un jeune horticulteur est en train de réussir des merveilles. Il a l'idée d'hybrider la souche rustique de nénuphar blanc à des variétés de nénuphars exotiques.
Bingo ! Joseph Bory Latour-Marliac obtient de magnifiques couleurs, toute une gamme du rose pâle au rouge intense.
La pépinière de nénuphars Latour-Marliac de Temple-sur-Lot existe toujours. Sur son site internet, elle évoque ainsi le lien avec Claude Monet :
En 1889, Latour-Marliac eut le sentiment que sa collection était assez importante pour être présentée à l'Exposition Universelle de Paris cette année-là ; aussi ses plantes d'un nouveau genre furent-elles dévoilées en même temps que la Tour Eiffel. Installés dans les jardins d'eau devant le Trocadéro, les nénuphars hybrides firent sensation et obtinrent le premier prix de leur catégorie. Plus important encore, ils attirèrent l'il du peintre Claude Monet qui en fut émerveillé et tenu sous le charme. C'est cette expérience au Trocadéro qui l'inspira lorsqu'il construisit son jardin d'eau à Giverny.
L'entreprise a encore dans ses archives les bons des commandes passées par Monet. En jardinier passionné, Monet était fasciné par les dernières obtentions horticoles. Ses toiles de Nymphéas sont doublement modernes pour son temps, par leur audace picturale et par ce qu'elles représentent, des fleurs nouvellement créées.
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lundi 10 septembre 2007
C'est comme au théâtre : on ne voit que le devant de la scène. Le nénuphar cache toute une vie en coulisse, le cordon ombilical qui le relie au fond de l'étang, qui lui permet de se nourrir de vase. Par courtoisie, il dissimule ces contingences matérielles, il feint le pur esprit. Cette plante aquatique aime se prélasser dans le bleu du ciel.
Le nénuphar observe le monde depuis la surface des choses. A peine émerge-t-il de l'eau qu'il a l'air de poser, étonné de se voir si beau en ce miroir. Il est une nature morte à lui tout seul.
Et comme dans les natures mortes des peintres flamands, il y a la mouche. Elle est posée sur la corolle parfaite. C'est le péché originel. La pureté n'est pas de ce monde.
Et il y a les vers. Ils creusent leurs sillons dans l'épaisseur de la feuille. La mort nous guette, rappellent-ils, hâtons-nous pendant que nous sommes vivants.
Se hâter, mais de quoi ? C'est à vous de savoir ce qui vous paraît important. Le transi de Gisors est assorti de ce commentaire :
Fay maintenant ce que tu vouldras
Avoir fait quant tu te mourras
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samedi 28 juillet 2007
Quelquefois les feuilles de Nymphéas font mine de ne pas être vertes. On dirait qu'elles s'appliquent à être bleues pour mieux refléter le ciel.
Peut-être que c'est leur rêve secret, oublier qu'elles sont des plantes et devenir de l'air, de l'eau, se transformer en bulles de savon et s'élever au milieu des nuages...
Ce billet, écrit à 16:31 par Ariane dans la catégorie Nymphéas a suscité :
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vendredi 22 juin 2007
On trouvait vraiment de tout dans les Expositions Universelles du 19ème siècle. Monet s'est procuré beaucoup de nénuphars en fréquentant l'Exposition Universelle de Paris de 1889 et celle de 1900. C'est là qu'il a découvert les nombreux hybrides obtenus par Joseph Bory Latour Marliac, un pépiniériste de Temple sur Lot, près de Bordeaux.
Les contemporains de Monet ont décrit tous les merveilleux nénuphars qu'ils avaient vus à Giverny : certaines années, le peintre fou de fleurs parvenait à faire pousser des espèces exotiques, purement tropicales, de nymphéas roses. Il possédait d'étonnantes variétés bleues venues d'Amérique du sud, ou encore le Nymphea aurora, jaune au début de sa floraison, et qui virait au rouge ensuite. Il en avait aussi d'autres, d'origine égyptienne, au coeur blanc entouré de pétales roses. (in Monet the Gardener, Robert Gordon et Sydney Eddison, Ed. Universe)
Claude Monet recherchait la plus grande variété de couleurs possible. A la création de son bassin, le choix des premiers nénuphars avait été vite fait : il avait tout simplement commandé tous ceux qu'il avait trouvé dans le catalogue Vilmorin, une douzaine au total.
Monet plantait ses nénuphars dans des pots immergés dans la vase, ce qui lui permettait de retirer les espèces fragiles en hiver.
Aujourd'hui, on peut en voir des roses, des jaunes et des blancs de différentes sortes à Giverny, en ce moment dans tout l'éclat de leur floraison.
Ce billet, écrit à 20:55 par Ariane dans la catégorie Nymphéas a suscité :
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vendredi 25 août 2006
Quand le nénuphar manque de place, il entasse les feuilles les unes sur les autres.
Les fleurs s'adaptent à cette nouvelle situation dans leur quête de lumière. Elles ne flottent plus à la surface de l'eau mais se perchent au sommet d'une longue tige qui émerge de l'eau comme un périscope.
On dirait qu'elles sont arrivées en retard au défilé et qu'elles cherchent à apercevoir les majorettes en se haussant du col derrière plusieurs rangées de spectateurs.
Ce n'est pas du tout ce qui se passe dans l'étang aux nymphéas de Claude Monet à Giverny. Sur ce vaste plan d'eau, les nénuphars ont beaucoup de place et flottent deci-delà en radeaux.
J'ai pris cette photo dans un bassin bien plus petit, à Castillon, dans le Calvados. La pépinière Plantbessin a créé de superbes jardins en guise de vitrine. Après s'être émerveillé devant des réalisations talentueuses, on peut acquérir les plantes pour lesquelles on a craqué et tenter de les acclimater chez soi.
Le bassin aux nymphéas est de dimensions réduites, ce qui permet de voir les nénuphars de près et même, et c'est le plus joli, de dessus : on peut se régaler à loisir de leur géométrie rigoureuse et de leurs coloris tendres.
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mardi 8 août 2006
De même que nous fermons les volets le soir, le Nymphéa aime dormir dans les profondeurs sombres de son étang.
A la tombée de la nuit, les fleurs se referment en boutons et s'enfoncent doucement sous l'eau.
Le matin, elles refont surface, comme on le voit bien sur cette photo d'Anne Chrysotème prise dans les jardins d'eau de Monet à Giverny.
Dans un instant, les nénuphars seront prêts à faire figure de petits soleils à la surface du bassin.
Charles Prost, qui a observé les Nymphéas avec un oeil d'esthète, dit qu' "en matière d'art, les nymphéas sont des personnes de haute culture, avec lesquelles on a grand profit à dialoguer".
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mardi 27 juin 2006
A Giverny, ça y est ! Les nymphéas sont en fleur dans le bassin du jardin d'eau de Claude Monet.
Les ilôts de nénuphars qui flottent à la surface du bassin s'ornent de couronnes de pétales roses, jaunes et blanches. A l'image de Claude Monet, on peut se perdre dans la contemplation des sortilèges du bassin.
Le nom de nymphéa choisi par Monet pour désigner tous ses nénuphars ne s'applique selon le Petit Robert qu'au seul nénuphar blanc. Toutefois, la diphtongue en éa sonne de façon plus légère et gracieuse que la terminaison en "ar", une désinence souvent péjorative. Pour nos oreilles contemporaines, les "éa" sont même furieusement à la mode pour les petites filles, d'Océane à Léa. A quand des petites Nymphéa ?
Le Robert nous informe que le nénuphar blanc s'appelle aussi
lune d'eau. Quel pouvoir évocateur dans cette appellation ! Je me demande si Monet la connaissait.
Pour les Allemands, les nénuphars sont des
roses de lac (Seerosen), pour les Anglais des
lys d'eau (water lilies). Voilà de quoi rêver en les regardant flotter sur l'étang.
Une autre comparaison onirique est celle que propose Charles F. Stuckey dans sa monographie consacrée aux
Nymphéas de Monet (Gründ). Le mot nymphéa dérivant de nymphe, il suggère une interprétation allégorique des tableaux de Monet. On pourrait y voir une analogie avec certaines oeuvres de ses contemporains,
les Grandes Baigneuses de Renoir,
les Grandes Baigneuses de Cézanne, ainsi qu'un tableau de grand format de Berthe Morisot représentant deux nymphes flottant dans une mer de nuages, d'après Boucher.
Le plus amusant, c'est l'explication qu'il donne pour justifier cette analyse. Monet se serait rabattu sur une représentation allégorique du corps féminin par absence de modèle.
D'après les enfants de Paul Durand-Ruel, le marchand de Monet, le peintre souhaitait abandonner l'étude du paysage pour celle de la figure. Il voulait même engager une jeune Parisienne, mais Alice, apprenant cela, aurait opposé son veto : "Si une femme entre ici, je sors de la maison". La pieuse Alice ne badinait pas avec la morale !
Ce billet, écrit à 09:00 par Ariane dans la catégorie Nymphéas a suscité :
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