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Giverny News

Le Blog d'Ariane,

lundi 13 février 2012

Le legs Monet dans les archives de l'INA

La maison de Michel Monet à Sorel-Moussel Pour occuper les longues soirées d'hiver, le site internet de l'Institut national de l’audiovisuel (Ina) recèle des milliers d'heures d'enregistrements d'archives de la radio et de la télé françaises aptes à captiver chaque internaute.
Supposons que vous vous intéressiez à Giverny et à Monet. Il suffit d'aller sur ina.fr et de taper, disons, Monet dans la zone Recherche. De grands moments de télévision vous attendent.

Laissons de côté le premier document en date, l'inauguration de l'exposition du centenaire de Monet et Rodin en 1941, dans le Paris de l'Occupation, et le second, en 1965, qui évoque une vente aux enchères. Le premier reportage à m'avoir scotchée s'intitule "levée des scellés de la collection Claude Monet" à Sorel-Moussel, au domicile de Michel Monet.
Daté de février 1966, il fait suite au legs par Michel Monet de la collection de son père à l'Académie des Beaux-arts. Dans sa grande maison des bords de l'Eure, "les Blondeaux", le fils de Monet conservait ses tableaux préférés. Il avait notamment fait encadrer ensemble les portraits de ses parents Camille et Claude faits par Renoir. De purs chefs-d'oeuvre sont là, et c'est un moment d'une rare émotion de les découvrir en même temps que leurs bénéficiaires. Le singe de Michel Monet suit toute l'affaire des yeux, juché sur une épaule, tandis qu'apparaissent deci-delà quelques objets rapportés d'Afrique par son maître.

Quelques jours plus tard, en mars 66, dans son reportage "Peintures Monet", la télé s'invite à Giverny.
La maison de Monet était alors une propriété tout à fait privée, sans occupant depuis la mort de Blanche Hoschedé en 1947. Après un bref tour dans le jardin, les images nous font entrer dans la salle-à-manger, en compagnie de maître Bourdon, administrateur des biens de Claude Monet. On reconnaît un buffet, encore plein de la vaisselle familiale, les chaises, et les estampes au mur. Partout sont entassées les toiles de Monet qui étaient restées à Giverny, toiles tardives du temps de la cataracte, longtemps dépréciées : 46 tableaux, précise l'administrateur.
Le reportage se poursuit dans le deuxième et le troisième atelier, et c'est une surprise de les découvrir avant leur restauration. Je n'ai pas vu les arbres qui poussaient supposément dedans, en revanche les transformations apportées ultérieurement au deuxième atelier sautent aux yeux.
Institut de France, années 60Le reportage est suivi d'une interview d'Emmanuel Bondeville, qui était alors le secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-arts. En plan fixe devant une fenêtre de l'institut de France qui donne sur le quai de la Seine, il s'exprime sur les conditions de ce legs. Au fil de ses propos, on peut voir les bouquinistes tenir leurs éventaires, et les flots de voitures couler ou s'arrêter au feu rouge. DS, Dauphine, Simca 1000, 2CV, Ami 6, 4L, Vespa, et même le bus vert de la RATP, c'est 1966 qui défile en arrière-plan, et la juxtaposition du discours en termes choisis de l'académicien et de ces voitures miniatures transporte réellement dans une autre époque.

En 1971, tous les tableaux transférés au musée Marmottan sont présentés au public (Reportage "Monet du musée Marmottan"). A l'occasion de cette exposition, le conservateur du musée Pierre Schneider parle avec beaucoup de sensibilité de la peinture de Monet, de son amour de l'eau, du passage du stable à l'instable, et de sa façon de "hausser le paysage jusqu'à l'épopée".
Enfin, un amusant reportage de 1972, "Exposition Claude Monet", commente la popularité toute neuve du musée Marmottan qui, avant le legs Monet, ne recevait paraît-il que 300 visiteurs par an. A se demander s'il était ouvert quelquefois.

dimanche 6 novembre 2011

Le jardin de Pierre Corneille

Le jardin de Pierre Corneille, Petit-CouronneDe la maison de ville de Pierre Corneille, en plein coeur de Rouen, à sa maison des champs de Petit-Couronne, il y a huit kilomètres, une distance qui se parcourt en dix minutes quand la circulation est fluide.
Combien de temps mettait Corneille à rejoindre sa campagne, et dans quel équipage s'y rendait-il, avec sa nuée d'enfants ? C'était sans doute une expédition, qu'on n'entreprenait pas tous les week-ends.
Sur place, dans cette maison aux dimensions modestes - deux pièces en bas, trois pièces en haut - l'imagination hésite encore. Où dormait tout ce monde ? Thomas, l'inséparable petit frère de dix-neuf ans plus jeune que Pierre, était-il aussi de la partie, comme le suggère une gravure accrochée au mur ?
La maison récemment restaurée a un air si pimpant qu'il est difficile de s'imaginer quels sont les éléments d'origine. Les meubles, d'époque, ont tous été rapportés. Mais même si l'authenticité est absente, l'esprit des lieux est bien là et vaut la peine d'être ressenti.
Dans le jardin, plus petit qu'autrefois, beaucoup de fleurs et de légumes résistent encore vaillamment à la fraîcheur de l'automne. Il n'a pas gelé ici. L'orange des capucines vibre. Sur le gazon, les pétales de roses se mêlent aux feuilles rougies du cerisier.
Entièrement recréé il y a une quinzaine d'années, le potager obéit au même principe de restitution que l'ameublement de la maison. Seuls les végétaux qui étaient déjà cultivés au 17e siècle y ont droit de cité. Exit les tomates, on récolte ici des cives, des panais, du poireau perpétuel et des carottes blanches, du chou, des herbes aromatiques, des pommes, des cerises, des noix...
Les plates-bandes impeccables s'alignent à côté du four à pain, et ce voisinage entre les futurs légumes du potage et les miches odorantes qui pourraient sortir du four met l'eau à la bouche.
La maison des champs de Pierre Corneille est une enclave de vie rurale calme et lente, une petite bulle de nature et de 17e siècle tout à la fois.
Corneille devait y puiser l'harmonie de ses vers. C'est un endroit où plonger ses racines.
Racine... j'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?

lundi 26 février 2007

Le Musée de Normandie à Caen

machine à laver le beurre, musée de Normandie, château de CaenAvez-vous une idée d'à quoi sert cet engin ? Il se trouve au Musée de Normandie à Caen, un musée consacré à l'histoire normande et aux arts et traditions populaires.
C'est, explique le cartel, une "machine à laver le beurre" du début du 20e siècle. La petite fontaine sert à faire couler un filet d'eau sur le beurre fraîchement battu, que l'on malaxe grâce au fuseau monté sur pignons. Ingénieux, non ?
Nos ancêtres avaient plus d'un tour dans leur baratte pour se faciliter un peu le travail. Il valait mieux, car la Normandie assurait depuis le 18e siècle l'approvisionnement en beurre de la capitale. Progressivement, et surtout avec l'arrivée du chemin de fer, les champs de céréales ont été remplacés par les prés où paissaient les bonnes vaches normandes. Le débouché des produits laitiers a modifié le paysage.
Donc, il faut laver le beurre. A force qu'il nous arrive tout pasteurisé dans le chariot, on en oublierait comment on le fait. J'ai essayé, et ce n'est pas si évident de le réussir. Il faut se procurer de la crème crue et la battre à vitesse lente pendant dix bonnes minutes. Tout à coup elle se met à prendre en petits grains de beurre, victoire ! C'est alors qu'il faut laver doucement le beurre obtenu pour le débarrasser du babeurre et éviter qu'il ne rancisse.
Il ne reste plus qu'à le tasser dans un joli moule gravé d'une vache ou d'une fleur. Le goût est bien sûr incomparable...
Tellement délicieux que les bourgeois de Rouen étaient prêts à payer fort cher le droit d'en manger pendant le carême ! C'est grâce à cette "indulgence" qu'a, dit-on, été construite la tour de droite de la Cathédrale de Rouen, surnommée la Tour de Beurre.

Le musée de Normandie est installé dans le château de Caen, où il occupe l'ancien Logis des Gouverneurs. Il présente une foule d'objets insolites, émouvants, qui ont fait le quotidien de nos aïeux, et des pièces rares comme une splendide robe de mariée tout en dentelle blonde de Caen. La visite est passionnante, et, quelle chance, gratuite, (tout comme le musée voisin des Beaux-Arts) ce qui permet de voir et revoir le musée.

lundi 29 janvier 2007

L'appartement Perret au Havre

La cuisine de l'appartement Auguste Perret au HavreC'est un saut dans le temps, mais un saut de puce. Comme un décor de cinéma pour un film qui se passerait dans l'immédiat après-guerre, un remake de Tati par exemple.
Au Havre, depuis le classement des immeubles de la Reconstruction au Patrimoine Mondial de l'Unesco, un appartement témoin a été restitué tel qu'il pouvait exister au tout début des années 50. Aménagé, meublé, décoré avec un grand souci du détail, il permet de se figurer avec beaucoup de réalisme comment les Havrais y vivaient.
Sitôt la porte franchie, une colonne de béton à facettes, ma foi assez élégante, frappe le visiteur. Elle n'était pourtant pas vraiment du goût des propriétaires relogés, qui se sont enquis de savoir comment on pouvait la supprimer. Pas question, elle est porteuse ! En contrepartie, les cloisons peuvent être retirées si on le souhaite.
Le plan se veut fonctionnel : cuisine à côté de l'entrée pour faciliter le rangement des courses, pièces à vivre côté rue, chambres côté cour, salle de bain aveugle entre les deux. La modularité est donnée par plusieurs cloisons repliables qui permettent de créer des grandes pièces ou de petits espaces. La cuisine "laboratoire" s'ouvre sur le living, sans porte. L'électro-ménager y fait une entrée en fanfare. Gazinière, cocotte-minute, grille-pain, moulin à café... On peut ouvrir les placards garnis de vaisselle d'époque en verre coloré et de casseroles en alu.
Les pièces à vivre baignent dans une lumière généreuse grâce aux nombreuses portes-fenêtres. Le chêne clair domine, du parquet aux meubles aux lignes sobres. Perret recherche l'épure, en réaction aux surcharges de l'Art Nouveau. La même simplicité des lignes règne dans le mobilier dessiné par Gascoin. Mais on y retrouve aussi le souci de créer des meubles qui se transforment selon les besoins, avec des tablettes qui se rabattent, des lits gigognes...
De l'ensemble émane une impression d'unité de style, agréable et chaleureux malgré sa sobriété. Ce sont certainement des appartements où il fait bon vivre, encore aujourd'hui. Et dans celui-ci, on se surprend à éprouver une certaine nostalgie pour cette époque où l'on ambitionnait encore de créer "l'appartement idéal".

vendredi 26 janvier 2007

L'Orangerie new look

Entrée des Grandes Décorations de Monet au musée de l'Orangerie, ParisLe Musée de l'Orangerie a rouvert au printemps dernier après de longs travaux. Un de leurs buts était de restituer la présentation d'origine des Grandes Décorations de Monet, des tableaux hors norme, uniques dans l'histoire de l'art.
Dans les deux salles ovales contiguës, qui dessinent la forme du symbole mathématique de l'infini, les toiles marouflées sur les murs vibrent à nouveau, dans un écrin blanc nacré.
La lumière naturelle zénithale est adoucie d'un écran dépoli, comme lors de leur mise en place dans le musée, en 1927.
La rénovation de l'Orangerie a rétabli le petit hall d'entrée qui existait du temps de Clemenceau, et qui surprend par son dépouillement. Comme s'il fallait préparer ses yeux à un choc en les laissant errer sur des cimaises vides.
Maintenant, on accède de plain-pied au chef-d'oeuvre de Claude Monet, alors qu'il fallait absurdement, autrefois, monter au premier étage puis redescendre un escalier tortueux.
Toute l'histoire de l'Orangerie était dans ce cheminement bizarre. Les infinies tractations d'un Monet tâtillon, qui aboutissent enfin au don du fruit de ses dix dernières années de travail à la France et à l'installation de ses immenses toiles dans les salles dessinées pour elles. Puis, très vite, le désintérêt du public, passé à d'autres modes. Et la création d'un étage pour présenter une somptueuse donation, la collection Walter-Guillaume, étage qui condamnait les Grandes Décorations à la lumière artificielle et les reléguait "en bas".
Mais la roue tourne, et dès les années 60 le public a redécouvert et plébiscité les Nymphéas. Avec 500 000 visiteurs par an, leur mise à l'écart était devenue insupportable, honteuse. D'où les travaux quasi pharaoniques entrepris pendant six ans.
Si les nouvelles salles sont des réussites indéniables, leur accès déconcerte. Etait-il indispensable d'inventer cette façade intérieure de béton brut ? Et de reléguer la magnifique collection Walter-Guillaume au sous-sol ? On dirait que c'est elle qui est punie maintenant.

jeudi 23 novembre 2006

Le musée Marmottan-Monet

Nymphéa, Claude MonetLe musée Marmottan-Monet se trouve dans le 16e arrondissement, à l'ouest de Paris, près des jardins du Ranelagh et de la porte de la Muette. Excentré par rapport au pôle muséographique Louvre-Orsay, il est méconnu. C'est injuste et dommage.
Pas de longue file d'attente ici : les gardiens sont parfois plus nombreux que les visiteurs. C'est donc dans le calme qu'on peut se laisser éblouir par les oeuvres exposées.
Il y a d'abord la collection de tableaux de Monet, au sous-sol, la plus large au monde en collection publique. Des Monet et rien que des Monet, les uns à côté des autres, ceux auxquels il tenait et qu'il n'a pas vendus, la vue de Vétheuil "un peu trop blanche" pour le baryton Faure, une cathédrale de Rouen nimbée de soleil, un Parlement de Londres émergeant de la brume... Et tout à coup, vous voilà face à face avec le célèbre "Impression, soleil levant".
Evocation de l'Orangerie, une pièce ronde présente des déclinaisons de nymphéas et de bassins. Et puis, de magnifiques ébauches de tableaux, une Glycine tracée en quelques coups de pinceau, des Iris aux gracieuses courbes très Art Nouveau, dévoilent l'oeuvre en train de se faire.
Le musée Marmottan est issu des legs de plusieurs collections privées, notamment celle de Monet lui-même. Outre les oeuvres achevées dont il ne s'est pas séparé, elle comportait son fond d'atelier et les tableaux de ses amis impressionnistes.
C'est à Marmottan que l'on peut voir la palette de Monet encore couverte de peinture, ses premières caricatures, ses carnets de croquis...
Habituellement, le musée présente aussi au premier étage les tableaux donnés ou vendus à Monet par ses amis impressionnistes, qui ont pour noms Renoir, Cézanne, Pissarro, Sisley, Manet, Morisot... Plusieurs de ces oeuvres représentent le peintre ou sa femme Camille. Cet hiver, elles ne sont pas visibles. Jusqu'au 25 février 2007, elles sont remplacées par une exposition temporaire de la collection d'estampes japonaises de Monet.
La visite se termine par les collections de meubles et objets d'art de style Empire du rez-de-chaussée, des pièces exceptionnelles qui évoquent les fastes du 19e siècle. Enfin, à l'opposé des dorures et des aigles, la salle Wildenstein plongée dans la pénombre révèle une rare collection d'enluminures extraites de manuscrits du Moyen-Age.


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