Un château royal domine Vernon, le château de Bizy, qui a eu entre autres nobles propriétaires les rois Louis XV et Louis-Philippe. Le corps de logis datait à l'origine de 1741. Il a été entièrement refait dans un style italianisant au 19ème siècle, mais les belles écuries du 18ème ont été conservées, ainsi que le parc.
On retrouve avec étonnement dans ce petit coin de province l'esprit des magnifiques jardins de Versailles qui lui ont servi de modèle. L'ampleur n'a bien sûr rien à voir, ni l'état de conservation. Mais on passe au pied d'escaliers d'eau, devant des fontaines ornées de chevaux marins et de dauphins, on entre dans des bosquets décorés de groupes antiques, on se promène dans des allées calculées pour leur perspective.
Voilà longtemps que l'eau ne jaillit plus des fontaines. Les captages de sources en amont demanderaient à être refaits, on devine une facture pharaonique. Il reste ces animaux fantasques finement taillés dans la pierre, ces bassins moussus, ces margelles chantournées.
Le domaine appartient à des propriétaires privés qui s'emploient à le maintenir de leur mieux en état. Le tarif élevé du billet d'entrée est justifié par la nécessité de coûteux travaux. Si la visite du château assez succincte laisse un peu le visiteur sur sa faim, pour l'amateur de photos, le parc est un régal.
Tout a été pensé en architecte, alignements, vues, perspectives, et la recherche du bon cadrage amène à découvrir ces tracés inscrits dans les pierres et dans les arbres.
Telle petite statue, mignonne vue de près, prend tout son sens quand on s'aperçoit qu'elle s'encadre pile dans le porche quand on se place au milieu de la cour d'honneur.
Au bout du jardin, la vue spectaculaire s'ouvre sur l'avenue des Capucins et ses quatre rangées de tilleuls taillés qui s'étirent jusqu'à la Seine sur un kilomètre et demi.
Le plus impressionnant, c'est l'ampleur que devaient avoir les jeux d'eau. Le château de Bizy est construit à flanc de colline. Le concepteur des jardins a tiré parti de la pente naturelle du terrain pour imaginer tout un ensemble de pièces d'eau, bassins et fontaines qui se succèdent jusqu'au château. Arrivée là, l'eau disparaissait sous le bâtiment pour rejaillir de l'autre côté dans de nouveaux bassins !
Il y a dans cette conception le goût du tour de force architectural propre au grand siècle, l'amour de la rigueur et de la géométrie. Mais ici la symétrie n'est qu'apparente, et la ligne droite agrémentée de monstres marins adorablement excentriques, dont les yeux écarquillés ont dû voir passer bien des crinolines.