mercredi 3 avril 2013
Gants, écharpe, manteau et bottes fourrées : c'est la tenue qui convient pour venir visiter Giverny en ce drôle de début de printemps qui se prend encore pour l'hiver.
Pour ne pas se laisser surprendre par le petit vent frigorifiant, les plantes aussi s'emmitouflent.
Regardez ce magnolia qui hésite encore à défaire le zip du manteau de fourrure qui protège ses boutons.
Poilus et doux comme une peluche, ils donnent envie de les caresser.
Tout comme les pâquerettes en coussinets, ou les pensées veloutées.
Le printemps est long à venir, et le contact avec la nature nous démange.
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mercredi 26 septembre 2012
C'est comme pour les gens : il y a ceux qu'on aime et dont la mort nous peine, et d'autres qui ne nous sont rien et dont la disparition ne nous fait pas grand chose.
La tempête de lundi a laissé des traces dans le jardin de Monet. Elle a décapité le taxodium, ce majestueux conifère à feuilles caduques qui pousse entre rivière et bassin et se transforme en un flamboyant panache roux en octobre.
L'avis des experts est tombé comme un couperet : l'arbre ne s'en remettra pas, il faut l'abattre. Son voisin le gros liquidambar, trop fragilisé, doit subir le même sort.
Un premier taxodium avait déjà dû être supprimé il y a plusieurs années. On pouvait s'attendre à ce que son compagnon se brise à son tour : la peupleraie n'est plus là pour faire office de coupe-vent. L'arbre n'est pas vieux, quarante ans à peu près, mais le taxodium n'est pas très résistant.
Hier, la tronçonneuse a vrombi, tandis qu'une bonne partie du jardin d'eau était inaccessible au public. De l'autre rive on pouvait voir l'arbre se faire débiter par morceaux.
Le mois prochain le taxodium ne jouera pas sa partition rousse dans le grand concert de l'automne. Son allure d'écureuil ébouriffé va nous manquer, tout comme son tronc puissant qui jaillissait vers les hauteurs. Et ses petites aiguilles d'un vert si tendre en avril.
Je suis moins triste pour le liquidambar, ce qui est certainement injuste. L'automne est la saison où il est en beauté, chacune de ses feuilles se transforme en étoiles de tous les tons de rouge. Mais il y a deux autres liquidambars à côté...
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mercredi 28 mars 2012
La douceur printanière des derniers jours fait s'ouvrir l'une après l'autre les fleurs les plus précoces, comme les premières étoiles qui s'allument après le coucher du soleil. Chaque jour on peut constater les progrès du printemps. Après les ficaires, les forsythias, les narcisses et les jonquilles, les premiers pissenlits, voici que se mettent à briller les magnolias.
Il y a tant d'espèces de magnolias qu'il n'est pas simple de se retrouver dans la nomenclature. Parmi ceux qu'on voit le plus souvent, on peut distinguer deux constellations, qui gravitent autour du magnolia grandiflora et du magnolia stellata.
Ce latin de jardin est tellement transparent que j'ose à peine insister. Magnolias à grandes fleurs et magnolias étoilés.
Les grandes fleurs du grandiflora ont une apparence étrange, exotique, avec leur forme de tulipe et leurs pétales épais qui ont l'air capables de résister à toutes les agressions, celles des coléoptères pollinisateurs comme celle du froid nocturne, toujours susceptible de surprendre les boutons si pressés de s'ouvrir au sortir de l'hiver. Mais depuis vingt millions d'années que le magnolia est sur terre, on peut supposer qu'il sait ce qu'il fait.
A l'allure altière et singulière du magnolia grandiflora, je préfère l'aspect ébouriffé et bouffon du magnolia stellata.
On dirait des rubans attachés ensemble par un pompon, flottant au vent. Des marottes telles qu'en brandissaient les fous du roi. Les fleurs sont si nombreuses qu'elles s'empilent, se chevauchent et recouvrent totalement les branches, comme sur cet arbre photographié devant l'église de Vernon.
Les premiers visiteurs de Giverny devraient encore profiter de la floraison des magnolias du jardin de Monet. Ils trouveront un grandiflora très imposant derrière le deuxième atelier, visible de la rue, et plusieurs stellata au jardin d'eau. Parmi les arbres qui font la ronde autour du bassin aux nymphéas, ils font partie des rares qui sont déjà passés au vestiaire et ont vêtu leur parure printanière.
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samedi 12 mars 2011
L'engin n'a pas fait dans le détail. Il a arraché le saule malade, sans trop d'égard pour la berge ni le chemin. Heureusement, il reste encore quelques jours pour remettre le site en état, et replanter un saule à la place du précédent. Car il faut qu'ils soient trois, fidélité à Monet oblige.
C'est la vie des jardins, avec le temps de moins en moins de végétaux datent de l'époque de leur créateur. A l'ouverture de Giverny en 1980, on pouvait voir encore un vénérable pommier du Japon devant la maison, et l'un des trois saules était toujours debout. Il a fallu les remplacer depuis.
Le saule pleureur est un arbre qui pousse vite, mais dont la durée de vie est courte, une règle générale parmi les arbres. Le seul à résister encore est celui du bout du bassin, pour combien de temps ?
Cela rend les arbres d'origine d'autant plus émouvants. Le hêtre pourpre, par exemple, planté par Monet, ou les vieux tilleuls.
Toutefois, Monet a vu ces arbres petits alors que nous les admirons dans leur maturité. Les arbres à croissance lente ont une durée de vie plus longue...
A contrario, Monet a vu et peint ses jeunes saules tels que nous apparaissent aujourd'hui leurs remplaçants.
Entre la fidélité et l'authenticité, on est obligé de choisir, un siècle plus tard. Quand l'authenticité disparaît, on se console par un surcroît de fidélité à l'original. Ce n'est plus aussi vrai, mais c'est plus ressemblant.
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jeudi 20 mai 2010
Dans le jardin blanc du musée des impressionnismes de Giverny, deux arbres au feuillage gris argent encadrent le bassin. Leurs feuilles allongées font penser à des saules, en plus duveteux. Mais un examen attentif révèle de petits fruits. Bizarre !
Le jardinier du musée m'a donné la clé de l'énigme. Il s'agit de poiriers à feuilles de saule, autrement dit des Pyrus salicifolia. Une variété décorative d'arbre dont les fruits ne se mangent pas, mais qui offre une floraison blanche en avril et ce beau feuillage rappelant l'olivier.
L'avantage du poirier à feuilles de saule sur l'olivier est d'être beaucoup plus rustique, jusqu'à -20°, de fleurir et d'aimer le calcaire, étant entendu qu'il ne faut pas espérer récolter des olives en Normandie, ce qui met les deux arbres à égalité sur ce plan-là.
Le jardinier, qui connaît les épithètes botaniques sur le bout des doigts, m'a précisé que le nom du pyrus salicifolia se complète de 'pendula', c'est-à-dire pleureur. Je n'ai pas trop vu dans le houppier ébouriffé de ceux du musée l'ébauche même d'une quelconque tristesse, mais peut-être sont-ils trop petits encore, pleins d'un joyeux entrain juvénile, et la mélancolie ne les assaillera-t-elle qu'à l'âge adulte.
Si son nom n'a désormais plus de secret, en revanche, la généalogie du poirier à feuilles de saule reste mystérieuse. Existe-t-il à l'état sauvage, ou est-il le fruit d'un croisement provoqué par l'homme ?
Et, plus énigmatique encore, qu'obtiendrait-on si on mariait le poirier à feuilles de saule au saule à feuilles de poirier, Salix pyrifolia, cet arbre qui lui est une sorte d'antonyme et qui pousse au Québec ?
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samedi 1 mai 2010
Les cornouillers sont en fleurs à Giverny. Le jardin de Monet en possède deux, l'un assez petit d'un très joli rose, l'autre, plus développé, d'un blanc de neige.
Le cornouiller n'est pas très commun chez nous, il pousse davantage en Europe de l'Est et au Proche-Orient. Si bien qu'à Giverny, les promeneurs venus de l'Hexagone s'interrogent souvent sur cet arbre à la floraison aussi délicate que spectaculaire, qui leur évoque les magnolias.
En revanche, bien des visiteurs américains des jardins de Monet l'identifient au premier coup d'oeil. Car dans de nombreux États, le cornouiller est un arbre répandu, tout à fait entré dans l'imaginaire collectif.
L'arbre fleurit à Pâques, et ses rameaux couverts d'inflorescences sont traditionnellement associés aux fêtes pascales.
Selon la légende, la croix du Christ aurait été taillée dans du bois de cornouiller. Les cornouillers d'il y a deux mille ans auraient été beaucoup plus imposants qu'aujourd'hui. Mais le Christ aurait fait à l'arbre la promesse de le rendre chétif et tordu de manière à empêcher à tout jamais son usage comme croix.
Et pour couronner le tout et bien enfoncer le clou, la légende raconte que la fleur elle-même rappelle les instruments de la Passion : les quatre pétales évoquent les branches de la croix, tandis que le coeur de la fleur est supposé rappeler la couronne d'épines et les clous.
J'ai bien regardé, mais je ne suis pas trop convaincue. Rien ne vaut une belle passiflore !
Tout auréolé de son halo légendaire, le cornouiller a été hissé au rang d'arbre national en Virginie et au Missouri. Ce qui me rend perplexe : que signifie un arbre national ? Qui décerne cette distinction, et à quoi sert-elle ? Question subsidiaire, quel peut bien être l'arbre national de la France, s'il y en a un ? Forcément le chêne, non ?
Une autre singularité du cornouiller, un arbre décidément bien curieux, c'est son nom. En français, pas de problème : cornouiller semble bien venir de corne, référence à son bois dur comme de la corne.
En anglais, en revanche, l'arbre porte le nom bizarre de dogwood, bois de chien. Les explications fantaisistes ne manquent pas. Celle qui me convainc le plus avance que le nom dérive de dagwood, l'arbre dont on fait les dagues, les poignards, grâce à son bois très dur. Le mot dague étant plus rare que le mot chien, la prononciation a glissé vers dogwood, et le sens s'est perdu.
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lundi 22 mars 2010
Pas la peine de jouer à deviner à qui appartient ce tronc : il a beau porter une tenue de camouflage, tout le monde reconnaît le platane, si courant le long des boulevards et si bienvenu sur les places du Midi à l'heure de l'apéro.
Le platane s'identifie instantanément par son tronc qui pèle avec chic, tandis que ses larges feuilles ombreuses évitent à votre nez d'en faire autant sans aucune classe.
L'écorce qui se détache par petites plaques forme des dessins fascinants. On dirait les courbes de niveau d'une carte d'état-major, une sorte de puzzle mystérieux qui se régénère sans cesse, un nouveau genre pictural tachiste en camaïeu du meilleur goût.
A force qu'on le fréquente le long des trottoirs, le platane bénéficie d'une notoriété hors du commun. Son taux de reconnaissance spontanée ferait pâlir de jalousie les marques en quête d'image. J'ai donc été surprise, lors d'un tout récent cours d'identification des végétaux organisé à l'intention des guides de Normandie, qu'il figure au programme.
C'est que, dès qu'on gratte un peu - et en général ça démange de le faire - on s'aperçoit que la vie du platane n'est pas aussi lisse qu'il y paraît.
Si l'on remonte son arbre généalogique, on découvre que notre platane le plus commun a des parents qui n'étaient pas faits pour se rencontrer : le platanus orientalis, d'une part, et le platanus occidentalis, de l'autre. Le premier pèle, l'autre non.
Le mariage entre l'orient et l'occident s'est déroulé en Espagne il y a fort longtemps. Le faire-part a été égaré, en tout cas la cérémonie remonte à plus de trois siècles. Il en est résulté la souche vigoureuse du platanus hispanica, appelé à une très large descendance.
Notre professeur d'horticulture avait aussi une autre raison pour donner la vedette au platane. La formation se déroulait à Bayeux, une ville qui est fière d'en posséder un magnifique spécimen de la fin du 18e siècle.
Ce platane, un authentique "arbre de la liberté", a été planté par les Révolutionnaires sur une place derrière la cathédrale. Les sans-culottes ont eu un peu de mal à l'acclimater, les deux premières tentatives ont échoué. Enfin, en 1797, le troisième arbre de la liberté a été le bon. Aujourd'hui, il trône, majestueux, insinuant ses racines sous les murs de la cathédrale voisine fondée au 11e siècle par Guillaume le Conquérant.
Plus de deux siècles, c'est déjà un bel âge, pourtant le platane de Bayeux peut espérer vivre beaucoup plus vieux encore. Certains de ses congénères sont réputés avoir dépassé les mille ans. De quoi concurrencer les cathédrales.
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mardi 1 septembre 2009
Le nom, déjà, est un mensonge. Le peuplier ne peut pas plier. Il est raide comme la justice. Ce n'est pas son moindre défaut.
La peupleraie qui bouchait l'horizon derrière le jardin d'eau de Monet est en train de disparaître. Certains, bien sûr, y vont de leur larme. " Ça c'est dommage ! " entends-je dire par quelques visiteurs des jardins de Giverny, dépités qu'on puisse abattre un arbre quel qu'il soit.
On peut pleurer la peupleraie, si l'on y tient. Et c'est vrai que cela fait quelque chose de regarder un arbre de trente mètres s'écrouler, vaincu en une minute par le bûcheron. C'est un bois tendre, la tronçonneuse s'y enfonce comme dans du beurre. Mais nous sommes nombreux à nous réjouir de voir la limite du rideau de peupliers reculer de jour en jour.
De l'avis général, il n'aurait pas fallu les planter. Auparavant, le jardin de Monet était bordé d'une belle prairie à vaches et à moutons, comme on en voit non loin de là. Et puis, en 1982, les peupliers ont été installés. Un petit trou à la bêche, un arbrisseau gros comme un balai glissé dedans, et on rebouche. Un geste répété des centaines de fois.
Ils n'avaient pas l'air méchants alors. Mais ça pousse vite, le peuplier, c'est ce qui a fait sa réputation. Vite et haut. En un rien de temps, la peupleraie a pris de l'ampleur, se dressant comme un armée menaçante. Arrivés à maturité, les fûts puissants masquent la ligne de colline de l'arrière-plan, bien visible sur les tableaux de Monet, ils étendent leur ombre sur le jardin d'eau, et le couvrent d'un tapis de graines duveteuses de plusieurs centimètres d'épaisseur pendant quinze jours au printemps.
Ces raisons vous paraissent bien légères pour prononcer la peine capitale ? Disons alors que ces arbres ont été plantés dans le seul objectif de les abattre, et qu'il est grand temps de le faire avant que leur bois, devenu trop vieux, se dévalorise.
Les bruits de tronçonneuse ont été le fond sonore de la semaine dernière. Aujourd'hui ils s'étaient tus, même si les quatorze hectares de l'exploitation ne sont pas encore dégagés. Les géants s'alignent en bon ordre sur le sol. Que deviendront-ils ? Des meubles, des boites de camembert ?
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vendredi 17 juillet 2009
L'aubépine poudre de blanc les haies de campagne au mois de mai. On la remarque alors : il y en a partout.
Dans les jardins, elle déjoue sa banalité en devenant rose, voire rouge, et en se présentant sous forme d'un petit arbre de trois à quatre mètres.
Je ne sais pas ce que cela vous évoque, l'aubépine, quelques belles pages de Proust peut-être ? En Irlande, c'est clair pour tout le monde : l'aubépine (hawthorn) est un arbre féerique (a fairy tree). Des créatures mystérieuses y habitent.
Bien sûr, au pays de Descartes, on ne croit guère aux fées. Mais là-bas, selon la dame irlandaise qui m'a longuement parlé de l'aubépine, personne ne s'amuserait à en plaisanter.
Les paysans sont des gens terre à terre, croyez-vous. Pourtant le cultivateur irlandais qui a un buisson d'aubépine qui pousse dans son champ fera un détour avec son tracteur pour l'éviter. Pas question de l'abîmer, encore moins de l'arracher.
Pour illustrer à quel point la croyance dans le caractère magique de l'aubépine est ancrée, ma cliente m'a raconté une histoire assez incroyable. Dans la maternelle de son village, une aubépine pousse dans la cour de l'école. C'est plein de piquants très pointus, l'aubépine. Les ballons finissent toujours par atterrir dedans, et les enfants se griffent à aller les rechercher.
En conseil d'école, tout le monde était d'accord : l'aubépine devait disparaître (it must go). Mais quand il s'est agi de trouver quelqu'un pour l'arracher... Personne, non personne n'a voulu risquer de... De quoi ? On ne sait pas vraiment, mais sûrement les fées allaient se venger terriblement, car personne, non personne n'a accepté de.
Au final on a taillé sévèrement l'aubépine.
Mais déjà, elle repousse.
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mercredi 15 avril 2009
Marcher dans les feuilles mortes au mois d'avril, ça fait bizarre. On a désappris depuis six mois leur craquement sous les pieds.
Surpris, on s'interroge : comment se fait-il que ces feuilles ne soient pas encore réduites en poussière ? Un petit coup d'oeil au sol et aux alentours, et la réponse saute aux yeux. Elles viennent juste de tomber.
Certains arbres conservent pudiquement leurs feuilles sèches accrochées à leurs branches pendant tout l'hiver. Ils ne voudraient pas être surpris tout dénudés !
Les charmes sont de ceux-là. Ils n'acceptent de perdre leurs vieilles feuilles que lorsque les nouvelles font leur apparition, à l'ouverture des bourgeons. Pas encore habillés pour l'été, mais au moins, euh, en sous-vêtements.
C'est avec les charmes qu'on fait les charmilles, ces jolies haies qui acceptent bien la taille et ont l'avantage de ne pas devenir transparentes en hiver.
Le charme est le cousin du hêtre, ou peut-être même son frère tant ils se ressemblent. Il y a pourtant un moyen simple de les distinguer dès qu'ils ont des feuilles.
C'est l'un de ces trucs que l'on apprend en rosissant, tout jeune, dans les sorties nature, et qu'on n'oubliera plus. "Le charme d'Adam, c'est d'hêtre à poil". La feuille de charme est dentée, celle du hêtre présente des poils sur les bords.
Décidément, pas moyen de respecter la pudeur des arbres !
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lundi 13 avril 2009
Je peux bien vous le dire puisqu'on est entre nous : j'adore que les clients m'apprennent des trucs. Les Thaïlandais savent tout sur les bambous, les Australiens sur les agapanthes. Hier mes visiteurs venaient de Scandinavie, et cette famille de Suédois m'en a dit long sur une petite boîte en bois qui décore la cuisine de Monet. A sa forme caractéristique et à ses peintures polychromes, ils l'ont immédiatement repérée comme de l'artisanat de leur pays.
Au temps de Monet, Suède et Norvège étaient unies. Ces boîtes se trouvaient couramment dans tout le pays. Elles servaient à transporter non seulement du beurre, comme je l'avais lu à propos de celle de Monet, mais aussi toutes sortes de denrées. Il en existait de toutes tailles, j'imagine que Monet en a rapporté une petite en souvenir de son voyage en Norvège. Il avait dû la trouver curieuse. A moins que ce soit un cadeau de la part de Norvégiens.
Aujourd'hui une autre famille de Suédois m'a fait voyager encore davantage. Arrivés à la porte du grand atelier de Monet, ils se sont exclamés devant un bouleau qui pousse là et dont l'écorce blanche se détache magnifiquement sur la tenture sombre du lierre et du prunus à l'arrière-plan.
Ce n'était pas ce contraste visuel qui les étonnait, mais la présence en elle-même d'un bouleau en notre pays de chênes et de charmes.
Le bouleau est typique des hautes latitudes. Il en existe, m'ont-ils dit, de très nombreuses espèces, la plupart avec des feuilles en forme de coeur. Pour leurs yeux de spécialistes, celui de Monet est une espèce moins courante à feuilles étoilées qui en fait un bel arbre d'ornement.
Mes clients suédois m'ont détaillé tout ce qu'on peut fabriquer en bois de bouleau, un beau bois clair qui convient à la fabrication de meubles et de parquets mais pas à la pâte à papier. L'espace d'un instant je me suis envolée dans les scieries de Suède, ça sentait le bois frais découpé, les grandes lames criaient en fendant les grumes.
Je ne verrai plus jamais ce bouleau de la même façon.
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mardi 7 avril 2009
Les cerisiers du Japon finissent de fleurir à Giverny, donnant un air japonais au parking du musée.
Il neige des pétales roses qui tourbillonnent avec hésitation dans la brise du matin.
Les voitures stationnées quelques heures sous les branches se couvrent de confettis soyeux qui s'envolent dès qu'elles repartent, glissant le long du pare-brise à la manière de gerbes d'étincelles. Si on a l'imagination camarguaise on pense à un envol de flamants roses.
La floraison des cerisiers ne dure que le temps de s'en émerveiller. A peine a-t-on fait Oh! devant le spectaculaire alignement de dizaines de cerisiers arborant leurs houppettes roses devant le vert de la forêt, que déjà la magie s'en échappe, fane, s'égrène au vent.
Est-ce long, est-ce court, ces quelques jours à l'apogée de la floraison ?
Le processus de défleurissement est aussi lent que celui de l'ouverture des fleurs. A la fois visible d'un jour à l'autre, mais pas assez rapide pour qu'on en prenne conscience en temps réel. Seule la chute des pétales alerte d'une fin prochaine, matérialise le vieillissement à la façon du tic-tac d'une pendule. Bientôt tous les pétales seront tombés, comme un sablier qui se vide.
La beauté du vivant questionne notre rapport au temps, en métaphore de la jeunesse. Mais si l'être humain peut ressentir de l'angoisse à voir filer les années, la nature semble dénuée de toute crainte de cet ordre. C'est comme si les plantes savaient bien qu'il faut que les fleurs fanent pour donner des fruits, et que les feuilles tombent pour laisser naître de nouveaux bourgeons.
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jeudi 5 mars 2009
Il y a peu de chances de découvrir spontanément cette fleur si personne ne vous l'a montrée : elle est aussi minuscule qu'inattendue. Et bizarre avec ça ! Un pied velu, et des bras rouge vif qui émergent d'un tout petit bourgeon pour s'ouvrir en éventail à la façon d'une anémone de mer.
Si vous agrandissez la photo, vous reconnaîtrez sans doute de quelle plante il s'agit grâce aux chatons voisins, si caractéristiques du noisetier.
Les écureuils font provision de noisettes pour passer l'hiver, c'est bien connu. Mais le noisetier pourrait en remontrer à l'écureuil en matière de prévoyance. Il a toujours plusieurs saisons d'avance, un peu comme ma grand-mère qui préparait ses cadeaux de Noël dès le mois d'août.
Chez le noisetier, il n'est jamais trop tôt pour bien faire. Dès l'automne, la floraison de l'année suivante est en place.
Les fleurs s'ouvrent en janvier-février, alors que tout n'est que frimas aux alentours. Vous iriez déjeuner sur la terrasse, vous ? Et passer la nuit à la belle étoile ? Il faudrait avoir un grain pour cela, mais le noisetier n'est pas fou. Avec son caractère, évidemment il a tout prévu.
La petite fleur rouge n'a que le bout du nez qui dépasse. Le strict minimum. Tout le reste est bien caché sous la doudoune.
Les parties rouges sont des stigmates, c'est-à-dire l'extrémité du pistil. Grâce à eux la fleur femelle va attraper le pollen de noisetier qui passe. D'où il sort, celui-là ? Des grands chatons qui, leur heure venue, s'ouvrent et laissent le vent les secouer comme un chiffon à poussière.
Le noisetier n'est pas avare en pollen, au point d'en jaunir les alentours. Prévoyant comme il est, il ne faudrait pas qu'on en manque. Un peu comme ma grand-mère qui cuisinait toujours pour douze quand on n'était que quatre.
Tout irait donc pour le mieux. Seulement, le noisetier a aussi l'art de se compliquer l'existence. Par exemple, il a horreur des mariages consanguins. Comment faire pour éviter de s'autopolléniser ?
Le noisetier a trouvé la solution. Les fleurs mâles, les chatons, s'épanouissent avant les femelles. Quand les petits boutons rouges s'ouvrent, cela fait longtemps que les chatons se sont secoués et resecoués et qu'ils n'ont plus rien à offrir à personne.
Bigre ! Et comment vont faire les petites fleurs rouges pour réaliser leur voeu le plus cher, se transformer en noisettes ? Là, il faut qu'elles aient un peu de chance, qu'il y ait dans les environs un noisetier en retard et dont les fleurs mâles puissent les féconder.
Même quand on est très prévoyant, il faut quand même laisser un peu de place au hasard.
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vendredi 31 octobre 2008
Je ne sais pas si l'idée vous a déjà traversé l'esprit de planter un cerisier du Japon.
Ils sont splendides au printemps quand ils se couvrent de pompons roses, énormes bouquets denses de couleur tendre, et c'est pour cela qu'on les plante, bien sûr.
Mais regardez l'aspect spectaculaire qu'ils prennent en fin de saison. C'est rien beau, comme on dit en Normandie.
Ceux-ci ombragent pendant l'été le parking du musée d'art américain de Giverny, le futur musée des impressionnismes. Et en cette saison, ils éclaboussent de lumière les petits matins de brume.
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jeudi 28 août 2008
Le travail de jardinier municipal a des aspects ingrats, par exemple les petits bouts de pelouses tarabiscotés et très en pente qu'il faut tondre, ou les sempiternels arrosages de potées. Mais il en est d'autres de plus gratifiants. La réalisation d'un ensemble spectaculaire, par exemple.
Depuis quand ces ifs taillés montent-ils la garde devant la mairie de Saint-Marcel, la petite voisine de Vernon ? Est-ce le créateur de cette rangée méticuleusement taillée qui l'entretient aujourd'hui, ou son successeur au poste, héritier de cette fantaisie arboricole ?
Si on a l'humeur belliqueuse on peut y voir une armée de fantassins prêts à partir à l'assaut.
Mais la tête arrondie de ces ifs me fait plutôt penser aux Barbapapas, les héros de l'Île aux Enfants.
Peut-être que c'est un camouflage et que la nuit venue...
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jeudi 14 août 2008
Monet aimait faire se rencontrer dans son jardin des plantes aux affinités de couleur ou de forme. Ces feuillages, par exemple, dans le jardin d'eau. A première vue on dirait le même arbre. Même vert, mêmes feuilles composées. Mais à part cette coïncidence ces deux-là n'ont pas grand chose en commun.
Permettez-moi de faire les présentations. En haut voici le frêne, un arbre majestueux de nos régions. En bas, le sumac de Virginie, originaire d'Amérique du Nord, de taille plus modeste.
Qui a copié sur l'autre ? Qui s'est dit le premier tiens, je pourrais installer des mini-feuilles le long d'une tige comme des chambres le long d'un couloir, ce sera plus commode pour la distribution de sève ?
Peut-être qu'ils ont eu la même idée en toute indépendance, sans imaginer que cela existait déjà ailleurs sur la planète. Peut-être que les mêmes problèmes n'ont qu'un nombre limité de façons d'être résolus, que les mêmes besoins conduisent à un nombre restreint de réponses.
L'histoire humaine est pleine de ces coïncidences. A propos de l'invention de l'aviation, par exemple. Pour les Français, le papa du vol d'un plus lourd que l'air s'appelle Clément Ader. Pour les Américains, pas d'hésitation, ce sont les frères Wright qui ont inventé l'avion.
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vendredi 4 juillet 2008
Si vous deviez trouver un nom à cette plante, comment la nommeriez-vous ? Ceux qui se sont posé la question avant nous l'ont baptisée Erythrine crista galli, nom botanique où Erythrine dérive du mot grec qui veut dire rouge, et crista galli signifie crête de coq.
Rouge c'est rouge ! La plante porte aussi le joli nom d'arbre corail. D'autres comparent ses fleurs à des... pinces de homard. Bien vu !
L'Erythrine est originaire d'Amérique du Sud où elle est capable de faire de grands arbres de six à dix mètres de haut.
Chez nous la belle est plus modeste. Gilbert Vahé, le chef-jardinier de la Fondation Monet, la cultive en pot et la garde à l'ombre. Je présume qu'elle ira faire un tour en serre cet hiver, même si elle supporte un peu de gel.
L'Erythrine a un côté inattendu et spectaculaire qui attire sur elle tous les regards. Les visiteurs s'aprochent, se penchent pour déchiffrer l'étiquette... et repartent en faisant la grimace. Erythrine crista galli rouge écarlate ! Dur à lire et encore plus à retenir ! On pourrait pas faire plus simple comme petit nom ?
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mardi 13 mai 2008
Trois jours par an, le tamaris est une splendeur. Il darde en tous sens ses chatons, des bâtonnets rose poudré tout à fait raccords avec la façade de la maison de Monet à Giverny.
Devant tant de douceur, on fond, on en oublierait qu'on a maudit le tamaris tout le reste de l'année.
En effet, sitôt la floraison passée, il ne demeure du tamaris que son côté hirsute. Cet arbre à la forme incertaine, difficile à modeler, se la joue cheveux au vent en bord de mer, façon nostalgie des rivages maritimes où il se complaît habituellement.
Est-ce pour cette même nostalgie des vacances sur la côte méditerranéenne qu'on en voit dans tant de jardins ? Ou pour son feuillage si fin, si léger, qui rappelle les fanes des asperges ? Tellement fin, soit dit en passant, qu'il ne faut pas trop compter sur lui pour l'ombre. Il tamise à peine le soleil.
Si le tamaris laisse à désirer en matière de style, en revanche il assure côté culture. Plein de vitalité, c'est une vraie bonne pâte très peu exigeante qui se laisse bouturer avec une facilité déconcertante, si l'on en croit l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert :
Il se multiplie très aisément de branches couchées, & sur tout de bouture qui est la voie la plus courte ; elles réussissent assez généralement de quelque façon qu'on les fasse, quand même on les planteroit à rebours; & quoiqu'on les laisse exposées au grand soleil. Il faut préférer pour cela les branches qui sont de la grosseur du doigt: elles poussent souvent de 4 piés de hauteur dès la premiere année. On les fait au printems.
Quand même on les planteroit à rebours ! Rien que cette phrase, ça donne envie d'essayer pour voir si c'est vrai.
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dimanche 16 mars 2008
Le muguet a son heure de gloire le 1er mai. Le buis, qui n'a pas l'avantage de fleurir opportunément et de façon spectaculaire, est néanmoins à la fête une fois par an.
Le Buxus sempervirens le doit à sa marque distinctive d'être toujours vert.
Pourquoi a-t-il été choisi pour représenter les Rameaux, et pas le lierre ou le houx ? Pour quelque raison mystérieuse qui dépend de la tradition régionale, le laurier, l'olivier ou le saule lui sont préférés ailleurs, mais dans le nord de la France c'est le buis qui a cet honneur.
En Normandie il n'est pas rare de voir dans les maisons des petits brins de buis glissés sous les crucifix. L'usage veut qu'on en place à la tête de chaque lit. On les conserve pendant onze mois jusqu'au mercredi des Cendres, le premier jour du Carême suivant, pour les brûler et en faire les cendres bénites.
Le buis sauvage est abondant dans les sous-bois de la vallée de la Seine. A la Roche-Guyon il forme des taillis, il pousse en arbres de plusieurs mètres de haut.
Tronc grêle, allure dégingandée informe, feuillage peu dense aux feuilles minuscules, ce pas beau à l'état sauvage devient sculptural dans les jardins, grâce à la magie de la taille. Il n'a pas son pareil pour se transformer en cône, en boule ou en martien, quand les sécateurs affûtés le façonnent au gré de l'inspiration.
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lundi 31 décembre 2007
Aussi rouges que la capuche du Père Noël, les baies du houx sont des drupes.
La drupe désigne tout simplement un fruit à noyau. Pourquoi m'avait-on caché jusqu'ici ce mot essentiel, et me laissait-on mettre tous les fruits dans le même panier ?
Ce rouge vif des drupes de houx semble destiné aux oiseaux, merles en tête : mangez-moi, mangez-moi ! Mais l'humain n'est pas invité au festin. S'il franchit à ses risques et périls la barrière des piquants et qu'il goûte les fruits du houx, il va le regretter amèrement. Non pas qu'ils soient amers, sans doute que non, mais bien bien toxiques, que ça vous en gâcherait un réveillon.
Le nom latin du houx est assez illisible : Ilex. Dans beaucoup de polices de caractères le I majuscule et le l minuscule se confondent, et le temps de départager les deux cela fait un moment que vous imaginez, contagion de houx aidant, que c'est un H dont on a coupé le pont. Hex. Presque de la sorcellerie. (Hexe, sorcière en allemand).
Il n'y a pourtant pas plus saint que le houx. Parce que les piquants qui paraissent si agressifs se révèlent à l'occasion protecteurs, il suffit de se cacher derrière. C'est ce qu'aurait fait la Sainte Famille lors de la fuite en Egypte, lorsqu'elle avait les soldats d'Hérode aux trousses. Le houx, mine de rien, a étendu ses branches pour cacher Marie, Joseph et l'enfant Jésus. En guise de récompense pour ce haut fait, le houx a obtenu de rester toujours vert, comme Vernon. Et de trôner sur la table de Noël.
En vieillissant le houx devient inoffensif. Il cesse de fabriquer des piquants autour de ses feuilles. Peut-être qu'il a enfin compris la nécessité de la non-violence... Mais un houx sans piquants, est-ce encore du houx ? Est-ce devenu du hou ?
L'absence de piquants n'est pas la seule surprise que peut réserver un Ilex vénérable. Sa taille en est une autre. A force de le voir en arbuste dans les jardins, on en oublierait qu'il peut devenir un arbre imposant. Dans les collines au-dessus de Giverny, on en trouve des spécimens de belle taille, preuve qu'il sait s'accommoder des sols calcaires.
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vendredi 14 décembre 2007
En automne les arbres aux feuilles vertes deviennent jaunes, rouges ou bruns.
Et que font ceux qui sont pourpres toute l'année ?
Ils trouvent le moyen de devenir plus rouge ou plus roux encore.
A la fin octobre l'érable du Japon qui borde l'étang du jardin de Monet prend cette teinte incroyable, d'un rouge intense.
Le grand hêtre pourpre devient de la couleur des écureuils.
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samedi 21 juillet 2007

Ce ne sont pas ses pétales, mais ses étamines roses qui font tout le charme de l'albizia et lui valent le nom d'arbre de soie.
Celui du jardin de Monet est en fleurs, une floraison qui va se prolonger pendant plusieurs semaines.
Il est planté entre des rosiers conduits en arbres, et son rose répond au rose des roses.
L'albizia est tellement beau avec ses fleurs soyeuses, son port de pin parasol et son feuillage léger, qu'il peut se permettre quelques défauts.
D'abord, il ne pousse qu'en climat assez doux, ou alors bien protégé. Si l'on déroge à cette règle, le pauvre va stresser et se mettre à se fissurer ou sécréter de la sève ou autre symptôme de mal être.
Ensuite, même s'il ne vous fait pas le coup de la sève collante sous les semelles, il faut s'attendre à ce qu'il perde ses feuilles, ses fleurs, ses tiges, ses fruits et les gousses qui les entourent, puisque c'est une légumineuse. Autant dire qu'il vaut mieux l'admirer de loin, au milieu de la pelouse. Planté près d'une terrasse, il vous imposera un balayage quotidien.
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samedi 9 juin 2007
Tout en haut du jardin de Monet, un carré de pelouse est entouré de pommiers taillés en cordon. Cela n'a rien d'extraordinaire en Normandie, on en voit dans beaucoup de jardins. Pourtant ces pommiers "en espalier" suscitent une grande curiosité chez les visiteurs du jardin. Ils se demandent ce que c'est, si c'est mangeable, et sont toujours très étonnés d'apprendre qu'il s'agit tout bonnement de pommes.
Les pommiers de Monet produisent de belles pommes à l'automne. Je ne sais pas si quelqu'un les mange, en tout cas j'aimerais bien les goûter.
Ce midi, un de mes clients croquait une pomme quand je l'ai rejoint à l'heure de notre rendez-vous. Je venais de finir la mienne. Amusée par la coïncidence, je lui ai cité le dicton anglais, "Une pomme par jour tient le médecin à distance". "Moui, a-t-il répondu sans l'ombre d'un sourire, on le dit, mais je n'aime pas beaucoup ce dicton, étant médecin moi-même." J'ai éclaté de rire de ma gaffe, et la visite a été très sympa.
Ce billet, écrit à 20:11 par Ariane dans la catégorie Arbres a suscité :
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vendredi 8 juin 2007
J'en apprends avec les personnes que je conduis à travers les jardins de Monet. Il y a quelques jours, des visiteurs m'ont expliqué que cet arbre à feuillage rouge qui pousse au bord du bassin était un bonsaï d'un âge vénérable. Cela coûterait une petite fortune d'en acheter un de cette taille, ont-ils précisé en connaisseurs. Je n'ai pas retenu le nom qu'ils lui donnaient.
D'autres visiteurs ont ensuite parlé d'érable du Japon, un nom beaucoup plus facile à retenir. Il en existe paraît-il de très nombreuses variétés, près de 400, chez Monet il y en a deux, un vert et un rouge, tous deux au feuillage très découpé et très fin.
Et puis ce matin ma cliente croyait se souvenir que le sien s'appelait un Osaka Zuki. Ce n'est peut-être pas exactement le même, mais cette fois, nous avons trouvé un bout de papier et un stylo pour noter ce nom qui sent bon le Japon.
Au printemps, quand les azalées sont en fleurs, n'a-t-on pas l'Impression d'être au pays du Soleil Levant ?
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vendredi 4 mai 2007
On se croirait chez les champignons : cytise et acacia se ressemblent comme deux gouttes d'eau, à la couleur près. Mais l'un est terriblement toxique, et l'autre délicieusement comestible.
C'est celui-ci, le jaune, le cytise, qui n'est que poison dans toutes les parties de la plante. Et pourtant quelle allure, cette floraison d'un jaune acide !
Son cousin de couleur blanche a les mêmes feuilles et les mêmes inflorescences en grappes. Mais lui, on peut manger ses fleurs parfumées, en tirer du miel, ou donner les feuilles en fourrage au bétail.
En France, on l'appelle acacia, mais c'est un robinier. L'arbre est une légumineuse, ce qui lui vaut de porter en guise de fruits des gousses qui rappellent les haricots, et la capacité de fixer l'azote de l'air.
C'est vraiment une histoire incroyable que celle du robinier - ou de l'acacia, comme vous voulez. On en voit partout, n'est-ce-pas ? Il aime s'installer le premier sur des terrains vierges qu'il colonise. Ce trait de caractère, il le tient de ses origines nord américaines. Car le robinier n'est pas de chez nous. Il est arrivé en Europe il y a quatre siècles seulement. On peut dire que depuis, il a fait des petits.
A Paris, le plus vieil arbre de la ville est un robinier planté en 1604 à Saint-Julien-Le-Pauvre, qui résiste vaillamment à la pollution. Parmi les doyens, le plus visité est sans doute celui du square Viviani, en face de Notre-Dame de l'autre côté de la Seine. Il est le fils du premier robinier introduit en France. Date de naissance : 1620.
Si on voit des acacias partout, c'est que l'arbre a été beaucoup planté. Il possède de nombreuses qualités, dont celle de donner un bois qui ne pourrit pas sans le moindre traitement, et qui s'utilise pour fabriquer des clôtures.
En Alsace, on s'en servait pour en faire des piquets de vigne. On en trouve encore des bois entiers, et les beignets d'acacia font partie des gourmandises printanières traditionnelles de la cuisine régionale.
Ce billet, écrit à 21:48 par Ariane dans la catégorie Arbres a suscité :
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