vendredi 1 mars 2013
J'ai déjà évoqué ici la surprise des visiteurs qui viennent de loin quand ils découvrent dans les jardins de Monet, cultivées avec amour, des fleurs de la plus extrême banalité chez eux : agapanthes, arums, volubilis, poussent comme du chiendent ailleurs sur la planète, et que nous nous donnions tant de mal à les cultiver ne manque pas de les étonner.
Inversement, quand on aime les fleurs, c'est un émerveillement de découvrir dans la nature celles qui demandent habituellement tous nos soins.
Rencontrer des cyclamens en montagne, trouver du muguet dans les bois ou des jonquilles procure une joie particulière, comme si la nature devenait un jardin.
Nombre des visiteurs de Giverny sont sensibles à l'émotion botanique. Celle-ci intervient pour une large part dans leur bonheur d'être ailleurs. Vous rêvez de cocotiers ou de palmiers ? J'en connais d'autres qui craquent pour les anémones sauvages, la férule cousine de l'antique silphium, les prairies d'oxalis jaunes et les asphodèles.
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mercredi 15 août 2012
Des dizaines de cormorans qui s'organisent pour chasser ensemble, c'est un spectacle qu'on peut observer sur la Seine, dans ses bras un peu tranquilles.
Naguère en voie de disparition, le cormoran a bien remonté la pente. Il pullule aujourd'hui, ce qui lui fait pas mal de congénères pour organiser une grande battue sur l'eau.
Le cormoran est un oiseau assez particulier. Ses plumes ne sont pas imperméables comme celles des autres oiseaux d'eau, si bien qu'elles ne retiennent pas de bulles d'air et qu'il pique facilement vers le fond. Il se nourrit de poissons qu'il attrape en plongeant. Sa célérité subaquatique ne lui suffit pourtant pas toujours : le cormoran rate souvent son coup.
Quand il nage à la surface, son corps s'enfonce dans l'eau, et seule la tête dépasse à la manière d'un périscope. Sa lourdeur se manifeste aussi au décollage. L'envol parait laborieux, il ne survient qu'après avoir longtemps couru à la surface de l'eau.
Le cormoran a su faire de ses particularités des atouts. Regroupés en bandes, les oiseaux s'élancent à la surface, qu'ils battent de dizaines de claquements de pattes. Les poissons affolés filent exactement vers l'endroit où les cormorans les poussent et les rassemblent, et où ils vont se faire gober tout crus.
Ce manège n'échappe pas aux mouettes qui circulent dans les parages, toujours prêtes à faire un sort aux poissons blessés. Ni aux hérons.
Les échassiers suivent la pêche des cormorans en restant là où ils ont patte, au bord de la berge vers laquelle les cormorans poussent les poissons. Si les proies arrivent en eau peu profonde, les cormorans n'ont plus assez de place pour plonger, mais c'est parfait pour les hérons qui n'ont plus qu'à se servir.
Toutes ces explications m'ont été fournies ce matin par un fin connaisseur de la Seine. Passionné, passionnant, le capitaine Dominique Polny propose des excursions dans son petit bateau aux alentours des Andelys. Ca n'a rien à voir avec les balades fluviales un peu monotones que vous avez peut-être déjà faites. La verve et les connaissances de Dominique Polny en font un moment extraordinaire. On ne voit pas le temps passer.
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samedi 21 mai 2011
A tous ceux qui aiment :
la solitude dans la nature,
marcher où bon leur semble,
déjeuner sur l'herbe,
apprendre le nom des plantes,
courir ou laisser les enfants le faire,
pouvoir emmener le chien,
se garer sans se casser la tête,
bref, un vrai moment de liberté et de détente au vert, à dix minutes de Giverny, la forêt de Bizy offre tout cela.
Vous me direz, il y a moins de fleurs, c'est vrai, mais observez qu'il y a beaucoup plus d'arbres !
La ville de Vernon vient d'inaugurer un sentier de découverte sensorielle qui invite à toucher les feuilles et jouer du xylophone, qui explique comment dessiner la forêt, et présente les différentes essences d'arbres qui la composent.
Après le bain de foule de Giverny, une petite balade en forêt, ça ressource...
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mardi 23 novembre 2010
Ce n'est pas la roche de Solutré, mais j'aime bien, de temps en temps, faire la grimpette qui mène au sommet de la colline de Giverny.
Comme à Château-Gaillard où la vue donne envie de voler, le regard survole, tel un oiseau, les vallées de la Seine et de l'Epte.
Rien de spécial dans ce paysage doux, fait de prés, de champs, de bouquets d'arbres d'où émergent des maisons, et cela pourrait sembler presque banal, s'il n'y avait dans l'air quelque chose de léger, et dans le ciel ces couleurs pâles, tendres et indéfinies, qui donnent à certains jours de ce pays un charme si particulier.
Cette photo a été prise il y a un mois, au coeur de l'automne, et l'on devine que les terres brunes offriraient au printemps la vision de plaines toutes ensoleillées de colza.
On est ici aux confins de l'Ile de France. La colline où nous sommes est dans l'Eure, tandis que le village où mène cette route toute droite, Limetz-Villez, est situé dans les Yvelines.
La limite, c'est la rivière d'Epte, quelque part au milieu des arbres.
Ce billet, écrit à 18:47 par Ariane dans la catégorie A la campagne a suscité :
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vendredi 13 août 2010

Les balles rondes ou parallélépipédiques produites mécaniquement ont depuis longtemps remplacé les meules chères à Claude Monet. Mais leur géométrie continue à séduire les peintres.
Dans les champs de blé tout juste moissonnés, elles s'alignent à intervalles réguliers sur le chaume court, et leur blondeur s'harmonise au bleu du ciel.
Après des mois cheveux au vent, la terre s'est fait faire une coupe à ras.
Dans l'Eure, les moissonneuses batteuses terminent la récolte des dernières parcelles, dans des nuages de poussière. Les grains de blé détachés au fur et à mesure des épis s'entassent dans les remorques, tandis que les tiges, devenues paille, quitteront le champ un peu plus tard.
La paille des balles rondes deviendra sans doute litière pour le bétail. En Normandie, les élevages ne sont pas loin.
Autrefois les enfants se servaient de ces pailles, creuses et ligneuses à souhait, pour faire des bulles de savon. Il suffisait d'en demander poliment une à la fermière en allant chercher le lait.
L'odeur de la paille de blé est caractéristique, une odeur chaude et un peu irritante qui sent l'été et la moisson. Mais c'est l'odeur des foins que l'on a envie de humer à grandes inspirations, ce parfum délicieux de l'herbe qui sèche.
C'est un bonheur éphémère de juin, quand, à la faveur d'une période de beau temps, les agriculteurs fauchent les prairies et retournent plusieurs fois l'herbe coupée pour la faire sécher au soleil.
Le foin, il finira dans la mangeoire des vaches qui s'en régaleront à la mauvaise saison.
A l'époque de Monet, on en faisait aussi des meules, aux formes molles et incertaines, moins régulières que les meules de blé. Aujourd'hui, le foin lui aussi se stocke en balles rondes ou rectangulaires, d'un vert délavé plutôt que d'un blond paille.
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jeudi 11 mars 2010
Bientôt les premiers bourgeons, les petites feuilles, c'est si mignon quand c'est petit.
La nature a de la tendresse dans ses ébauches.
Et de l'ordre.
Dans la plaine des Ajoux qui s'étend au pied de Giverny, les futurs épis de blé sont alignés comme à la parade, les champs bien peignés.
Ce sont les semoirs mécaniques qui produisent ce joli paysage strié.
Autrefois, quand on semait du geste ample de la semeuse du franc, les grains tombaient n'importe comment, implantés en vrac comme les cheveux sur la tête.
Ça devait ressembler à une espèce de grande pelouse, les champs de blé en herbe.
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jeudi 4 février 2010
Un petit clin d'oeil aux belles-filles de Claude Monet, Germaine, la plus jeune des filles Hoschedé, et Suzanne, la plus jolie...
Clin d'oeil involontaire puisque ces deux barques ont été photographiées bien loin de Giverny, au Grand Port d'Aix-les-Bains, sur le lac du Bourget.
Elles disent à quel point ces deux prénoms aujourd'hui désuets ont été populaires en leur temps.
La mode s'en est maintenue longtemps, jusqu'au début du 20e siècle. Qui n'a pas une tante Germaine dans sa parentèle ?
Gageons que les deux prénoms ne tarderont pas à revenir sur le devant de la scène.
En attendant, ils datent ces deux belles barques de bois, dont j'imagine les propriétaires un peu âgés, amateurs de pêche à la ligne et respectueux du matériel.
Les couleurs, pourtant, n'ont rien de classique, et composent un tableau qui aurait peut-être inspiré le maître de l'impressionnisme.
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lundi 1 février 2010
La Normandie est le royaume des petits chemins de campagne. Dans la vallée de la Seine, ils s'insinuent jusque dans les quartiers résidentiels ou ils sont baptisés sentes et quadrillent les pentes de passages inattendus, formant tout un réseau parallèle aux voies bitumées.
Mais dès qu'on s'éloigne de la ville, les sentes redeviennent des chemins creux. Des barrières rustiques en bois ou des haies champêtres pleines d'églantines, de mûres et d'aubépines, bordent des prairies broutées aussi ras que des pelouses.
Par quelque bout qu'on les prenne, on finit toujours par arriver dans un bois d'un côté, dans un village de l'autre. Côté bois, en cette saison, rien n'arrête les rayons du soleil qui viennent danser entre les branches et donner plus de rousseur encore au tapis de feuilles de l'automne dernier.
Côté village, les chemins se glissent le long de vénérables granges de pierre, de murs en bauge ocre, et deviennent chemin des écoliers les jours de semaine.
Tôt ou tard, un ruisseau glougloute, pressé, petite source jaillie des pentes qui se hâte de rejoindre la Seine.
On ne suivra pas son exemple. On marchera d'un pas mesuré, les yeux ouverts sur le paysage qui se déploie dès que l'on monte un peu vers la crête de la colline. C'est toujours à mi-pente que les châtelains, pas fous, ont posé leurs châteaux, au milieu de parcs si vastes qu'on ne sait plus où ils finissent, et où commence la forêt.
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dimanche 12 juillet 2009
Le trésor est au pied de l'arc-en-ciel, dit-on. Ici, il a pris la forme de cette double rangée de piquets tout neufs au milieu du pré. Ils bordent le chemin qui vient d'être ouvert au public et qui mène de la route de Giverny jusqu'à la Seine.
Juste au niveau du panneau indiquant la sortie de l'agglomération de Vernon, un petit parking a été aménagé côté colline. En face, les prés s'ouvrent maintenant aux promeneurs.
Ce fond de vallée était autrefois un chapelet d'îles séparées par de minces bras du fleuve. Les terrains sont d'un seul tenant maintenant, mais le dessin de ces anciennes voies d'eau se lit encore dans le relief du chemin, tout en creux et en bosses.
De chaque côté, des prés à vaches, des rangées de saules, des trembles qui frissonnent, bavards. En dix minutes à peine on atteint le bord de l'eau.
La prairie se termine en escarpement. En contrebas, la Seine lèche de minuscules plages sableuses. C'est un joli coin pour se prélasser un moment, ou déballer son pique-nique au soleil.
On peut, de là, regagner Vernon par la berge (l'inverse est également possible au départ du pont, derrière le stade), ou préférer revenir sur ses pas. Le retour offre des points de vue inhabituels sur la côte Sainte-Catherine et le mont d'Heurgival (qui dériverait d'Or git val, le val où git de l'or : un arc-en-ciel a dû s'arrêter par là autrefois !).
Une fois arrivé au parking, la voie verte s'étire au pied de la colline pour prolonger la promenade vers Giverny ou vers Vernon.
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jeudi 4 juin 2009

Vous venez d'arriver sur cette page, vous êtes sur le point d'y passer un instant ?
A tous les lecteurs qui viennent butiner sur la toile, bienvenue, et bon miel !
Les fleurs de Giverny se sont parées de leurs plus beaux atours, d'amples volants vermillons, des froufrous roses, des pompons bleus...
Elles se tendent vers le soleil, prêtes pour l'atterrissage des abeilles.
Quel trampoline ces dernières vont-elles choisir ? Celui-ci, puis celui-là ?
Il y a de quoi faire tourner la tête.
Le parfum des roses emplit l'air.
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samedi 31 janvier 2009
Le vent n'a pas eu en Normandie la violence dont il a fait preuve dans le sud-ouest. Ici il a fait tomber quelques branches, mais il a épargné les vieux arbres.
Dans les jardins, quand l'herbe se mettra à pousser ce bois mort sera un piège pour la tondeuse, il faut donc le ramasser. Si on a la fibre écolo, on l'entasse dans un coin où il ne gêne pas pour offrir le gîte et le couvert à de minuscules organismes en début de chaîne alimentaire. On peut aussi en faire des oeuvres d'art ou lui donner une deuxième vie comme radeau.
Tout ce bois mort qui jonche le sol, cela aurait été une aubaine autrefois, quand on allait ramasser en forêt de quoi se chauffer. La coutume normande autorisait les riverains à se servir gracieusement et sans autorisation préalable, mais seulement en bois mort. Le bois vif, celui qui porte des feuilles et des fruits, était réglementé.
Et puis, morbleu ! il ne fallait pas confondre le bois mort et le mort-bois. Cela sonne comme bonnet blanc et blanc bonnet, mais pas du tout.
Le mort-bois est du bois bien vivant, comme son nom ne l'indique pas. Le mot est une corruption de "mauvais bois". Selon la charte aux Normands, il désignait le bois de faible valeur car ne portant pas de fruit, à savoir le saule, les épines, les genêts, etc. Selon les coutumes locales les riverains avaient ou non le droit de s'en servir pour "clore leur héritage" ou pour d'autres usages.
Il ne faisait pas bon enfreindre ces règles. Les tribunaux avaient à connaître un très grand nombre de conflits liés à l'usage de la forêt. Et les amendes pleuvaient. On imagine la manne financière, bien avant l'invention du radar automatique.
Aujourd'hui si on passait un examen de ramassage de bois, je crois qu'il y aurait pas mal de recalés. Ce qui n'a aucune importance puisque la règle est devenue super simple : même le bois mort, on n'a pas le droit de le prendre. Il est indispensable à l'équilibre de la forêt de Normandie et d'Ile de France, qui, nous dit-on, en manque beaucoup.
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mardi 21 octobre 2008
Il suffit, en forêt, de se pencher vers les jeunes châtaigniers de l'année pour s'apercevoir que la coquetterie leur vient au berceau.
Vous croyez qu'hésiter sur le choix d'un vêtement, d'une couleur, est réservé aux humains ? Ecoutez ! Ces deux arbrisseaux-là sont en grande conversation. Ils parlent chiffons. Ils ont vidé l'armoire, tout étalé sur le lit, et ils en sont aux essayages devant le miroir.
- Et si je mettais les trois en même temps, le jaune, le vert et le marron ? Tu trouves pas que ça fait un peu Arlequin ?
- Non non, regarde comme ça me va bien...
Toute l'année ils ont porté l'habit vert, mais on se lasse des plus beaux atours, et la mode d'automne moins académique leur paraît plus seyante.
Une façon de mettre une pointe d'originalité dans le tableau dont ils ne sont qu'un élément aux mutations périodiques.
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lundi 6 octobre 2008
L'automne arrive comme un faux-monnayeur, avec ses valises pleines d'or et de rouille.
En Finlande, m'ont raconté deux visiteuses de Giverny, c'est la saison de la rouska. Elle débute à la mi-septembre et se prolonge pendant un mois, jusqu'à l'arrivée des grands vents de l'automne qui balayent les dernières feuilles des arbres.
Les Scandinaves aiment aller voir les arbres s'embraser. La rouska est la pleine saison touristique, comme au Canada. Les arbres prennent des teintes fabuleuses, tandis que des baies rouges se répandent au sol et forment un tapis écarlate qui répond aux feuilles des arbres.
Cela doit être beau, cette rouska, et si proche puisqu'Helsinki n'est qu'à deux heures trente de vol de Paris...
C'est fou le pouvoir évocateur des mots. En trois phrases les Finlandaises qui me parlaient de l'automne dans leur pays ont fait naître des images merveilleuses. Quel mot magnifique, rouska...
Je ne sais pas si je verrai ce spectacle un jour, mais tout en marchant dans les rues de Giverny je rêve de cet ailleurs à peine évoqué.
L'herbe est toujours plus rousse dans le pré voisin, même quand on vit dans un paysage qui fait beaucoup rêver, autre part sur la planète.
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mercredi 2 avril 2008
L'Eure est l'un des départements les plus équestres de France. On pense souvent que c'est l'Orne, à cause des célébrissimes haras du Pin, ou le Calvados qui médiatise les ventes de yearlings et les courses à Deauville. Mais ces départements sont trop éloignés de la région parisienne pour faire le plein de licenciés comme la Seine-Maritime et l'Eure.
Bref ! Foin des chiffres, on aime le cheval en Normandie. D'ailleurs plusieurs grands champions d'équitation y ont élu domicile, par exemple Eric Navet, Hervé Godignon ou Alexandra Ledermann.
Chaque ville s'est équipée d'un hippodrome. Le plus proche de Giverny et de Vernon, c'est celui de Saint-Marcel, un bourg qui atteint tout juste les 5000 habitants. A côté des Andelys, le village de Tosny (580 habitants) a son champ de course. Et bien sûr Evreux possède le sien, centenaire, où se court à l'occasion le tiercé.
Ces hippodromes ne sont pas forcément tous dans un état remarquable, mais ils manifestent l'engouement des Eurois pour les chevaux et pour les courses. C'est un loisir familial et bon enfant ici, ce n'est pas le rendez-vous des élégances comme à Longchamp : si l'on porte un couvre-chef ce sera plus sûrement une casquette qu'un coûteux chapeau.
Pas le genre d'endroits qu'aurait arpentés Daniel Wildenstein, j'imagine. Le biographe de Claude Monet disparu en 2001 avait une passion pour le sport hippique. Eminent marchand d'art, il avait de grands moyens, ce qui lui a permis de goûter aux joies que procure la possession d'une écurie de chevaux de courses.
Une fortune abyssale en vérité : le trésor familial compte 10 000 tableaux paraît-il, et non des moindres.
A ce niveau-là la simple prudence impose la discrétion. Pourtant, à la fin du catalogue raisonné de Monet dont il est l'auteur, Daniel Wildenstein révèle la composition des collections privées, parmi lesquelles celle de la Galerie Wildenstein.
La longueur de la liste des numéros de catalogue laisse rêveur. Le total est un joli chiffre, on dirait un porte-bonheur : 222 toiles de Claude Monet.
Je peine à imaginer ce que c'est que d'être plus riche que riche, mais je pressens que ce doit être écrasant, quelque chose qui vous fait vous déchirer en famille à la moindre succession, fait de vous la cible de la presse people et vous fait craindre pour la sécurité de vos enfants.
Je ne sais pas comment Daniel Wildenstein le vivait. Je ne sais pas quel homme il était. Mais je lui suis reconnaissante de son admirable travail sur Claude Monet, ce précieux catalogue raisonné, cette biographie minutieuse. Et j'aime l'humour un brin ironique avec lequel il baptisait ses meilleurs chevaux : Peintre célèbre, Allez France, ou encore Goodbye Charlie en clin d'oeil au départ du Général de Gaulle.
L'humour, ou l'élégance de l'esprit qui fait qu'on vous pardonne d'être riche.
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samedi 8 septembre 2007
Je sais, c'est un jeu de mots facile. Quoiqu'on puisse en penser d'après la photo, la tour de Piseux, elle, est droite comme un I. Normal quand on contient de l'eau !
Piseux se trouve dans le sud de l'Eure, tout près de Verneuil sur Avre, une région de plaine riche en châteaux d'eau. Certains sont décorés de magnifiques fresques, comme celui-ci. On peut y voir une biche dans une clairière à l'automne, tandis qu'un cerf décore l'autre côté de la tour.
Les scènes bucoliques sont fréquentes, c'est le genre qui veut ça. Cet après-midi j'ai aperçu un autre château d'eau du côté de Marcilly la Campagne qui représentait la moisson, et vous vous souvenez peut-être du geste auguste du semeur sur celui de Caillouet Orgeville.
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mardi 7 août 2007
Avez-vous remarqué que les vaches aiment se tourner toutes dans le même sens pour brouter ? On dirait qu'elles obéissent à l'une de ces grandes lois mathématiques qui régissent l'univers :
Soit un ensemble nommé troupeau constitué d'un nombre x de bovins, x étant supérieur à 1. Démontrez que ces bovins sont des bipoints orientés tous dans le même sens. En déduire que cette prairie est un champ vectoriel.
L'instinct grégaire est sans doute cette loi. Mettez-vous cinq minutes dans la tête d'une vache. Ca y est ? Vous êtes un placide ruminant ? Alors vous comprenez : quand vous vous trouvez au milieu d'un pré, avec toute cette herbe qui s'offre à vous de tous les côtés, cela vous inquiète de devoir choisir où aller brouter. C'est si apaisant de mettre une partie de son cerveau en sommeil et de suivre tranquillement quelqu'un qui décide à votre place. Certaines vaches sont des meneuses, et cela arrange la plupart des autres.
Et les humains ? Et nous Français, réputés si frondeurs, avons-nous ou non l'instinct grégaire ?
Nous aurons le temps d'y repenser la prochaine fois que nous serons pris dans un bouchon sur la route des vacances, les capots tous orientés dans le même sens.
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jeudi 14 juin 2007
Autant le colza est incontournable au printemps, avec son jaune acide omniprésent qui vous saute à la figure, autant le lin joue la discrétion. Pour peu que la pluie vous tienne à l'écart des chemins de campagne pendant une ou deux semaines, et vous ratez la courte mais si jolie période où il est en fleur.
Si le colza fait masse, le lin est mousseux et léger. Sa floraison saupoudre les champs d'une traînée de petites étoiles bleues tombées du ciel et accrochées au sommet de courtes tiges toutes fines.
Comment quelque chose de si délicat peut-il produire une fibre aussi solide ? Le processus de transformation est long et un peu mystérieux, comme celui qui fait naître les papillons, ou les bons petits plats en cuisine.
Beauté éphémère : vous apercevez un champ qui ressemble à celui-ci à deux heures de l'après-midi, vous le retrouvez tout vert à six heures du soir, toutes ses fleurettes fanées.
C'est une beauté qui s'offre et se refuse en même temps. Vue de près, la fleur de lin ne paie pas vraiment de mine, toute petite et toute simplette. Ce n'est qu'en portant le regard au loin qu'on la voit devenir cette nappe d'azur. De près, même pas de quoi être tenté de faire un bouquet.
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samedi 12 mai 2007
Malgré les apparences nous voyons mieux d'un peu loin que de près. Ce qui est petit, au ras du sol nous échappe. Il faut faire un effort pour se baisser, descendre nos yeux d'un bon mètre et regarder.
Si nous étions des insectes rampants, nous verrions le monde plus près des choses, comme à travers un zoom énorme. Ces mousses aux formes étranges nous seraient familières. Nous nous serions déjà retrouvés nez à nez avec l'araignée qui a tendu ces fils minuscules de l'une à l'autre, à deux centimètres de hauteur.
Il y a quelques années le film Microcosmos a connu un succès mérité. Au prix d'un travail considérable, ses auteurs ont réussi à faire entrer les spectateurs dans la peau des petites bêtes des prés, acteurs principaux du film. Vous vous rappelez ? C'était fascinant, et même hypnotique.
Tellement hypnotique qu'à chaque fois que j'ai vu Microcosmos, je me suis endormie, malgré tous mes efforts pour résister au sommeil. Les images étaient accompagnées de chants envoûtants qui me faisaient l'effet d'une berceuse, il faut croire. Je me suis endormie au cinéma, et ensuite chaque fois que j'ai tenté de visionner la cassette. Je voudrais bien savoir si cela vous a fait le même effet. Si cela s'avère, c'est sûrement qu'il y avait de la mouche tsé-tsé en image subliminale, entre deux plans de scarabées.
Ce billet, écrit à 15:52 par Ariane dans la catégorie A la campagne a suscité :
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samedi 5 mai 2007
En matière de cabane, à chacun ses ambitions. Il y a ceux qui ne la conçoivent que perchée en haut d'un arbre avec terrasse panoramique et hamac intégré, et ceux pour qui quelques branches de bois mort assemblées en dix minutes suffisent. Si les premières font rêver, les secondes ont le parfum et la fragilité de l'enfance.
Je furetais à la recherche des fleurs de printemps dans la forêt de la Roche-Guyon, à l'ouest de Paris, quand je suis tombée nez à nez avec celle-ci.
Depuis combien de temps est-elle là ? Ses bâtisseurs reviendront-ils la voir et la perfectionner ? La retrouveront-ils intacte ?
Il en va des cabanes comme des châteaux de sable : elles disparaissent inéluctablement, on ne sait pas trop comment. Le temps qu'elles durent, elles concrétisent les instants pleins d'entrain qui leur ont donné naissance.
La présence d'un ou plusieurs enfants est indispensable à la réalisation d'une cabane de branchages. Sans eux, la magie du jeu n'opère pas. Mais s'ils sont là, il suffit de lancer "et si on faisait une cabane ?" pour voir des étoiles s'allumer dans leurs yeux.
On choisit d'abord l'emplacement. Un arbre qu'on va entourer, ou une vieille cépée, ces rejets de bois qui repoussent à partir de la souche d'un arbre coupé. Dans ce cas il ne reste plus qu'à combler les vides entre les troncs.
Les matériaux sont partout, à profusion. Il n'y a qu'à se baisser pour trouver des branches tombées. Vous rappelez-vous ? S'il a plu elles sentent le champignon, elles abritent des bêtes, c'est un peu dégoûtant. On regrette de ne pas avoir de gants mais on ramasse quand même, on tire les plus longues, regardez ce que j'ai trouvé ! Manque de chance, ce sont les plus enquiquinantes à placer, elles dépassent de partout. Les trop petites ne servent à rien, il en faut de la bonne longueur.
Chacun y met beaucoup d'ardeur, et puis tout à coup ça y est, tous les murs sont construits, on peut s'arrêter. L'instant est solennel : on entre dedans.
Il n'y a que les plus petits qui tiennent debout, qui ont une relative impression d'espace. Pour tous les autres, c'est minuscule. On s'accroupit. On savoure.
Tout autour, les branches placées les unes à côté des autres forment une claire-voie. Elles marquent la limite du dedans et du dehors.
Il ne faudrait pas qu'il pleuve, ni qu'il gèle, ni qu'une bête sauvage s'approche. La protection est illusoire, tout au plus un camouflage. On s'est fabriqué une cachette au fond des bois. On s'y trouve bien tant que le soleil brille.
Peu à peu l'excitation donnée par le projet s'estompe. L'inconfort d'être assis sur la terre battue l'emporte. On ressort. On rajoute une branche ici ou là, à court d'idée.
On se prend en photo devant, tout fier. C'est fini. Il est temps de rentrer.
Ce billet, écrit à 20:26 par Ariane dans la catégorie A la campagne a suscité :
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vendredi 6 avril 2007
Avez-vous remarqué ces incroyables miniatures de feuilles qui naissent ces temps-ci ? Les bourgeons éclatent en milliards de bouchons de champagne, le bruit en moins. A l'intérieur étaient cachés des modèles réduits super bien imités, tout le portrait de la version adulte en minuscule.
Les feuilles du noisetier ont déjà toutes leurs nervures, toutes leurs dents. Celles de l'érable rebiquent gracieusement leurs pointes, comme les doigts des danseuses indiennes. Chez les marronniers, les jeunes feuilles pendent au bout des rameaux, on dirait des chauves-souris vertes. Toutes petites elles sont déjà grandes, ce sont les éléphants du règne végétal.
Le vert tendre est le point commun des jeunes pousses. Il leur donne à toutes un air d'innocence, même aux feuilles de houx, adorables avec leurs tout petits piquants mous et inoffensifs. C'est attendrissant comme un bébé hérisson. Jusqu'aux orties qui pointent et se laissent cuisiner en potage, petite revanche par anticipation du jardinier.
Prémisses de printemps. Pour être convaincue que la belle saison a commencé, j'attends encore un signe : que les centaines de tilleuls qui bordent les avenues de Vernon se parent de vert, comme le veut la devise de la ville. Pour l'instant, pas une feuillette à l'horizon.
Ce billet, écrit à 12:24 par Ariane dans la catégorie A la campagne a suscité :
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