giverny

Giverny News

Le Blog d'Ariane,

jeudi 31 mai 2012

Suivez mon iris bleu

Faux irisLe parapluie est au guide ce que les ciseaux sont au coiffeur, le stéthoscope au médecin, le sifflet à roulette au chef de gare. Quand on guide en plein air par temps variable, il est risqué de prétendre s'en passer, et carrément téméraire de s'en dispenser si l'on doit guider un groupe, surtout au milieu d'une foule. Le parapluie brandi sert de fanion, il ouvre la voie comme un brise-glace.
C'est un peu difficile quand on débute. En tête du cortège, vous levez le bras avec le parapluie fermé, l'air de tâter le vent, et vous vous sentez vaguement ridicule. Pourtant ce geste a un effet souverain : il vous fait entrer dans le rôle, encore plus que le badge préfectoral.

Tout le mois d'avril, le temps humide nous a imposé le parapluie à Giverny. C'était un peu lassant. Depuis que le ciel s'est remis au beau, je suis contente de le laisser à la maison.
Pour le remplacer comme signal dans la foule compacte de mai, j'emporte un iris factice.
Le voici photographié dans mon jardin (je ne me permets pas ce genre de privautés dans celui de Monet) à côté d'un iris naturel. C'est une jolie imitation en tissu, avec une tige suffisamment rigide pour la tenir sans qu'elle ne ploie.
L'idée n'est pas de moi mais de ma collègue Patricia qui utilise un beau tournesol. Il nous arrive souvent de nous partager un groupe, chacune sa fleur dans le jardin, les clients apprécient, ils trouvent que c'est efficace et joli.
Par rapport au parapluie, la fleur présente des avantages considérables. Elle est plus légère, et il n'est pas besoin de tendre le bras, elle culmine spontanément au-dessus des têtes.
De plus, si le parapluie suggère la menace d'une averse, l'iris est en harmonie avec le jardin.
Le seul problème, finalement, c'est la qualité de l'imitation. Pour beaucoup de visiteurs, l'aspect artificiel de la fleur ne saute pas aux yeux.
Alors que le parapluie ne suscite aucune question, aucun commentaire, l'iris fait débat. Environ une personne sur deux est persuadée qu'il est vrai. Même à contre-saison.
On marmonne sur mon passage, on s'insurge. J'entends des réflexions réprobatrices : "si tout le monde faisait comme elle !" Les enfants le clament tout haut, accusateurs : "la dame elle a cueilli une fleur !"
Je leur fais toucher la fleur, je leur demande s'ils croient qu'elle est vraie. Aux adultes j'indique la bonne adresse où se procurer la même, face à la Fondation Monet.
Tout cela pourrait encore passer. Le plus fatigant, ce sont les remarques idiotes, comparaisons religieuses (on dirait que vous portez une croix / un cierge) ou métaphores licencieuses (la queue est longue !). Cette dernière sortie émanait, à ma surprise, d'un vieillard ratatiné dans son fauteuil roulant, qui n'avait visiblement rien perdu de sa verdeur verbale.
Voilà pourquoi, au bout de quelques jours de beau temps, je me fatigue un peu de l'iris. S'il fait gris demain, je ressortirai le parapluie. Si le soleil brille, je prendrai l'ombrelle.

lundi 28 mai 2012

Stachys

Stachys Les fleurs ont des oreilles. Surtout l'épiaire laineuse, alias Stachys lanata.
Sa douceur pelucheuse lui vaut d'être comparée à des oreilles d'ours, de lapin, de lièvre, d'agneau, et même d'âne en anglais... Bref on hésite entre tout un bestiaire, mais on est sûr qu'il s'agit d'un mammifère au doux pelage et aux oreilles de belle taille.
Dans la littérature sur les jardins, il me semble que c'est l'oreille d'ours qui revient le plus souvent en français, et lamb's ear en anglais. (Woll-Ziest en allemand, on reste dans la laine).
Le stachys est volontiers utilisé en couvre-sol pour son feuillage décoratif. Les jardiniers n'ont pas l'air d'aimer beaucoup ses fleurs, des épis un peu grêles qui apparaissent en été. Les abeilles, elles, en raffolent.
L'épiaire appartient à la grande famille des lamiacées, qui comporte des célébrités telles que la lavande, le romarin, la sauge, le thym, la sarriette... Et comme ses cousines elle a des vertus aromathérapiques découvertes depuis fort longtemps.
Le stachys entre dans la composition de la fameuse eau d'arquebusade, un élixir antiseptique à base de plantes qui remonte à François Premier.
On ne risque plus grand chose des arquebuses, mais l'élixir est toujours commercialisé pour la santé de la peau.
Celle-ci doit finir par être toute douce, comme des oreilles d'agneau...

jeudi 24 mai 2012

Une mer de fleurs

Giverny, les irisLa floraison des iris est courte, mais si spectaculaire, si séduisante qu'elle mérite bien qu'on patiente devant leurs feuilles le reste de l'année.
Vu en oblique et non pas dans le sens des allées, le jardin de Claude Monet à Giverny se déploie comme une immense mer de fleurs, giroflées, isatis, juliennes, d'où émergent les têtes papillonantes des iris.
Le secret de l'effacement des chemins est tout simple : les massifs et bordures sont un peu surélevés, d'autant plus que l'allée derrière eux est plus large. Cette légère élévation du terrain cache les cheminements et donne ce côté très naturel au jardin.

Les iris sont juste à leur apogée à Giverny.
J'ai profité de quelques heures de soleil hier pour aller faire des photos de cette période si poétique, mue par une motivation renouvelée : l'éditeur de calendriers DuMont a l'intention de poursuivre notre collaboration en 2014.
Le calendrier 2013, pour sa part, paraîtra en juin, sans graines cette année et donc moins cher que l'an dernier (prix public 16,99 euros). Vous pourrez vous le procurer chez amazon.fr, mais toujours pas à la Fondation Monet. Je m'en désole, mais il paraît qu'il pourrait faire de l'ombre au calendrier édité par la Fondation, même si ce n'est ni le même prix ni la même qualité.
Je crois que DuMont retravaille légèrement mes photos, bien mieux que je ne saurais le faire, pour en tirer le meilleur. Elles ne sont jamais aussi belles que dans leur édition.
Je m'attache, de mon côté, à essayer de rendre la réalité de la beauté du jardin, habillé de la lumière du val de Seine, avec simplicité et naturel. Pour partager par l'image plutôt que par les mots mon amour de ce lieu qui m'émerveille et m'éblouit chaque jour.

dimanche 20 mai 2012

L'âge d'or des grenouilles

Les grenouilles dorées de Champ de Bataille

Au château de Champ de Bataille, les grenouilles pansues, dodues, dorées, ont un regard enamouré.

vendredi 18 mai 2012

Le château du Champ de Bataille

Le château du Champ de BatailleA une heure de Giverny, le château du Champ de Bataille étale sa magnificence inspirée de Versailles en pleine campagne, dans la plaine du Neubourg. 38 hectares de parc qui déclinent bosquets, labyrinthe, pièces d'eau, broderies et topiaires, statues à l'antique et fabriques, serres et potager... Tout cela par la volonté d'un seul homme, le propriétaire des lieux Jacques Garcia, décorateur aussi prisé que passionné.
38 hectares magiques, et pas âme qui vive. En ce moment les appartements du château n'ouvrent que le week-end, si bien qu'en semaine, quand seul le parc est accessible, il n'y a personne. Le prix d'entrée élevé (12 euros pour les jardins) y est peut-être aussi pour quelque chose.
C'est une expérience extraordinaire que ce Versailles contemporain pour soi tout seul. Garcia a mêlé le grandiose et l'inventivité, le très proche et le lointain, la poésie et une touche d'ésotérisme, le jeu et l'exotisme, l'opulence et l'épure.
On joue à se perdre dans les bosquets impeccablement taillés, on guette la prochaine surprise nichée dans la charmille.
Le long des bassins, des baignoires empire abritent des jets d'eau.
Partout des sphinges, des déesses aux courbes sublimes, et des détails dorés, comme les énormes grenouilles qui tiennent concile sur les marches du plan d'eau.
Le retour ressemble à un voyage, avec des escales en Asie, en Grèce, en Italie peut-être, et un dernier point de vue sur un impressionnant alignement d'agaves en pots. C'est un jardin qui sait surprendre.

mardi 15 mai 2012

Semis de capucines



Semis de capucines
Dans les châssis à côté de la serre, les jeunes pousses de capucines sont déjà prêtes à être plantées.
Il ne leur reste plus qu'à s'endurcir un peu avant d'aller prendre leur place de chaque côté de la grande allée.
Plusieurs variétés de capucines vont mêler leurs couleurs flamboyantes pour recouvrir toute la largeur de l'allée.

P.S. A peine eu le temps de poster ce billet, le lendemain les capucines étaient en terre !

dimanche 13 mai 2012

Giverny

GivernyVoici le jardin de Giverny en fin d'après-midi, quand le soleil plus bas éclaire les arbres à l'est du bassin et que les reflets révèlent leurs sortilèges.
L'image inversée du marronnier blanc en fleurs frissonne à côté de celles du saule à osier et du vieux saule pleureur.
Les premiers iris, d'un beau bleu roi, sont là, mais pas encore les premiers nénuphars.

vendredi 11 mai 2012

Expérience tactile

Barrière en bambou à GivernyLes barrières légères qui bordent les massifs à Giverny sont de fabrication maison, avec des bambous recyclés.
Elles ne sont pas très solides, mais elles délimitent efficacement les pelouses.
Chaque année, les jardiniers remplacent les parties abîmées.
De beaux bambous lisses et luisants s'intercalent entre d'autres que la pluie a rendu ternes et gris.
Nous les adultes passons à côté sans y prêter attention.
Ce n'est pas le cas des jeunes enfants, qui ont un autre rapport à leur environnement.
J'ai vu un petit garçon glisser la main le long de chaque brin de bambou, en commentant l'expérience par un "c'est doux... c'est pas doux... c'est doux..."
A fondre...

dimanche 6 mai 2012

Hollande

Monet, champs de fleurs et moulins à vent près de Leiden

Monet, champs de fleurs et moulins à vent près de Leiden


En 1886, Monet peint des champs de tulipes en Hollande, près de Leiden.
Les rouges surtout lui plaisent.
Et les moulins à vent, qui brassent l'air pour pomper l'eau.
Le vent annonciateur d'un changement de temps est partout présent dans le tableau.
Il fait ployer les fleurs.
Va-t-il éloigner les nuages qui, pour l'instant, n'ont pas l'air bien dangereux ?
Ou au contraire en apportera-t-il de plus menaçants ?

samedi 5 mai 2012

Le bon vieux temps des grenouilles

Grenouilles dan le bassin de Monet à GivernyCes derniers jours, les grenouilles coassantes captent l'attention des visiteurs de Giverny. Massés autour du bassin aux Nymphéas de Claude Monet, ils ne les quittent pas des yeux, et cette vue réveille chez beaucoup d'entre eux des souvenirs d'enfance.

"Quand j'étais enfant, avec un copain, on les attrapait avec un chiffon rouge et un hameçon !" se souvient un monsieur penché vers une toute petite fille. "Elles étaient attirées par la couleur rouge, elles mordaient au crochet, et on les tirait hors de l'eau."
Il y a de l'excitation dans sa voix au souvenir de cette pêche si simple, de ces grenouilles si faciles à berner. "On les attrapait... et après on les mangeait." La voix a hésité un instant, le temps que l'adulte décide d'épargner à l'enfant l'épisode de la mise à mort des grenouilles. Le récit passe de l'évocation d'un plaisir à un autre plaisir, du jeu à la table, et jette un voile pudique sur l'entre-deux.

Certains de mes clients, qui me font des récits semblables, se montrent plus explicites. Une dame me raconte qu'elle voyait les grands "couper les cuisses aux grenouilles toutes vivantes, et rejeter le reste à l'eau, en prétendant que les pattes allaient repousser." On ne sait ce qui l'a choquée le plus, du geste barbare ou du mensonge qu'on lui faisait.

D'autres enfants se livraient à des jeux plus innocents, comme le concours de sauts de grenouilles, variante de l'exaspérante course d'escargots. Innocence apparente, car les grenouilles épuisées de sauter au sec finissaient par crever.

Les grenouilles, qui "ont un sacré clapet" aux dires d'une visiteuse, ont pris un genre de revanche cette semaine. Les ténors du plan d'eau ont infligé aux promeneurs de Giverny un concert ininterrompu et assourdissant. Je crois tout de même qu'il touche à sa fin. On commence à voir les premiers têtards.

mercredi 2 mai 2012

Erythronium

ErythroniumCes jolies petites clochettes jaunes perchées en haut d'une fine tige d'environ trente centimètres sont celles de l'érythronium.
Le nom vulgaire de cette bulbeuse est la "dent de chien", dens canis, en anglais dogtooth violet, en raison de la forme de son oignon qui ressemble à une canine de canin. La personne qui a inventé un nom aussi peu seyant à cette fleurette devait avoir une dent contre elle. Peut-être parce qu'elle est capricieuse à multiplier, et qu'il faut souvent cinq ans avant que les petites nouvelles ne fassent enfin des fleurs. De quoi décourager les jardiniers amateurs, et imposer des prix élevés aux bulbiculteurs, plus d'un euro par bulbe. Une dent oui, mais une dent en or !
L'erythronium porte aussi le nom nettement plus charmant de lis des bois. Voilà qui met sur la piste de ses préférences au jardin. A l'instar des perce-neige, muguet et autre jacinthe des bois, ce petit lis-là aime être cultivé à l'ombre des arbres. Il fleurit avant que ceux-ci n'ouvrent leurs feuilles, et se trouve douillettement protégé des ardeurs du soleil juste après.
A Giverny, on peut voir les érythroniums dans le massif jaune au pied du mur qui longe la route, où ils trouvent l'ombre nécessaire.
Comme on le voit sur la photo prise à la fin de ce mois d'avril très pluvieux, le lis des bois passe pour un mets de choix chez les limaces. Sinon il n'a presque pas de défauts, une fois qu'on l'a convaincu de s'installer, ce qui semble presque aussi difficile que d'attirer des entreprises sur la zone d'activité de votre commune. Pour avoir une chance de l'amadouer, il vaut mieux l'acheter en pot, le bulbe déteste se dessécher au contact de l'air. Et une fois qu'il a repris, on n'y touche plus. Le lis des bois est casanier.
Il existe en différentes couleurs, la plus facile à se procurer et la plus florifère étant celle-ci, un hybride jaune dénommé Pagode, sûrement par analogie avec ses pétales recourbés.
Ce sont les feuilles maculées de taches rouges qui ont donné son nom botanique à l'érythronium. Il dérive de erythros, l'une des trois façons de dire rouge en grec. Un mot qui fait penser à l'Erythrée, pays de la corne de l'Afrique proche de la mer Rouge.


Copyright :

Cher lecteur,
ces textes et ces photos
ne sont pas libres de droits.

Merci
de respecter mon travail
en ne les copiant pas
sans mon accord.
Ariane.

Références :

Syndication