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Giverny News

Le Blog d'Ariane,

lundi 30 avril 2012

Le temps des grenouilles

Il a suffit d'une seule journée un peu douce, et tout est changé.
Le jardin de Monet que j'ai quitté hier s'est métamorphosé, j'ai l'impression de l'avoir laissé pendant une semaine.
D'un coup d'un seul, le hêtre pourpre a ouvert ses bourgeons.
Les petites feuilles tendres sont là, fragiles, au bout des rameaux, vertes encore.
Dans les massifs, de nouvelles fleurs apparaissent partout, les premiers rhododendrons, les premiers oeillets du poète.
Scilles et camassias bleuissent de toutes parts.
Le muguet est juste parfait.
Une seule journée à la température printanière, c'est ce qu'attendaient les grenouilles.
Elles se mettent à chanter leurs amours, si fort qu'on les entend depuis le haut du jardin, devant la maison de Monet.
Les visiteurs sont souvent surpris de leurs coassements qui ressemblent au cri du canard.
Les grenouilles ont leur solarium de prédilection du côté des azalées, et cette année ce sont de gros bestiaux presque noirs avec une rayure verte sur le dos.
Tous ces jours où nous nous imaginions sous nos parapluies que les grenouilles étaient à la fête, elles avaient déserté leur tertre, le soleil les a fait revenir.

vendredi 27 avril 2012

Moineau

Moineau - J'aime les moineaux, dit Susan. Je sais, ça paraît bête !
Souvent on me dit : "Les moineaux, vraiment ? Ils sont si communs !"
Qu'ils soient communs, est-ce une raison pour ne pas les aimer ?
Je trouve que c'est plutôt une raison de se réjouir, qu'en plus ils soient si nombreux !

J'ai adoré parcourir le jardin de Monet avec Susan. Au Moyen Âge, on l'aurait brûlée comme sorcière. Elle a presque le physique de l'emploi, de longs cheveux gris et un corps léger comme une plume, mais elle a un regard aimant dans des yeux clairs qu'elle ferme parfois pour mieux écouter. Elle dégage une impression de fragilité : on a envie de la protéger.
Un peu comme un médium, Susan a une intuition hors du commun. Elle communique avec tout ce qui l'entoure, plantes, animaux, humains, esprits.
J'en vois parmi vous qui esquissent un sourire ironique. Balivernes et billevesées ! pensez-vous, peut-être en mots plus crus. Ce n'est pourtant pas tellement extraordinaire de supposer que plantes, animaux, rochers, émettent des ondes, et que ce n'est qu'une question de capteur de savoir les entendre. Quand la télé est éteinte, ressentez-vous tous les programmes qui traversent la pièce ?

Que vous dire ? C'était fascinant d'entendre Susan décrire un Monet tellement juste, tel qu'il n'est décrit nulle part.
Un Monet fusionnel avec la nature, utilisant son art, son oeil, sa main, son pinceau, comme un médium pour nous relier à elle, nous faire découvrir ce que nous ne savons pas voir. Un Monet ultra-sensible aux ondes, celles de la lumière évidemment, mais aussi les autres. Ressentant le magnétisme de son étang, ses "féeries" selon son expression, ses Nymphes.
Un Monet qui ne faisait pas de théorie, mais qui disait, "je voudrais arriver à rendre ce que je ressens". Un Monet refusant d'enseigner l'art, ou même d'aider les autres à progresser en peinture, parce que l'essentiel n'est pas l'art, mais la nature vivante, l'art n'étant qu'un moyen d'exprimer ce qu'il percevait si profondément, que nous sommes partie d'un tout.
Selon Susan, l'eau du bassin, les arbres, les ateliers, ont gardé la mémoire de Monet. Il est toujours perceptible à Giverny, pour qui sait faire silence et écouter à l'intérieur de soi.

lundi 23 avril 2012

Un oeil neuf

giverny-20-avril-2012Il faut bien viser entre les averses ces derniers jours pour arriver à faire quelques photos du jardin de Monet en pleine floraison des tulipes. Malgré ce temps étrange, comme d'habitude, c'est un enchantement. Et déjà, on peut remarquer les premières modifications apportées par le nouveau chef-jardinier.
James Priest, qui a pris la suite de Gilbert Vahé l'an dernier, a décidé de débuter par les floraisons printanières. "Comme elles ne durent pas longtemps, ce n'est pas grave si on se trompe".
Dans la plus grande partie du jardin, pour le profane rien ne paraît changé. En revanche, dans les massifs qui s'étirent du côté de la serre, la nouveauté saute aux yeux.
"C'était le côté le plus faible du jardin, j'ai donc commencé par là."
Difficile de dire le contraire : ces massifs paraissaient longtemps vides et verts, et il fallait attendre mai pour qu'ils présentent un intérêt, au moment des pivoines et des iris.
Le pourquoi de la chose ? Il est assez étonnant. Le plan des floraisons du jardin, présidé par le premier conservateur et restaurateur de la propriété, Gérald van der Kemp, n'aurait jamais été terminé. Peut-être parce que, dans l'esprit de l'académicien, cette zone ouest était dévolue à la pépinière, et ne faisait pas vraiment partie du jardin à visiter. Ou parce qu'il habitait le deuxième atelier, et ne tenait pas à attirer les promeneurs sous ses fenêtres. Quelle qu'en soit la raison, l'habitude avait été prise de floraisons moins travaillées qu'ailleurs.
Giverny, 23 avril 2009 Tout l'intérêt d'un oeil neuf est de venir bousculer les habitudes. "Voilà dix ans que Gérald van der Kemp est mort !" se justifie James Priest, qui sait qu'il marche sur des oeufs dès lors qu'il touche à l'oeuvre de ses prédécesseurs. L'héritage est imposant, énorme, qu'il s'agisse du génie créateur de Claude Monet, de l'énergie inspirée de Gérald van der Kemp, ou du talent artistique et technique de Gilbert Vahé, en poste depuis trente-cinq ans.
En récupérant ce jardin iconique, à la réputation planétaire, le premier souci du nouveau chef-jardinier est de le faire perdurer. Ensuite, de voir ce qui peut éventuellement être encore amélioré.
Pour y poser sa première touche, James Priest est reparti de la base : il a étudié les toiles de Monet, sa façon de juxtaposer les coups de pinceaux, de marier les couleurs. Giverny, côté ouestPuis il a choisi les variétés de fleurs dans les tons du couchant, en privilégiant trois sortes de grosses tulipes, pour plus d'impact visuel.
"J'ai organisé les massifs de façon à avoir une symétrie de chaque côté des allées, explique-t-il. On est contraint par les rangées d'iris, il n'y a pas beaucoup de place pour travailler les couleurs."
Le résultat est convaincant, très Monet. Les bordures sont devenues chatoyantes, et, si elles sont plus simples que celles qu'on peut admirer ailleurs dans le jardin, elles sont faites pour être vues de loin.

Photos 1 : 20 avril 2012. Photo 2 : 23 avril 2009. Les tulipes jaunes n'ont pas été reconduites les années suivantes. Photo 3 : 25 avril 2012.

dimanche 22 avril 2012

La boutique

Librairie Fondation MonetLa boutique de la Fondation Monet a fait peau neuve cet hiver.
Si dans les musées, on trouve souvent une librairie à la sortie, chez Monet à Giverny, les objets dérivés autres que les livres ont aussi une large place, des T-shirts à la vaisselle, des gadgets aux outils de jardinage.
Comme il fallait faire avec les bâtiments existants, la boutique cadeaux est logée dans le troisième atelier de Monet, cet espace vaste comme un hall de gare où le peintre a donné naissance aux immenses panneaux des Grandes Décorations des Nymphéas.
C'est Hubert Le Gall, scénographe de l'exposition Monet au Grand Palais, qui a opéré le lifting hivernal de la boutique. Il avait déjà réalisé la rénovation du premier atelier de Monet l'an dernier. Ce plasticien designer a un truc avec les ateliers d'artistes célèbres : lui-même habite dans celui de Bonnard, Miro, Vlaminck et quelques autres, à Montmartre.
A Giverny, le fil conducteur de la rénovation de la boutique a été de lui donner un air de commerce d'antan. Une fois réalisée, cette idée paraît évidente, elle s'impose avec force comme "la" bonne idée. On trouve de longs comptoirs, des tables en bois épais, des vitrines pour les objets fragiles.
Mon coin préféré reste celui des livres, où les gros canapés mous qui invitent à bouquiner sur place n'ont pas disparu, mais ont changé de couleur. On peut s'installer tranquillement sous l'oeil de Monet, dont le portrait presque grandeur nature surveille la salle du haut de son énorme chevalet.
Au sol, les carreaux de céramique imitent un parquet, rappel de celui qui couvrait le grand atelier et sur lequel certains Givernois se souviennent avoir appris à faire du vélo, au temps où les lieux étaient à l'abandon.
Ces travaux d'envergure ont évidemment un coût, mais si j'avais dû avancer un chiffre je crois que j'aurais été au dixième de la réalité : 450 000 euros ! De quoi s'acheter une belle maison de maître à Vernon. Et vous, seriez-vous tombé plus juste ?

lundi 16 avril 2012

Claude Monet, touriste en Norvège

Claude Monet, Village de Sandviken sous la neige, 1895, huile sur toile 73x92cm, Art Institute of ChicagoClaude Monet, Village de Sandviken sous la neige, 1895, huile sur toile 73x92cm, Art Institute of Chicago

En janvier 1895, Monet entreprend le long périple de Giverny jusqu'en Norvège, pour une campagne de peinture qui ne s'achèvera qu'au printemps. C'est le voyage le plus lointain qu'il fera jamais.
Ce qui l'attire si loin dans le Nord, en plein hiver ? Le peintre est à la poursuite d'effets de neige. Le pater familias va aller voir Jacques Hoschedé, son beau-fils, employé d'un importateur de bois norvégien à Rouen, qui séjourne à Christiania pour y apprendre la langue. L'homme cultivé, qui a assisté à plusieurs représentations des pièces d'Ibsen à Paris, qui lit Björnson, Strindberg, Hamsun et Herman Bang, est attiré par la culture scandinave alors très en vogue.
Comme d'habitude quand il s'éloigne, Monet écrit quotidiennement à son épouse Alice et lui fait le récit détaillé de son séjour. Récit précieux pour suivre au jour le jour ses recherches de motifs, ses hésitations, son travail, sur lequel se sont penché les historiens de l'art. Mais la correspondance livre aussi un aspect inattendu de la personnalité de Monet : son côté touriste.

Dès son arrivée, Monet se laisse emporter par l'émerveillement :

Ce qui est vraiment délicieux, c'est cette vie d'ici ; d'aller en traîneau enveloppé de fourrures, c'est exquis, puis les fameux skis. C'est de la frénésie, toute la population ne songe qu'à cela, des tout petits gosses comme les grandes personnes, et tous dans des délicieux costumes qui les font ressembler à des Lapons. C'est ma joie de les voir ; on ne voit que cela, des bandes partir avec leurs sacs, ils s'en vont dans la montagne, nuit et jour, la nuit avec des torches.

Bien avant les Jeux olympiques d'hiver, Claude Monet a l'occasion d'assister à un spectacle inédit : des "courses à ski" :

C'est une chose absolument spéciale que je suis bien heureux d'avoir vue. En dehors de tous les traîneaux de Christiania et des environs, toute la population va là et tout le monde est sur des skis, les soldats, la musique, tous sur skis. C'est extraordinaire, cela a lieu sur le plus haut mont derrière Christiania (...) la course est des plus curieuses : sur une pente de plus de cent cinquante mètres ils descendent cela en faisant en l'air des bonds de vingt à vingt-cinq mètres, c'est très extraordinaire.

Claude Monet, Sandviken, Norvège, 1895, huile sur toile 50x61cm, collection privée. La nature, qu'il parcourt en traîneau pendant plusieurs jours, l'éblouit :

Que de belles choses vues là, du haut de ces montagnes à pic sur d'immenses lacs entièrement pris et couverts de neige ! Nous en avions dans ces endroits plus d'un mètre, et notre traîneau glissait là-dessus, le cheval en sueur tout couvert de givre et de glace comme nous. J'ai vu aussi d'énormes chutes d'eau de cent mètres, mais entièrement gelées, c'est extraordinaire.

Monet est frappé par la grande hospitalité des Norvégiens. Loin des zones habitées,

...on trouve de temps à autre un chalet, c'est une halte pour les chevaux et les gens. On est tout surpris d'y entrer dans de vrais salons, d'y être reçu par des gens civilisés, aimables et gracieux, heureux de vous offrir l'hospitalité. (...) Les gens sont charmants partout et toujours disposés à vous rendre service.

A la longue, cette gracieuse hospitalité finira même par lui peser, l'empêchant de s'isoler autant qu'il le voudrait pour travailler, se reposer ou écrire à ses proches.
Tout le monde se met en quatre pour lui, y compris le capitaine du port de Christiania qui l'invite sur son bateau à éperon. Monet s'enthousiasme :

Je viens de passer une journée inoubliable (...). Nous avons vu des choses inouïes de beauté et qu'aucun étranger ne peut avoir vues (...). Le capitaine du port s'est mis à ma disposition pour me faire faire cette magnifique promenade sur un bateau de construction nouvelle pour couper la glace dans les fjords.

Et puis, voilà notre Claude Monet qui fait du shopping :

Aujourd'hui j'ai fait des emplettes d'équipement, chaussures, toques, vêtements, etc, et ce sera le diable si j'ai froid, mais l'air ici est d'un vif extraordinaire, et puis ça pince ferme. -20 à -25 en plein jour à midi hier (...) mais je n'en souffre pas, au grand étonnement des gens d'ici qui sont du reste très frileux.
En achetant nos toques, j'ai vu toutes les fourrures possibles et me suis informé du prix du renard bleu ; on peut en avoir la peau extra pour 60 à 80 francs. Le renard argenté me paraît très cher, 300, 500, 600, 800 francs ; c'est effrayant ce qu'on en voit, tout le monde en est couvert. Dis-moi si ces prix diffèrent de Paris, mais il faut songer aux droits d'entrée.

Claude Monet, Sandviken, Norvège, 1895, huile sur toile 50x61cm, collection privée.

samedi 14 avril 2012

Le mont Kolsås

Claude Monet, Le Mont Kolsaas, effet de soleil, 1895, 65x100cm, collection particulière Claude Monet, Le Mont Kolsaas, effet de soleil, 1895, 65x100 cm, collection particulière

Ce tableau de Claude Monet fait partie d'une série de 13 toiles exécutées en 1895 lors du séjour du peintre en Norvège. Il représente un joli site naturel situé à une quinzaine de kilomètres à l'ouest d'Oslo, au dessus de la commune de Sandvika.
Le catalogue raisonné de l'oeuvre de Monet a retenu comme titre du tableau celui donné par Monet, "le mont Kolsaas, effet de soleil".
Un mont ! Vu de France, il n'en faut pas plus pour s'imaginer un sommet tel que les Scandes en ont le secret, cousin de ceux des Alpes et des Andes.
Les Norvégiens que j'ai guidé cette semaine ont esquissé un sourire en m'entendant parler de la "montagne" peinte par Monet en Norvège.

- Le Kolsås dépasse à peine 300 mètres d'altitude ! Le sås à la fin du nom signifie colline.

Glorieuse colline qui faisait penser Monet au Mont Fuji, bien nommé cette fois puisque le volcan mythique, avec ses 3776 m, est le plus haut sommet du Japon.
Si Monet s'est laissé impressionné par le Kolsaas, c'est sans doute que, pour un Normand plus habitué aux coteaux de la Seine et aux falaises de la Manche, qui ne s'élèvent guère à plus de 80 mètres, la colline norvégienne devait présenter un volume considérable.
Ses pentes, faites d'un étonnant et rare porphyre sombre, sont toujours fort escarpées, et l'ascension demande un certain effort, récompensé par une vue magnifique sur le fjord d'Oslo.
Si près de la capitale, les alentours de Sandvika sont aujourd'hui urbanisés en banlieue résidentielle chic. Le mont lui-même a été aménagé pour l'escalade et pour le ski.
Devant tant d'obligeance à me parler de chez eux, je n'ai pas résisté, j'ai demandé un cours de prononciation aux visiteurs norvégiens de Giverny. On pouvait s'y attendre, il n'y a pas que la taille du Kolsås qui est déformée vue de France. Le nom aussi.
Alors qu'on parle en France du "mont colza", pour les Norvégiens, c'est le "kohl sauce". Du moins c'est ce qu'il m'a semblé entendre, et cette recette improbable de sauce au chou m'aidera peut-être à mémoriser les deux o fermés. On se demande un peu pourquoi la graphie de l'époque de Monet, en remplacement du å, (qui se dit a rond en chef) doublait un a.

vendredi 13 avril 2012

Le ru communal

Le ru aux anémonesVision grandeur nature du tableau de Maurice Denis, voici le petit massif d'anémones des bois qui pousse en bordure de la rivière dans le jardin d'eau de Claude Monet. Il se trouve juste à la sortie du souterrain, en limite de propriété, et offre une transition en douceur entre la sophistication des azalées et des pensées voisines, et la prairie qui commence de l'autre côté de la clôture.
Ce matin, une drôle de surprise attendait les visiteurs. Le ru était vidé de presque toute son eau, dévoilant son fond et ses berges boueuses, et l'effet avait quelque chose de l'indécence d'une personne qui laisserait voir des dessous pas très nets. Heureusement l'eau est revenue quelques heures plus tard, ce qui a dû soulager les poissons.
Un système de vannes permet de contrôler le débit de ce petit bras de l'Epte qui est le bief d'un moulin un peu plus bas. Quand des réparations sont nécessaires sur la roue du moulin ou ailleurs, on peut ainsi dévier l'eau et travailler au sec.
Le reste du temps, le ru coule assez fort, prêt à se jeter de tout son courant sur la roue pour la faire tourner, et c'est un plaisir de voir son eau danser gaiement dans sa traversée du jardin de Monet, concentré d'énergie contrastant avec l'impassibilité du bassin.
J'aime bien taquiner mes clients anglophones avec ce nom bizarre, le Ru. "Je suis sûre que vous connaissez le sens de la rue en français, mais savez-vous ce que veut dire le ru ?" Qu'un mot puisse avoir un sens différent selon son genre, voilà qui est étrange pour une personne qui parle une langue où les choses sont généralement neutres. Aussi étrange que l'arbitraire avec lequel ce genre a été attribué aux choses.
Sans doute, cette découverte plonge les visiteurs anglophones dans un abîme de réflexion. J'imagine que c'est la raison pour laquelle ils ont été si longs à me corriger mon anglais. C'est seulement cette année que l'un d'eux m'a fait remarquer qu'on ne pouvait pas parler de "river" à propos du ru, tout juste de "stream", de cours d'eau. River, selon ce natif des États-Unis, s'applique à la Seine, et traduit donc "fleuve". Dire que je pensais que c'était la nuance "fleuve" qui n'existait pas en anglais ! Voilà qui m'a plongée à mon tour dans un abîme de réflexion, sur la façon dont chaque culture appréhende le monde et l'inscrit dans sa langue. Il y aurait de quoi débattre longuement et s'étonner, tandis que l'eau coulerait sous les ponts.

mercredi 11 avril 2012

Le moulin d'Andé

Le moulin d'Andé, Eure, NormandieOn ne sait ce qui est le plus extraordinaire ici, du monument ou du centre de création qu'il est devenu. Le moulin d'Andé s'enorgueillit d'être l'un des tous derniers moulins à roue pendante sur la Seine, dans l'Eure, à une quarantaine de kilomètres de Giverny. Il est mentionné dès le 12e siècle, et fournissait Château-Gaillard en farine.
Bâti à cheval sur un bras de la Seine, il permet d'accéder à une petite île plantée de peupliers. Côté rive, la vallée est très encaissée et le coteau grimpe raide, dégageant juste une petite aire où les bâtiments annexes du moulin ont trouvé place. Cette situation fait du moulin d'Andé un endroit retiré, protégé, qu'on ne découvre qu'au dernier moment.
Il règne ici une atmosphère très particulière, mélange de pure nature, de présence humaine séculaire, et d'un petit quelque chose en plus tout à fait indéfinissable.
Depuis 1962, à l'instigation de sa propriétaire Suzanne Lipinska, les plus brillants esprits se sont retrouvés au moulin d'Andé, pour se détendre et pour créer. Tout ce que Paris a connu d'intellectuels, d'artistes, de cinéastes, d'écrivains, de musiciens s'y est donné rendez-vous, et ce lieu inspirant s'est retrouvé creuset, source d'émulation dans la convivialité.
Cette année, le moulin d'Andé fête ses 50 ans en tant que centre culturel, et offre tout l'été une programmation théâtrale et musicale de grande qualité. Ceux qui craignent de reprendre la route après le spectacle trouveront à se loger dans l'une des 35 chambres, le temps d'un week-end hors du temps.

jeudi 5 avril 2012

Un air de printemps

GivernyPremière semaine d'ouverture à Giverny.
Les jonquilles et les narcisses ensoleillent les pelouses. Ils sont plantés si serrés qu'on dirait des bouquets dans des vases.
Tout autour, des gazons tout neufs se dépêchent de verdir. Certains sont ressemés chaque année, bien avant que les pâquerettes et les pissenlits ne les envahissent pour en faire des pelouses.
De gros bourdons sont en campagne.
Les pensées alignent leurs minois colorés au ras du sol, graciles malgré leurs têtes démesurées.
Les coussins jaunes des primevères communes sont fidèles à leur rendez-vous printanier.
Il pleut déjà des pétales de cerisiers fleurs, tandis que d'autres arbres fourbissent encore les leurs.
L'allée centrale laisse admirer son gravier blanc ratissé en jardin zen.
Les bancs repeints de frais ondulent sous le paulownia.
Les jardiniers arrosent les massifs, déjà, le printemps est si sec cette année encore à Giverny.
Dans le jardin d'eau, les premières feuilles de nymphéas montent des profondeurs, violettes. La photosynthèse les fera verdir sur le dessus.
Les promeneurs jouent à cochon pendu dans le reflet du pont.
Des enfants de maternelle passent, attentifs et graves, en se tenant la main.
Les feuilles des érables du Japon déplient lentement leurs éventails, défi à la patience de qui voudrait surprendre leur mouvement.
Les rameaux de saule déjà fournis balancent leur vert délicat.
La première grenouille ose un premier couac.
Dans les ramures, les oiseaux chantent un air de printemps.

mercredi 4 avril 2012

L'atelier au magnolia

Atelier de Monet et magnoliaA l'heure de midi, le soleil est enfin assez haut pour éclairer le magnolia qui pousse derrière le deuxième atelier de Monet à Giverny. Ses rayons viennent chatouiller l'arbre par dessus le faite du toit, donnant des teintes de porcelaine à ses calices roses.
Le magnolia, coincé entre le bâtiment et le grand mur qui borde la route, ne bénéficie pas d'une exposition douillette ni de beaucoup d'ensoleillement. Mais il a l'air de se contenter d'être abrité du vent, et pousse tant qu'il va falloir l'élaguer.
La grande verrière du deuxième atelier est orientée plein nord, selon le voeu du peintre. Elle a été débarrassée de la vigne vierge qui la recouvrait, après avoir colonisé d'abord le quadrillage des carreaux, puis toute la surface vitrée. L'ampélopsis préfère se cramponner à une surface rugueuse, mais avec le temps elle finit par conquérir même le verre, semble-t-il.
A travers la verrière, on aperçoit les fenêtres qui donnent côté sud, au-dessus de la serre et du clos normand. Une double exposition, comme disent les agents immobiliers, qui baigne de lumière le bel atelier du peintre. De l'intérieur, la vue sur le magnolia en fleurs doit être bien jolie en ce moment.


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