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Giverny News

Le Blog d'Ariane,

jeudi 30 juin 2011

Libres !

Affiche des otages Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière taguée libres !, mairie de VernonA l'écriture hésitante du tag placé n'importe comment sur les visages trop familiers de Stéphane Taponier et d'Hervé Ghesquière, on imagine que quelqu'un s'est penché depuis le balcon de l'hôtel de ville de Vernon pour bomber à l'envers le mot grisant : LIBRES !
En fait ce sont des enfants qui ont tagué l'affiche, au sol, avant qu'elle soit remise en place.
J'avais hâte, après l'annonce de la bonne nouvelle hier, de voir le changement s'opérer sur cette affiche trop vue. Ici, chez nous, dans notre petite ville de province.
A la libération d'Ingrid Bétancourt, la ville de Vernon s'était montrée très réactive. Cela n'a pas manqué cette fois-ci non plus. Le geste tenait de l'urgence : marquer la fin d'un calvaire.
Depuis dix-huit mois, comme mes collègues ailleurs en France, j'ai expliqué tant de fois le sens de cette affiche qui intrigue les visiteurs étrangers. Toujours, quelqu'ait été leur nationalité, les touristes se sont montrés désolés et compatissants. Ce matin enfin, sous un soleil radieux, est venu le moment de raconter le happy end. De lire ensemble le joli mot tremblé.
Les deux journalistes de France télévision avaient fini par faire partie de notre quotidien. A cause d'eux, partis pour nous informer, nous étions tous un peu otages. Un peu culpabilisés d'être libres, à chaque fin de journal télévisuel, à chaque passage devant la mairie. Grâce à leur libération, nous voilà libres aussi. La joie explose !
Si j'ai un voeu à faire, c'est que plus jamais une telle affiche ne vienne fleurir sur les mairies de France.
Non pas que j'imagine l'avènement soudain d'un monde où les prises d'otages n'existeraient plus. Comment ce moyen si commode de lever des fonds en faveur de mouvements de guerilla, procédé vieux comme le monde, pourrait-il disparaître ?
Ce n'est pas davantage de l'indifférence. En tant qu'ancienne journaliste - à ma modeste échelle -, en tant que femme, ou pour avoir vécu en Colombie, la détention d'Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, de Florence Aubenas, d'Ingrid Bétancourt m'est insupportable.
C'est plutôt qu'il y a des questions qui dérangent.
"A quoi ça sert, cette affiche ?" me demandent les étrangers. Je ne sais que répondre. Les intéressés ne la voient pas. Les ravisseurs non plus. Il est peu probable qu'elle ait une action quelconque pour faire avancer la libération des otages.
Ou alors, pas forcément dans le bon sens :
"La médiatisation fait monter les enchères dans les négociations", avancent les touristes. J'ai bien peur qu'ils aient raison.
Le débat s'amorce. Les façades de nos monuments doivent-elles vraiment servir de panneau d'affichage ? Les causes à défendre sont légion. Y en aurait-il de meilleures que d'autres, qui auraient droit au devant de la scène ? Politiquement correctes ?
Le débat, pour moi, c'est celui-ci : jusqu'à quel point peut-on nous imposer l'irruption de l'horreur du monde dans notre quotidien ? Avons-nous le droit à l'oubli ? Avons-nous le choix de préférer célébrer la beauté et l'harmonie, et de croire que c'est une façon qui en vaut une autre de faire avancer le monde ?
Si nous n'avons pas ce choix d'éteindre la télé, de refuser le spectacle de l'horreur, c'est nous qui devenons, à notre tour, prisonniers. Otages des otages.

mercredi 29 juin 2011

Les pinsons de Giverny

Pinson femelleUne des premières impressions que le visiteur perçoit en entrant dans les jardins de Monet à Giverny, c'est le chant des oiseaux. Les pinsons, très nombreux, n'y sont pas pour rien.
J'ai déjà eu l'occasion de vous présenter les mâles, peu farouches, et très faciles à reconnaître grâce à leur ventre rose et leur cagoule grise.
Voici me semble-t-il une femelle pinson, aux couleurs plus ternes.
Telle que vous la voyez, la pinsonne est prête à passer à table. Elle guette sa prochaine proie.
Voilà déjà plusieurs fois qu'elle s'est envolée pour attraper avec habileté une chenille qui rampait sur cette grande sauge, invisible de tous sauf d'elle.
Quand la pinsonne réussit sa capture, elle n'avale pas immédiatement la larve. Elle se pose d'abord, et paraît réfléchir un instant, tandis que la chenille dépasse de chaque côté de son bec en lui dessinant des moustaches.
Est-ce gracieux ? Est-ce horrible ? Tout à côté des visiteurs qui tournent autour du bassin et ne lui prêtent aucune attention, la pinsonne dessine son propre cercle beaucoup plus court, d'une branche à l'autre de la plante.
A chaque passage, une vie s'achève pour que la sienne se poursuive. A chaque coup de bec, elle soulage la plante, et tue un futur papillon.
Tout cela se passe en silence.
Il y a, sur cette scène du jardin de Monet, dans les branches, les buissons, entre les brins d'herbe, dans les profondeurs de l'étang, une rage des uns et des autres à se nourrir, dont la violence dépasse l'imagination.
Les gueules et les becs se referment dans des claquements imperceptibles, tandis que les pinsons sifflent gaiement. A tue-tête.

dimanche 19 juin 2011

Le mot le plus important de la langue française

Sortie Les mots essentiels d'une langue étrangère, ceux qui peuvent vous sauver la vie, ne sont pas ceux que l'on apprend en premier.
J'ai guidé cette semaine un groupe de Slovènes tout juste débarqués à Roissy. Au détour d'une allée de Giverny, j'ai eu la surprise de les entendre dire les quelques mots de français qu'ils avaient mémorisés : "écoutez et répétez !" Ils les prononçaient sans aucun accent tellement la formule leur était familière.
L'étude d'une langue étrangère fait appel à une sorte de métalangue scolaire. Les premiers mots que l'on apprend font référence à la situation d'apprentissage : leçon, exercice, livre, page... et ce fameux écoutez et répétez ! Rien de bien utile une fois qu'on a atterri à l'étranger.
En matière de contenu, toutes les méthodes commencent invariablement par les salutations et les présentations. Bonjour, je m'appelle Pierre... Hello, my name is Peter. Ça vous rappelle de vieux souvenirs ?
C'est précieux de savoir se nommer. Mais le mot le plus important à connaître, celui que je me suis hâtée d'enseigner à mes visiteurs Slovènes, c'est le mot SORTIE.
C'est un mot qui ne se devine pas. D'autres mots sont transparents dans toutes les langues, on reconnaît facilement, par exemple, les noms de nationalité comme Américains, ou les mots de formation savante comme stéréotype. Et une fois de plus, en écoutant l'interprète slovène, j'étais fascinée d'entendre mon commentaire sur les jardins de Monet se transformer en une langue incompréhensible et mélodieuse, ou flottaient par-ci par-là quelques mots repérables qui me permettaient de suivre le fil de la traduction.
Curieusement, sortie n'a rien d'un mot international. Pas l'ombre d'une syllabe commune avec Ausgang en allemand, salida en espagnol, ou le latin exit utilisé dans les pays anglophones qui le préfèrent, on se demande pourquoi, à leur plus idiomatique way out. Sans parler du slovène où sortie se dit dovoz, paraît-il.
Reste à savoir lire le mot, à l'associer à la graphie. Quand on lit comme on respire, depuis de longues années, on a oublié ce que c'est de ne pas savoir lire. C'est tellement évident.
Cette semaine encore, j'ai guidé un groupe de Japonais. L'accompagnatrice venait pour la première fois, et je la regardais prendre des notes sur le plan de Giverny qu'elle avait dessiné.
A côté du grand atelier, celui où se trouve la boutique de la fondation Monet, elle a écrit "sortie" en idéogrammes japonais. Ça aussi, c'était fascinant.

lundi 13 juin 2011

Dédicace

Vernon, Saint-Marcel & Giverny, Ariane Cauderlier, éditions givernales Déjà un mois que mon livre "Vernon, Saint-Marcel & Giverny" est en librairie, dans les trois villes concernées.
Si je n'en ai pas encore parlé ici, c'est que j'attendais d'avoir avancé le site internet du livre, et trouvé le bon conditionnement pour l'expédier à ceux qui voudraient le commander. Cela est loin d'être terminé, car la saison givernoise bat son plein et me prend tout mon temps.
Mais samedi, je vais faire une pause : une journée à dédicacer l'album, d'abord à la Compagnie des Livres de Vernon de 11h à 13h, (vous trouverez sur le blog de la librairie une présentation du livre par la libraire) puis à l'Espace Culture du centre commercial Leclerc de 14h à 17h.
Je me fais une fête de vous y rencontrer, vous les lecteurs vernonnais de givernews, et j'affûte d'avance mon stylo pour vous écrire plein de petits mots gentils sur la première page...

jeudi 9 juin 2011

Les Nymphéas de Latour-Marliac

Nymphéa, GivernyChaque année au printemps, les nénuphars font leur retour. Ce sont des plantes à rhizomes, un peu comme ceux des iris, m'ont expliqué les jardiniers de Giverny.
C'est tout au fond de l'eau, dans la vase où est installé ce rhizome, que se concentre la vie de la plante. La partie visible, en surface, pousse, fleurit puis meurt à l'automne. En bas, la vie continue.
Depuis plus de trente ans, les nymphéas du bassin de Monet n'ont pas eu besoin d'être renouvelés. Ce sont toujours les mêmes que ceux rachetés à la pépinière Latour-Marliac à Temple-sur-Lot au moment de la restauration des jardins, à la fin des années '70, quatre-vingts ans après Monet.
De temps en temps, les jardiniers divisent les rhizomes, comme on le fait pour les iris. La plante, ragaillardie, repart de plus belle.
Tout irait pour le mieux, sans le concours des rats musqués. Ces champions du jardinage aléatoire s'obstinent à venir mettre leur grain de sel dans la vie tranquille de l'étang. Et que je te grignote une tige, et que je te déterre un nénuphar.
Les jardiniers sont obligés de replanter les rhizomes au petit bonheur. Si bien qu'on a un peu perdu la trace de leur nom, on ne sait plus vraiment quelle variété pousse où. On pourrait les retrouver, certes, en cherchant, en comparant les floraisons avec les catalogues. Mais pour quoi faire ? Le bassin de Monet est un vase clos. Pas de nouveau venu, toujours les mêmes bonnes vieilles variétés depuis toujours, plus authentique tu meurs.

Les amoureux des nymphéas Latour-Marliac seront heureux d'apprendre qu'on peut désormais se les procurer à Giverny même. Une petite pépinière, la Capucine, les propose dans sa boutique stratégiquement située entre la fondation Monet et le musée des impressionnismes. On y trouve aussi de grands pots pour les cultiver sans bassin, et des conseils de pros.

jeudi 2 juin 2011

Sous l'érable du Japon

Erable du JaponC'est une expérience rare que de regarder le feuillage d'un érable du Japon par en-dessous. Le plus souvent, quand nous croisons un acer palmatum, il est en pot à la jardinerie, et si nous le plantons au jardin, il mettra un temps infini à pousser, comme si on avait l'éternité devant soi.
Savourons donc le privilège, à Giverny, de rencontrer un érable vénérable, en provenance directe du pays du soleil levant, qui a si bien l'art de fabriquer des centenaires. Et c'est au soleil levant, ou levé mais pas encore trop haut, qu'il faut le voir, quand les rayons lumineux encore doux font jouer les couleurs de son feuillage dentelé.
C'est fin, c'est délicat, d'un raffinement tout asiatique.
Dès le printemps, au milieu des jeunes feuilles, on voit déjà les samares, toutes petites, d'un rose tendre, des miniatures de graines ailées qui promettent l'automne.
Les visiteurs s'arrêtent invariablement. L'un après l'autre ils se prennent en photo sous l'arbre, la main posée sur le tronc de l'érable, aussi patiné par ce contact répété que les mains d'Aristide Briand.


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