giverny

Giverny News

Le Blog d'Ariane,

samedi 30 avril 2011

Le petit pont de bois

Petit pont cintré, jardin de Monet
A l'extrémité du bassin de Claude Monet, un petit pont arqué fait écho à la passerelle qui enjambe l'étang à l'autre bout. Ici, pas de pergola ni de glycines. Le petit pont se remarque à peine, si peu cintré, si discret au milieu du vert.
Son reflet dessine un oeil ouvert, ou encore une bouche en train de happer tout ce qui flotte à la surface, à la façon d'une carpe.
C'est l'endroit idéal pour admirer la nappe d'eau piquetée de feuilles de nénuphars.
Le pont, situé en milieu humide et emprunté par des millions de visiteurs, a eu besoin de réparations cet hiver. Le tablier a été refait en belles planches toutes neuves.
Les visiteurs attentifs en font parfois la remarque. Le bois pas encore patiné leur rappelle qu'on est ici tout à la fois dans l'authentique et dans la réplique. Giverny ne cesse de se recréer, encore et encore.
Mais ce qui préoccupe encore davantage les visiteurs, c'est de savoir quel est le pont que Monet a réellement peint. Deux ponts à la japonaise, c'en est un de trop. Lequel est "le bon" ? Il ne se passe pas de jour sans que quelqu'un pose la question.

lundi 25 avril 2011

Les carpes du parc

CarpeLes carpes sont à l'étang de Monet ce que les baleines sont à l'océan. Elles ont des cétacés la couleur grise et l'ondulation à la fois souple et lourde. On les guette, à défaut du souffle jaillissant de leurs évents, les visiteurs repèrent leurs bulles. Les carpes créent l'évènement dès qu'elles s'approchent du bord.
Peu leur chaut : il en faut beaucoup pour émouvoir une carpe. Elles laissent les enfants s'écrier, les adultes montrer du doigt. Elles poursuivent leur objectif. Est-ce une pensée intérieure, même frustre, qui les guide dans leurs évolutions aquatiques ? Ou est-ce le seul hasard qui prévaut à leurs déplacements ?
Elles s'agitaient ce matin, en train de frayer sans doute, bondissant avec une énergie inhabituelle hors de l'eau où elles ondoyaient deux par deux.
Parfois on les surprend, avec leur tête étrange, profilée comme le cockpit d'un avion, les yeux renfoncés, la lippe boudeuse. Elles se glissent entre les nénuphars, en gros sous-marin qui peine à être furtif. Elles sont ici chez elles, comme leurs cousines de papier sur les estampes d'Hiroshige que Monet aimait, et qui on pris leurs quartiers sur les murs bleus de sa maison.
Les carpes voient notre monde par en-dessous. Nous sommes de l'autre côté de la surface, inaccessibles et lointains. Bruyants.
Elles, elles ont fait voeu de silence, tandis qu'elles tournent autour des tiges de Nymphéas.
Certains jours, où j'ai dû parler plus que de raison, je dois avouer que je les envie.

vendredi 22 avril 2011

Complémentaires

Tulipes rouges au jardin d'eau de MonetLes dernières tulipes sont en fleurs à Giverny.
Du côté du jardin d'eau, quelques-unes percent les pelouses qui bordent le bassin.
Au milieu de l'harmonie de tons de verts qui règne autour de l'étang, leur rouge éclate, plus radiant que jamais.
C'est l'effet des couleurs complémentaires, qui se font vibrer réciproquement jusqu'à la stridence.
On pense à Camille Corot, qui disait qu'il faut toujours un accent rouge dans un tableau.
Les petites tulipes aux pieds des grands arbres verts jouent ce rôle de réveiller les tons apaisants des feuillages.

mercredi 20 avril 2011

Sous presse

Vernon en cours d'impressionC'est une expérience qu'on ne vit pas tous les jours : hier, j'ai passé la journée chez l'imprimeur pour assister à l'impression d'un livre qui sera publié début mai. Comme vous le voyez, il s'intitule Vernon. Et peut-être cette vue de la Seine et de la collégiale au soleil couchant vous dit-elle quelque chose ?
Vous avez deviné ? Comme les auteurs-compositeurs interprètes, me voilà devenue tout à la fois auteur, photographe, et éditeur d'un livre. C'est un peu effrayant de s'initier à tant de métiers à la fois. J'ai pris mon temps. Voilà cinq ans que je planche sur le sujet.
Arriver au bout de ce projet est une grande joie. Toutefois, je n'étais pas tout à fait seule à le porter. Comme tout ce que l'on réalise dans la vie, il est toujours question de la confiance que l'on a en soi, et de celle que vous insufflent les autres. Tout au long du parcours, les encouragements m'ont aidée à continuer, précieux soutien des proches, soutien inattendu de personnes que je ne connais pas encore. Je voudrais particulièrement remercier les lecteurs de Givernews qui ont eu la gentillesse de me faire part de leurs appréciations. Sans qu'ils s'en doutent, tous ces petits mots à propos du blog ont été des moteurs pour poursuivre ailleurs le travail et aller de l'avant.
D'autres personnes m'ont aussi apporté leur aide directement, surtout en relisant avec attention le manuscrit, qui s'est beaucoup amélioré grâce à leurs remarques.
Enfin, le talent de la graphiste Natalie Bessard a fait des merveilles, elle a su faire cohabiter les textes et les photos en harmonie. Je suis vraiment contente du résultat.
Comme son nom l'indique, le livre porte sur la ville de Vernon, ainsi que sur ses deux petites voisines, Saint-Marcel et Giverny. Il compte près de trois cents photos qui tentent de restituer l'âme de Vernon, paysages du bord de Seine, monuments, maisons, forêt...
J'aime beaucoup ma ville, comme vous la vôtre sans doute. Les lecteurs du blog retrouveront mon enthousiasme habituel, dans des textes que j'ai essayé de rendre aussi légers et faciles à lire que possible. En fait de textes, ce sont surtout des légendes de photos. Le livre se parcourt rapidement, mais n'en est pas moins précis et bien documenté. En cinq ans, j'ai eu le temps de lire à peu près tout ce qui a été publié sur Vernon.
Dans quinze jours, l'ouvrage sera relié d'une couverture cartonnée, et livré. Si vous souhaitez le commander et n'habitez pas Vernon, vous pouvez m'écrire un commentaire que je ne publierai pas, ou encore m'adresser un courrier à mon adresse postale qui figure tout en bas de ce blog. Le prix de vente est de 27 euros. Et comme il se doit dans les faire-part de naissance, voici les mensurations du nouveau-né : 128 pages couleur, 25x28 cm. Le poids ? 1080 grammes, un beau bébé !

lundi 18 avril 2011

Pointillisme de printemps

CornouillerVoici ce que l'on découvre le matin en débouchant dans le jardin d'eau de Monet.
Tout fait touche de peinture dans la lumière matinale : les feuilles vert tendre, les pensées aux couleurs de porcelaine, les tulipes mauves, et les fleurs des cornouillers. On aperçoit à peine, tout au fond près du pont japonais, le cornouiller rose, mais devant, le blanc, un cornus kousa milky way, étale ses branches presque jusqu'au sol.
Milky way, la voie lactée : son nom lui va bien, lui qui se couvre de milliers de fleurs blanches au printemps. Je suis sûre que le soir, il doit luire doucement dans l'obscurité.

jeudi 14 avril 2011

Bonnard en Normandie au Musée des Impressionnismes

Exposition Bonnard en Normandie au Musée des ImpressionnismesPierre Bonnard émerveille ou déconcerte. On peut à nouveau en faire l'expérience en visitant la belle exposition que lui consacre le Musée des Impressionnismes de Giverny jusqu'au 3 juillet 2011.
La sélection de 80 oeuvres présentée, accompagnée de photos et d'archives, se concentre sur une partie du travail de Bonnard qui n'est pas la plus étudiée : celle réalisée en Normandie, principalement à Vernon, de 1910 à 1938.
Le rayonnement de Monet à Giverny est tel qu'il éclipse celui de Bonnard, qui résida à cinq kilomètres. C'est dans un hameau de la rive droite de la Seine que le peintre discret a élu domicile. Le lieu s'appelle Ma Campagne, du nom peut-être de l'auberge voisine. La maison de Bonnard, baptisée La Roulotte par son propriétaire précédent, peintre lui-aussi, s'accroche au coteau et domine la Seine.
Outre le voisinage de son ami Monet, c'est la situation de la maison, certainement, qui a séduit Bonnard. Lui qui aimait séjourner dans plusieurs maisons différentes, au point que ses amis l'appellaient Cadet Roussel, choisissait toujours des lieux à l'écart des choses. Bonnard ne descendait pas à Deauville mais à Trouville, il préférait le Cannet à Cannes, il a évité l'agitation de la colonie picturale de Giverny pour s'installer à Vernonnet. Et toujours, ses maisons dominaient le paysage, offrant une vue magnifique.
Peintre nomade, Bonnard dessinait ou peignait dans des chambres, sans atelier. Pour travailler, il punaisait la toile sans cadre au mur. Au bout de quelques semaines, quand il pliait bagages pour aller séjourner ailleurs, les toiles en cours étaient roulées et accrochées au toit de la voiture, pour les poursuivre ailleurs, interminablement.
Car Bonnard n'est pas, dans sa période normande, un impressionniste, peignant sur le motif l'effet fugitif de la lumière. Au contraire, Bonnard absorbe le motif, le mâchouille dans son imaginaire, l'élabore, et le restitue magnifié, transfiguré de son art minutieux et savant.
Ainsi, les impressions lumineuses ressenties sur la Côte d'Azur se déposent sur le paysage de la vallée de la Seine, lui donnant des bleus intenses inattendus, des vibrations de violet et d'orange qui évoquent le soleil du Midi.
Enchanté ou dérouté, le spectateur scrute la toile. La peinture de Bonnard demande qu'on prenne le temps, elle ne se livre pas au premier coup d'oeil. Au bout d'un moment, la vie d'abord dissimulée sourd du tableau. Tiens ! Un petit chien était caché derrière la table ! Oh ! Un personnage apparaît sur le balcon ! Pierre Bonnard mettait beaucoup de temps à peindre ses toiles. On peut bien en prendre un peu à les regarder.

samedi 9 avril 2011

Les plus beaux villages de l'Eure

Le village du Bec-HellouinLes moines ont toujours su admirablement choisir les endroits où ils construisaient leurs monastères. La belle abbaye du Bec-Hellouin est nichée dans une petite vallée verdoyante, celle du Bec, et elle est accompagnée d'un petit bijou de village normand.
Le département de l'Eure possède deux villages labellisés "plus beaux villages de France" : Lyons-la-Forêt et le Bec-Hellouin.
Deux villages, ce n'est pas énorme, mais la vocation touristique de l'Eure n'est pas aussi prononcée que celle des départements qui concentrent le plus de villages labellisés, comme, disons, la Dordogne, où ils sont les uns à côté des autres.
Tout près de Giverny, dans le Val d'Oise, la Roche-Guyon est le seul village labellisé de toute l'Ile-de-France, une région pas vraiment en pointe pour le tourisme rural.
Ce n'est pas une distinction qui tombe du ciel, mais le fruit d'une démarche de la municipalité. Pour entrer dans le club assez fermé des Plus Beaux Villages, qui ne compte actuellement que 155 membres en France, il faut d'abord le demander. Et satisfaire à une série de critères, dont certains éliminatoires. Il est ainsi impératif de rester sous la barre des 2000 habitants, et d'avoir au moins deux monuments classés.
27 autres critères sont examinés par le jury avant l'attribution du label. Si le résultat est concluant, le gain en terme d'image sera très important. Le coût lui aussi n'est pas négligeable, puisque le village doit payer une cotisation annuelle de plusieurs euros par habitant.

jeudi 7 avril 2011

Fraîcheur printanière

GivernyC'est officiel : de l'avis des jardiniers de Giverny, le printemps a trois semaines d'avance. L'an dernier, il était à l'heure, et il nous avait livré ses floraisons en temps voulu. Cette année, le revoici qui s'emballe.
La faute à la neige et au froid qui sont arrivés tôt, eux aussi. Noël enfoui sous un manteau blanc, c'est un spectacle rare sur les bords de l'Epte. Les plantes ont pris leurs quartiers d'hiver de bonne heure.
Mais l'hiver a remballé ses affaires presque aussitôt. Janvier et février n'ont pas été glaciaux, et un mois de mars bien doux a sonné l'heure du renouveau. Les plantes avaient leur compte d'hiver. Elles se sont ruées dans le printemps sans hésiter.
Les premières fleurs de la saison se sont montrées en mars, dans des jardins de Monet fermés, et les jolies journées de cette semaine ont vu monter en puissance les fleurs qu'on attendrait fin avril, tulipes, fritillaires, myosotis et azalées.
C'est le moment de venir à Giverny, pendant que le printemps y déverse tous ses charmes. La lumière éclatante sur la végétation toute fraîche est irrésistible.
Les matins sont merveilleux. Les après-midis, presque trop chauds. Oserons-nous nous en plaindre ?
On a des envies de pique-nique au bord de l'eau, dans les prairies toutes jaunes de pissenlits. Les arbres en fleurs sèment des pétales partout, en jolie neige d'avril. Ce matin, j'ai vu les premières hirondelles.

vendredi 1 avril 2011

Ficaires et pensées

Ficaires et pensées bleues à GivernyCe petit massif du jardin d'eau est un vrai concentré de l'esprit de Claude Monet comme jardinier. Des pensées de différents bleus ont été plantées au milieu de ficaires qui ont dû arriver là spontanément.
La ficaire est presque aussi envahissante que le bouton d'or avec qui elle cousine, mais on lui pardonne ses manières de conquistador à cause de ses jolies feuilles vertes qui tapissent bien les sols frais, et surtout par tendresse pour ses petits soleils qui s'ouvrent dès qu'il y en a (du soleil ; quand il fait gris, elle boude, et elle n'est pas la seule).
Monet aimait accueillir des fleurs sauvages dans son jardin, et on y voit en ce moment, outre les ficaires, des primevères dodues d'un jaune doux. Le peintre appréciait aussi l'accord du bleu et du jaune, tel qu'il éclate dans sa salle-à-manger.

Le jardin de Monet est drôlement fleuri pour un 1er avril, avec au moins quinze jours d'avance sur l'année dernière. Les prunus et les cerisiers du Japon sont déjà passés, par exemple, tandis que les pelouses débordent de narcisses et de tulipes.
Et naturellement, on peut compter sur les pensées. Il y en a partout, en tapis colorés aux teintes changeantes, une vraie exposition de tous les tons qu'elles peuvent prendre. Les jardiniers en ont planté des milliers et des milliers, dans tous les recoins imaginables.

C'était la rentrée aujourd'hui à Giverny, avec tous les sentiments mêlés qu'on éprouve d'habitude en septembre, regrets que les vacances soient finies, joie de revoir les copains ou les collègues, difficultés à se remettre en route, plaisir de retrouver son travail, curiosité autour des nouveautés...
Différents tons de bleu, et différents tons de jaune.


Copyright :

Cher lecteur,
ces textes et ces photos
ne sont pas libres de droits.

Merci
de respecter mon travail
en ne les copiant pas
sans mon accord.
Ariane.

Références :

Syndication