giverny

Giverny News

Le Blog d'Ariane,

lundi 28 mars 2011

Chapelle Saint-Martin

Chapelle Saint-Martin de Château sur EptePeut-être cette photo vous dit-elle vaguement quelque chose. J'avais été intriguée, il y a plus d'un an, par cette chapelle tronquée, et vous avais fait part de mes conjectures.
Samedi dernier, j'ai découvert le fin mot de l'histoire de cette église, à l'occasion d'une journée de formation en compagnie d'un archéologue. Une histoire encore plus étonnante que ce que j'avais pu imaginer.
Cette chapelle s'élève à Château-sur-Epte et se nomme chapelle Saint-Martin. Une dédicace à Saint-Martin indique en général un édifice très ancien. C'est le cas ici.
Remontons à la fin du 11e siècle, vers 1096. Guillaume le Roux, fils de Guillaume le Conquérant et duc de Normandie, a décidé de construire un château-fort pour défendre la frontière de son domaine avec le royaume de France. Au sommet du coteau qui domine l'Epte, à 1,5km de la voie romaine, il fait élever une motte castrale surmontée d'une tour. La forteresse prend le nom de Château-sur-Epte. Elle se dresse à huit cents mètres d'un village regroupé autour d'une église paroissiale, notre chapelle Saint-Martin, une église complète plus grande qu'aujourd'hui.
Le duc est tué dans un accident de chasse, et c'est son frère Henri Ier Beauclerc qui lui succède. Le nouveau duc décide que la forteresse de Château sur Epte doit être entourée d'un village, lui-même fortifié. Comment remplir ce bourg castral ? C'est simple : d'une main ferme qui manie la carotte autant que le bâton, le duc va obliger les habitants de la paroisse Saint-Martin à déménager.
Voilà donc tout le village de Château-sur-Epte qui se translate de huit cents mètres. Le duc est content, il va pouvoir contrôler la production des artisans, les ventes sur les marchés, et percevoir des taxes qui serviront à entretenir le château.
Les habitants, de leur côté, sont peut-être moins enthousiastes. Car leur église n'a pas suivi le mouvement, elle est restée à son ancien emplacement. Et les fidèles de multiplier les aller-retour entre le bourg et la chapelle, maintenant perdue au milieu des champs.
Les navettes ont duré aussi longtemps que la chapelle est restée église paroissiale, jusqu'au 19e siècle. Puis elle a été abandonnée et elle est devenue une carrière de pierres. Il n'en reste plus que l'abside et une partie du choeur, tout le reste a été démoli.
Pour étayer son hypothèse concernant le déplacement du village, notre archéologue nous a raconté qu'autour de la chapelle on trouve fréquemment, à l'époque des labours, des fragments de céramiques datant du 10e au 12e siècle, et jamais au-delà. C'est le signe de la présence d'un village à cet endroit, puis de sa disparition.

dimanche 27 mars 2011

Saint-Clair-sur-Epte

L'Epte à Saint-Clair sur EpteOn va beaucoup entendre parler de Saint-Clair-sur-Epte cette année : on fête en 2011 le 1100e anniversaire du traité fondateur de la Normandie, qui s'est conclu, comme vous l'avez conclu vous-même, à Saint-Clair-sur-Epte en 911.
Onze siècles plus tard, voilà à quoi ressemblent les bords de l'Epte à Saint-Clair. Le site est très paisible, le parfait endroit pour faire la paix.
On ignore la date exacte à laquelle eut lieu l'évènement historique, et par conséquent la saison. Peu importe. Ce jour de 911, donc, Rollon le Marcheur, chef d'une bande de Vikings, arrive par la grande route, la voie romaine, et franchit le gué à Saint-Clair-sur-Epte.
On a pu retrouver par l'archéologie l'emplacement exact de la voie et du gué, à peu près où se trouvent les pêcheurs sur la photo. Les lieux n'ont pas été bouleversés au cours des siècles.
Je l'imagine pataugeant gaillardement dans l'Epte, Rollon, tandis que ses troupes sont restées sur la berge ouest, futur côté normand.
Le voilà sur l'autre rive, qui demeurera territoire du roi de France. Devant lui, la voie romaine se poursuit tout droit jusqu'à l'église. Et entre les deux, se dresse le château carolingien.
Il ne reste rien du premier château de Saint-Clair-sur-Epte. Les ruines subsistantes, qui se trouvent dans une propriété privée, sont ultérieures. Mais la photo aérienne a révélé l'emprise d'un fortin dont les murailles s'étendaient sur 200 mètres.
Selon toute vraisemblance, c'est dans ce château qu'a dû se conclure le fameux traité. Le roi de France Charles III le Simple, (c'est-à-dire sincère, honnête, et non pas stupide comme on est tenté de le penser), avait certainement choisi d'accueillir Rollon dans un endroit symbole de son pouvoir.
Rollon, par cet accord verbal passé avec le roi de France, reçoit le pays autour de Rouen, à charge pour lui de le défendre des raids vikings.
Le traité de Saint-Clair-sur-Epte est un accord habile, qui a garanti longtemps la paix. Pendant tout le 10e siècle, une parfaite entente règne entre Normands et Français, et de nombreuses alliances matrimoniales sont scellées. Les tensions commenceront au 11e siècle avec Guillaume le Conquérant, et aboutiront à la fortification de la frontière de l'Epte grâce à l'édification d'une dizaine de châteaux.

mercredi 23 mars 2011

Réplique

Salon-atelier de Monet, GivernyLes catastrophes qui frappent le Japon ont pour conséquence linguistique l'emploi réitéré d'un mot aux significations multiples : réplique.
Dans l'actualité, réplique prend son sens de secousse secondaire après un séisme, un sens précis, technique, peu usité finalement. Le plus courant désigne un acte de parole.
Au théâtre, on se donne la réplique, et c'est un peu comme échanger des balles au tennis. Dans la vie aussi parfois on peut oser la réplique, mais l'échange courtois vire alors à l'ace, avec une envie de river son clou à l'interlocuteur. La réplique est chargée d'animosité.
Le domaine des beaux-arts connaît aussi la réplique. Il s'agit, selon les définitions, d'une copie d'une oeuvre faite par l'artiste lui-même. Ou d'une copie très ressemblante. Dans ce dernier cas, c'est une façon chic de parler d'une copie sans en employer le mot, qui serait chargé pour certains d'un sens péjoratif. Mais toujours bien moins péjoratif que le mot faux, un tableau qui cherche à duper l'acheteur en se faisant passer pour un vrai.
Pour que les copies ne soient pas des faux, elles doivent être identifiées clairement comme des copies par une mention sur l'oeuvre. Et, dans les musées nationaux, leur taille doit être nettement différente de l'oeuvre originale, un cinquième plus grande ou plus petite au moins.

On va pouvoir se faire une idée précise de ce qu'est une réplique en visitant la Fondation Monet, à partir du 1er avril. Soixante tableaux viennent de prendre place dans le salon-atelier de Monet, au rez-de-jardin de sa maison. Ils ont été réalisés par la galerie Troubetzkoy, à Paris, aux dimensions des originaux, d'après les toiles de Monet qui se trouvaient dans le salon-atelier dans les années 1915-1920.
La Fondation Monet en a profité pour revoir la déco de l'atelier. La méridienne a été refaite à l'identique, le divan retapissé, tous les détails revus pour coller au plus près des photos qui nous sont parvenues de l'atelier.
C'est plus que spectaculaire : bouleversant. A la fois très beau et vivant. Vibrant.
Si vous connaissez déjà Giverny, ça vaut la peine de revenir pour voir cette restitution de l'atelier.
Si vous venez pour la première fois, attendez-vous à un choc. Une petite secousse sismique intérieure.

samedi 19 mars 2011

Réouverture de l'église de Giverny

Église de Giverny, FranceL'église de Giverny rouvre demain. Voilà trois ans qu'elle était fermée pour travaux.
Dès demain, les paroissiens auront la joie de se réunir à nouveau dans leur sanctuaire, plus beau que jamais. On se sent bien entre ces murs nets, sous ces voûtes saines. Il a été remédié à tous les désordres de l'édifice. C'est reparti pour un siècle !
Même si j'aimais bien l'église de Giverny telle qu'elle était avant, avec sa patine du temps, j'admire le travail accompli. Coup de chapeau à la municipalité qui a conduit ce projet préparé dès le mandat précédent, qui a su trouver les financements adéquats, monter les dossiers, se montrer convaincante. L'église Sainte-Radegonde est sauvée.
C'est merveilleux pour Giverny. Hélas, beaucoup d'autres édifices religieux n'ont pas cette chance, et parmi eux, de pures merveilles architecturales qui se dégradent inexorablement. La dernière fois que je suis allée à Louviers revoir l'église, ce joyau de l'art flamboyant, il pleuvait toujours dans la nef, une vision qui serre le coeur.
Ce mois-ci, à la cathédrale de Lisieux, notre guide nous a montré le filet tendu depuis des années à la croisée du transept, sous la tour-lanterne. Réparer cette tour pour éviter les chutes de pierres coûterait moins d'un million d'euros. J'ai été frappée de la similitude avec le budget alloué à l'église de Giverny.
La question m'interpelle. On peut trouver les sommes nécessaires à la restauration de Giverny, mais pas à celle de la cathédrale de Lisieux ? Lisieux, la ville de sainte Thérèse, qui accueille des centaines de milliers de pèlerins par an ! Lisieux, dont la magnifique cathédrale Saint-Pierre est contemporaine de Notre-Dame de Paris ? Est-ce juste une question de volonté politique ? C'est incompréhensible.
Quoi qu'il en soit, on sait bien que tous les travaux à entreprendre pour tous les clochers de France ne pourront pas être engagés. C'est une question d'époque.
La nôtre bâtit des autoroutes, des aéroports, des stades, des bibliothèques, des centres culturels, des hôpitaux, des lignes de TGV, des piscines, des musées, des ponts, des écoles, des universités, des centres commerciaux. Elle construit des satellites et les envoie dans l'espace.
Le 21e siècle est beaucoup plus riche que le Moyen Âge où l'on n'avait rien de superflu et où l'on manquait souvent du nécessaire. Mais l'homme médiéval était tourné vers l'au-delà. Tous ses efforts tendaient à préparer sa vie éternelle. Pauvre, il a pourtant été capable de financer la construction d'édifices dont nous renâclons à assurer le simple entretien.
Chaque époque vit dans son temps présent, et se soucie peu de celles qui l'ont précédée. L'intérêt et le respect pour le patrimoine sont des préoccupations modernes, ils n'ont sans doute jamais été aussi forts qu'aujourd'hui. Pourtant les sommes engagées restent modestes. L'entretien des monuments du passé intervient à la marge.
Et l'eau, partout, continue de s'infiltrer dans les chapelles et les abbayes, et de faire goutte à goutte ses ravages.

samedi 12 mars 2011

Trois saules

Les trois saules de GivernyL'engin n'a pas fait dans le détail. Il a arraché le saule malade, sans trop d'égard pour la berge ni le chemin. Heureusement, il reste encore quelques jours pour remettre le site en état, et replanter un saule à la place du précédent. Car il faut qu'ils soient trois, fidélité à Monet oblige.
C'est la vie des jardins, avec le temps de moins en moins de végétaux datent de l'époque de leur créateur. A l'ouverture de Giverny en 1980, on pouvait voir encore un vénérable pommier du Japon devant la maison, et l'un des trois saules était toujours debout. Il a fallu les remplacer depuis.
Le saule pleureur est un arbre qui pousse vite, mais dont la durée de vie est courte, une règle générale parmi les arbres. Le seul à résister encore est celui du bout du bassin, pour combien de temps ?
Cela rend les arbres d'origine d'autant plus émouvants. Le hêtre pourpre, par exemple, planté par Monet, ou les vieux tilleuls.
Toutefois, Monet a vu ces arbres petits alors que nous les admirons dans leur maturité. Les arbres à croissance lente ont une durée de vie plus longue...
A contrario, Monet a vu et peint ses jeunes saules tels que nous apparaissent aujourd'hui leurs remplaçants.
Entre la fidélité et l'authenticité, on est obligé de choisir, un siècle plus tard. Quand l'authenticité disparaît, on se console par un surcroît de fidélité à l'original. Ce n'est plus aussi vrai, mais c'est plus ressemblant.

jeudi 10 mars 2011

Reflet à Majorelle

Bassin aux nymphéas, Jardin Majorelle, MarrakechIl y a même un bassin aux nymphéas ! A la fin de ma visite du jardin Majorelle à Marrakech, découvrir ce plan d'eau de la taille d'une piscine où flottent des feuilles de nénuphars encore dépourvus de fleurs me réjouit. C'est absurde, mais j'ai l'impression que le jardin m'a réservé une surprise pour me faire plaisir, comme si ma grand-mère m'avait préparé mon dessert préféré. Quelque chose de familier, et que j'aime.
Chaque visiteur fait sa propre visite d'un lieu, avec toute son histoire personnelle, ses références, ses connaissances, son vécu. Les lieux changent un peu, les visiteurs plus encore. La perception d'une scène est par essence unique. Les réflexions des visiteurs de Giverny, quand ils m'en font part au cours des visites, me passionnent.
Qu'est-ce qui m'enchante devant le bassin de Majorelle ? Le familier allié au décalé, la variance du connu, essence de la collection, notamment la collection photographique. Je retrouve les reflets d'arbres dans le bassin, mais ce sont des palmiers et non des hêtres ou des saules. L'effet, rapporté au bassin de Monet, est presque humoristique.
Que vient faire ici ce bassin aux nymphéas ? Je ne sais s'il y a une explication officielle. Je présume que Jacques Majorelle, qui tenait à donner une impression de fraîcheur à son jardin souvent caniculaire, a voulu utiliser différentes ressources des jeux d'eau, fontaines, jets, bassins.
Quand il crée son jardin de Marrakech, dans l'entre-deux guerres, celui de Monet est archi connu par le biais de ses tableaux de nymphéas. Impossible de savoir si Jacques Majorelle pense à Giverny en créant son bassin. Monet n'est pas propriétaire du concept, le nénuphar a été une fleur en vogue à la Belle-Epoque, décliné sur tous les supports par l'Art Nouveau. Et Jacques Majorelle, fils d'un des ébénistes les plus talentueux de l'école de Nancy, a engrangé le vocabulaire artistique de l'époque dès son berceau.
C'est peut-être simplement la valeur d'exotisme de la fleur qui a séduit le peintre. Le nénuphar coloré arrive d'ailleurs, et c'est ce qui lui donne sa place dans ce jardin de collectionneur où sont réunies des espèces végétales venues de tous les horizons.

mercredi 9 mars 2011

Le jardin Majorelle

Le jardin Majorelle, Marrakech Le bassin de Monet à Giverny n'est pas le seul jardin de peintre qui soit célèbre. A Marrakech, le jardin conçu par le peintre Jacques Majorelle (fils de l'ébéniste art nouveau Louis Majorelle) attire 600 000 visiteurs par an.
C'est plus que Giverny, mais sur douze mois et non sur sept. Bon, c'est idiot de comparer, ce sont deux lieux uniques et magiques, envoûtants. Mais même en disant cela, je suis encore en train de comparer. Impossible de faire autrement : le parallèle entre les deux sites est assez troublant, tout en coïncidences et correspondances.
L'histoire commence presque pareil. Jacques Majorelle, peintre, tombe amoureux d'un lieu, décide de s'y installer, achète un terrain, puis l'agrandit, en fait un jardin par passion, par plaisir et pour l'inspiration, y a son logement et son atelier. A sa mort, le jardin souffre du manque d'entretien, jusqu'à ce que le mécénat le sauve et le rende célèbre.
Le plus intéressant, ce sont les différences, qui donnent une image en creux de l'autre jardin, révélant ce qu'il est et ce qu'il n'est pas. Différences d'abord dans la conception du jardin, et donc des perceptions du visiteur.
Si Giverny est voué au reflet, à Majorelle ce sont les jeux d'ombre et de lumière qui dominent. Profondeur des ombrages, luminosité des parties exposées au soleil : on ne sait jamais s'il faut garder les lunettes teintées ou les ôter, dans ce jardin où l'intensité de la lumière est si contrastée. Ces flashes lumineux suivis d'ombre apaisante sont une autre façon de troubler l'oeil, effet que Monet obtenait dans le jeu infini des reflets de son étang.
La forme, ensuite. A Majorelle, dès l'entrée, le promeneur se sent avalé par les bambous géants, puis il avance dans la fraîcheur d'arbres de toutes sortes, une nécessité dans un pays où la chaleur peut devenir écrasante. Le visiteur est happé vers le haut, son regard glisse le long des troncs lisses des palmiers dont la couronne se détache sur le bleu du ciel.
A Giverny, en revanche, on ne passe pas vraiment sous les arbres. On les longe. L'impression d'enveloppement est fournie par l'effet de clairière autour du bassin, et par les fleurs du clos normand, surtout quand elles deviennent géantes à la fin de l'été.
Si le climat de la Normandie est idéal pour les fleurs, celui de Marrakech, trop chaud, est plus difficile. Elles sont rares à Majorelle, et les taches colorées des bougainvillées n'en sont que plus saisissantes.
Jardin Majorelle, MarrakechCe sont les apports de couleur des éléments peints qui font vibrer les verts. Jacques Majorelle est réputé pour son bleu, dont il a orné sa maison et les pots et maçonneries de son jardin, un magnifique bleu cobalt intense découvert par lui dans les villages de l'Atlas. Il l'a complété d'un jaune vif, une association qui est un régal pour l'oeil.
Et puis, parmi toutes les émotions qui submergent le visiteur de beaux jardins, joie esthétique, surprises, émerveillement, on trouve aussi des peurs. C'est un mot un peu fort, je veux parler de ces craintes vagues et informulées dont on a à peine conscience, qui transforment le cheminement en parcours d'Alice au Pays des Merveilles, délicieux et un peu effrayant.
Pour le visiteur occidental, la luxuriance même du jardin Majorelle est aussi fascinante qu'inquiétante, avec son effet de jungle, ses plantes inconnues, bizarres, qui vivent leur vie tout autour de lui. Cachent-elles un danger ? A peine débouche-t-on "à l'air libre", devant la maison, qu'une collection de cactus assaille les perceptions. Inaccessibles, intouchables, les épines dardées transmettent pourtant, par l'oeil, une impression piquante.
D'autres craintes encore s'immiscent, celle de se perdre au milieu du dédale végétal, inquiétude liée à la profusion du jardin, que l'on n'aurait pas à Versailles, par exemple, un parc infiniment plus grand mais où l'oeil embrasse d'un coup tout l'espace. Et puis, de la désorientation induite par le jardin découle la peur de tomber, à force de regarder partout, crainte de trébucher sur un obstacle, et même de tomber dans l'eau.
Au fil de la déambulation, ces angoisses discrètes s'estompent et se dissolvent. Le visiteur s'approprie l'espace, l'inconnu devient connu, l'impression de danger devient ridicule.
Et en même temps, c'est un peu de la magie du jardin qui disparaît.

samedi 5 mars 2011

Voie gallo-romaine

Vestiges de la voie gallo-romaine de Lisieux, médiathèque municipaleC'est une des curiosités de Lisieux : en plein milieu de la médiathèque, la moquette s'arrête pour laisser place à... une voie romaine. D'énormes blocs de pierre passablement bosselés pavent le sol, irruption du passé dans un lieu dédié au savoir. Il y a deux mille ans, la route de Lutèce à Vieux, près de Caen, passait là et menait, pour ceux qui le souhaitaient, jusqu'à Rome.
Après l'invasion de la Gaule, les Romains ont fait bénéficier le pays conquis de leur maîtrise des travaux publics.
Ce n'est pas le seul endroit de Normandie où l'on a décidé d'intégrer des vestiges gallo-romains dans un bâtiment. Le musée d'Evreux s'adosse au rempart gallo-romain, tandis qu'à Rouen, une fontaine antique est mise en valeur dans la vitrine de l'immeuble EDF.
A Lisieux, la découverte de la voie gallo-romaine a posé quelques problèmes. Elle se trouve un bon mètre en contrebas du sol actuel. Les architectes lyonnais qui ont conçu la médiathèque il y a une quizaine d'années ont donc imaginé un bâtiment de verre où l'on descend vers la salle de lecture.
De la rue, les passants plongent le regard vers les usagers de la bibliothèque et les rangées de livres, alignés sur des étagères vert pâle. Cette couleur a une histoire, c'est le vert choisi pour les huisseries à l'époque de la Reconstruction dans les années 50.
Ce vert qui évoque les destructions de la Seconde Guerre mondiale fait sens face à la voie gallo-romaine. Les terribles bombardements et l'incendie qui ont ravagé Lisieux ont eu ce que l'on pourrait appeler un bénéfice collatéral, ils ont mis au jour les vestiges antiques. La terrible invasion de la Gaule, de même, a débouché sur la construction d'équipements.
Symboles du renouveau après l'épreuve, ces deux éléments rappellent que la vie, toujours, se poursuit après les cataclysmes. Les cartes sont battues et redistribuées, une nouvelle partie commence, quelque chose de neuf surgit dans un monde nouveau.

jeudi 3 mars 2011

Avril, mois des tulipes

Tulipes à Giverny A partir de la mi-avril, le jardin de Monet à Giverny se transforme en une palette de couleurs éclatantes. C'est la très spectaculaire floraison des tulipes, accompagnée de celle des pensées, giroflées et autres pâquerettes.
En ce moment, un mois avant l'ouverture du jardin, il gèle encore la nuit, mais les belles sont partout dans les starting blocks, prêtes à fleurir à la folie d'ici six semaines.
Les jacinthes et les jonquilles sont déjà en bouton, à la satisfaction des jardiniers qui guettent leurs progrès comme autant de signes de l'arrivée prochaine du printemps.
Cinq mois après les avoir plantées, on avait presque oublié qu'elles étaient là, blotties sous terre, en train de s'enraciner dans le sol pour mieux se hisser ensuite vers la lumière.
Si vous envisagez une visite à Giverny, avril est une bien jolie période pour admirer un jardin très gai et lumineux, au tracé net. Et les tulipes de plus en plus extravagantes, froufroutantes, enflammées, multiples, énormes ou minuscules, redoublent d'originalité pour mieux nous épater.


Copyright :

Cher lecteur,
ces textes et ces photos
ne sont pas libres de droits.

Merci
de respecter mon travail
en ne les copiant pas
sans mon accord.
Ariane.

Références :

Syndication