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Giverny News

Le Blog d'Ariane,

vendredi 25 février 2011

Collection photographique

escargotD'où vient donc ce goût de l'espèce humaine pour la collection d'images ? Des collections de joueurs de foot aux héros de dessins animés, les enfants y engloutissent leur argent de poche (j'ai toujours pensé que Pokemon était en fait la contraction de pocket money).
Les adultes les plus fortunés craquent de même, pour des tableaux, comme les enfants ils y mettent tout leur sérieux et se justifient en pensant qu'ils investissent.

Le goût de la collection est présent également du côté des faiseurs d'images. Les peintres ont tendance à décliner des thèmes, encore et encore, approfondissant leur travail à chaque nouvelle toile.
Monet est caractéristique de cette façon de procéder. Plus que dans les séries, c'est dans sa répétition interminable du motif des nymphéas qu'il révèle sa quête.

Les photographes n'échappent pas à la collectionnite. Rien de plus facile avec un appareil photo que de se laisser fasciner par la déclinaison d'un même motif, parfois tout à fait insolite.
J'ai connu une photographe qui s'intéressait aux plantes qui poussent dans des fissures, envers et contre tout. Une autre qui captait les reflets offerts par les miroirs qui aident les automobilistes à sortir de leur garage. Un livre entier qui présentait Paris vu dans des flaques.

Ce qu'on aime dans les collections, c'est que c'est semblable et différent à la fois. Comme les visages humains, peut-être.
C'est qu'on peut y assouvir un désir de classement, qui nous donne l'illusion de contrôler quelque chose.
Et un désir d'accumuler, tout à fait redoutable.

En déambulant dans les jardins de Monet, je me suis mise à photographier les escargots. J'ai retrouvé la sensation joyeuse de ramasser, toute petite, des coquillages sur la plage.
Regardez celui-ci, un vrai travail d'artiste. Les spirales ont manifestement été tracées par quelque main mystérieuse. L'harmonie des couleurs est confondante. A quoi sert tout cela ?
Ce que j'aime chez les escargots, c'est leurs acrobaties sur les feuilles, surtout les très petits. J'essaie d'imaginer leur vision du monde. Ils sont face au même environnement que nous, mais ils l'appréhendent si différemment.
Et puis, j'aime leur absurde lenteur. Comment peut-on être si lent ? Vivre à ce point au ralenti ? Dans notre monde où tout va si vite qu'on ne voit même plus les images qui défilent de chaque côté, leur lenteur m'attire comme la suprême sagesse.
Je vais photographier les escargots pour le plaisir, mais je ne vous embêterai pas trop avec ça. C'était juste pour dire que, pour s'interroger sur le sens de la vie, la beauté du monde, la place de l'homme dans la nature, il n'y a pas que les nymphéas.

vendredi 18 février 2011

Oasis

Rue du Gros-Horloge, RouenA Rouen, le cadran du Gros-Horloge est entouré de quatre petits oeil-de-boeuf. Le regard est tellement happé par la majesté et les dorures de l'énorme pendule qu'il ne remarque pas ces baies discrètes sur les côtés. De l'intérieur, on a l'impression de regarder la rue à l'oeilleton.
C'était un de ces jours de janvier où Rouen se caricature elle-même, s'appliquant à mériter son surnom de pot-de-chambre de la Normandie. Ce n'est pas de la médisance de ma part : les Rouennais eux-mêmes se sont décerné ce titre, à la façon de Cyrano de Bergerac se servant, avec assez de verve, sa tirade des nez.
Le sobriquet se déclinait au début du siècle dernier sur de nombreuses cartes postales réputées humoristiques. D'énormes vases de nuit déversaient des trombes d'eau sur les passants qui se hâtaient sous leurs parapluies.
Les pots-de-chambre ne sont plus, mais la pluie est restée. Bon, et alors ? Les Normands font semblant de râler, mais je crois que dans le fond, ils aiment bien la douceur humide de leur climat.
Ce jour-là, donc, les parapluies fleurissaient au-dessus de la foule qui se presse à toute heure dans la rue du Gros-Horloge, la plus ancienne voie piétonne de France, paraît-il. Mais, vus d'en haut, les parapluies paraissaient tout petits, surpassés par ceux qui abritaient l'éventaire du fleuriste.
Dans la chaude lumière qui dorait les fleurs, l'étal végétal contrastait avec le gris froid et minéral tout autour. Toutes les couleurs du printemps semblaient s'être réfugiées là, et d'en haut, à travers la vitre, on avait l'illusion de sentir le parfum des fleurs, aussi réconfortant que la vue d'une palmeraie au milieu du désert.
C'était comme une oasis, une oasis inscrite dans la lettre O de l'oeilleton.

lundi 14 février 2011

Avenue des amoureux

Louviers, avenue des amoureuxCette belle rue bordée d'arbres impeccablement alignés porte un fort joli nom : l'avenue des amoureux. Elle se trouve à Louviers, où elle relie le centre ville à la périphérie, en l'occurrence la forêt située sur le coteau. Louviers s'étend en contrebas, le long de la rivière, dans la vallée de l'Eure.
J'ignore ce qui a valu sa dénomination à cette voie ; j'aime imaginer qu'elle vient des couples d'amoureux qui passaient, main dans la main, sous les ombrages, et se dirigeaient vers d'accueillants sous-bois.
Y passent-ils encore ? En tout cas l'avenue a donné son nom à tout le quartier. Et j'aime bien l'idée de cet amour qui déborde de sa rue et se répand tout autour.
L'avenue des amoureux n'est pas luxueuse, la chaussée a ce graphisme propre aux rues soigneusement entretenues, qui paraissent joliment rapiécées, comme un patchwork : c'est que les amoureux ne roulent pas toujours sur l'or, mais qu'ils vivent d'amour et d'eau fraîche.
Si j'habitais Louviers, j'aimerais avoir une adresse avenue des amoureux. Dans le quotidien de la vie, le mot doux surgirait au détour d'un formulaire à remplir, accrocherait un sourire aux lèvres de mes correspondants, irait folâtrer dans les administrations jusque sur l'écran de mon percepteur, donnerait de l'espoir aux esseulés, mettrait un peu de baume au coeur des expéditeurs de faire-part.
Habiter là, ce serait une façon de se placer trois cent soixante-cinq jours par an sous le patronage de Saint-Valentin. Je vous souhaite de l'avoir tendrement fêté aujourd'hui.

mercredi 9 février 2011

On pleure un saule

Reflet de saule dans l'étang de MonetJe ne suis pas tout à fait sûre que le saule qui se mire ici est bien celui à droite vu de la rive opposée, qui avait jauni le premier à l'automne dernier, offrant de magnifiques reflets d'or autour des derniers nymphéas. Si ce n'est lui, c'est son frère, car il sont trois alignés sur le bord de l'étang de Monet côté route. C'est ce qu'avait voulu le peintre : un panneau de l'Orangerie intitulé "trois saules" les prend pour motif.
Cet automne précoce ne laissait rien augurer de bon, et il n'est pas certain que l'arbre puisse être sauvé, malgré les bons soins qui lui ont été prodigués aussitôt. Quand je suis passée la semaine dernière, il avait subi une taille sévère.
Votre coiffeur, s'il a le sens des affaires, vous l'a sans doute déjà dit : une bonne coupe redonne du tonus à vos cheveux. Il semble qu'il en aille de même pour les saules.
En Normandie, les saules qui ne sont pas pleureurs, les saules à osier donc, dont les rameaux se dressent en cette saison, orange vif, comme la crête d'un punk, sont régulièrement rabattus et finissent par former ce que l'on nomme des trognes. Leur tronc se termine en tête boursouflée pleine de caractère.
Il reste quelques-uns de ces très vieux saules à Giverny le long du Ru, tout près de la propriété de Monet, entre le parking et le jardin d'eau. Ils ont sans doute connu Monet, et méritent un coup d'oeil. Leur circonférence est impressionnante, leur santé aussi.
J'espère que leur cousin moins en forme va se remettre grâce à son traitement de choc. Si ce n'est pas le cas, il faudra l'abattre et le remplacer, quelle désolation. Couper un saule pleureur, ce serait vraiment trop triste.

jeudi 3 février 2011

Place aux places

Collégiale de VernonA Vernon, la collégiale émerge des toits des maisons voisines qui la cernent sur trois côtés, et la rendent difficile à bien voir.
Le plan du quartier n'a guère changé depuis le Moyen Âge, quand les maisons se serraient autour de l'église.
Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que l'idée de dégager la vue vers les monuments en ouvrant des places et des perspectives s'est imposée.
Dans de nombreuses villes de Normandie, les destructions avaient fait leur oeuvre, on a pris soin de ne pas reconstruire trop près. Caen en est le meilleur exemple.
A Vernon, le quartier autour de l'église a été préservé, le lacis de ruelles est intact ou presque, si bien que la seule vue dégagée est celle que l'on a face au portail ouest, depuis la mairie.
L'hôtel de ville lui-même se dresse tout seul dans son îlot. Le maire qui l'a fait bâtir, Adolphe Barette, a eu l'intuition qu'il fallait faire de la place autour. C'est le vide qui donne de la grandeur aux monuments.

mardi 1 février 2011

L'étang gelé

Bassin de Monet à Giverny, l'hiverC'est une lumière gris-mauve qui baigne le bassin de Claude Monet en hiver, les jours où le soleil hésite longuement à paraître, embusqué derrière des épaisseurs vaporeuses.
Les dernières feuilles de nymphéas violacées se sont laissé prendre par la glace qui recouvre presque entièrement l'étang de Giverny.
Il y a dans ce ton sur ton comme une douceur secrète, une atmosphère de Grand Meaulnes, d'entre-deux, qui pourrait paraître triste si elle n'était pas aussi propice au rêve.
Quand le froid pétrifie la surface des choses, le jardin se met en latence.
On le sent qui songe, une pensée confuse sourd des profondeurs et vient s'accrocher aux branches dénudées, flottant à la surface de l'eau et des parterres gelés.
L'étang immobile laisse couler le temps de l'hiver, tandis que le soleil invisible poursuit néanmoins ses rondes.
Avec patience, le jardin attend.


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