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Giverny News

Le Blog d'Ariane,

samedi 30 octobre 2010

Couleurs d'automne

Forêt de Vernon en automneToute la vallée de la Seine a brusquement roussi. Voici les couleurs qu'elle arborait cet après-midi à Vernon. Le château des Tourelles jouait à cache-cache derrière les arbres de l'île du Talus, et le soleil en faisait autant avec les nuages !
Très réduit depuis le dragage de la Seine, l'îlot a joué un rôle important par le passé, puisque le pont de Vernon y prenait appui. On y habitait, on y pêchait, on y avait même mis les malades avant que Saint-Louis ne s'en émeuve.
C'est là, au pied de l'arche marinière, que les chevaux de halage hissaient à grand peine les bateaux qui remontaient le cours du fleuve, d'où son autre nom d'île aux chevaux.
De toute cette splendeur passée, il ne reste plus qu'un bout de quai en train de s'écrouler dans l'eau, tandis qu'une végétation spontanée à l'étonnante diversité est venue conquérir le restant d'île tout à fait sauvage aujourd'hui.

mercredi 27 octobre 2010

Fin de saison

Aster et sauge Les soubresauts du thermomètre sont imprévisibles. Cette année encore les fleurs fragiles ont perdu la bataille contre le froid plus tôt qu'à l'accoutumée. C'était l'histoire de rien du tout, deux degrés peut-être, quelques heures de gel, un temps un peu trop beau à la fin de la nuit. Le jardin de fleurs de Claude Monet n'est plus que l'ombre de lui-même. Les squelettes piteux des tithonias, des dahlias, se dressent foudroyés au milieu d'autres plantes plus rustiques qui luttent encore vaillamment, les asters, les sauges, les roses même.
Tout en haut du jardin, la maison de Monet a revêtu sa robe de feuillage rouge, comme un écrin de velours pour les merveilles qu'elle recèle.
Si le jardin de fleurs est presque entièrement à terre, bruni, vaincu, le jardin d'eau est plus somptueux que jamais. Lui d'habitude si vert se pare subitement des teintes les plus éclatantes, dans le flamboiement des liquidambars, des érables ou des saules. C'est comme si les couleurs chassées du clos normand s'étaient réfugiées autour du bassin, envolées vers les cimes pour mieux plonger dans les reflets de l'étang.
Souvent la brume du petit matin vient tempérer de douceur tout cet éclat, et c'est une atmosphère irréelle qui règne autour du paysage créé par Monet. Quand le soleil rasant émerge derrière la colline, ses rayons viennent dorer les vapeurs mouvantes, dans un spectacle à couper le souffle.

samedi 23 octobre 2010

Eglise de Giverny

Eglise de Giverny La restauration de l'église de Giverny se termine. Depuis un mois, il est à nouveau possible de visiter l'intérieur de l'édifice, où les derniers travaux portent sur des fresques mises à jour à l'occasion de cette campagne de restauration complète. Des angelots peints sur la voûte de l'autel de la Vierge sont en train de retrouver leur fraîcheur du 17e siècle.
C'est la dernière tranche d'une remise en beauté de la petite église entreprise il y a trois ans. On a vu successivement le clocher, la toiture, les murs extérieurs se métamorphoser. Les entreprises hautement qualifiées ont remplacé, nettoyé, rejointoyé... Puis est venu le tour de l'intérieur, avec notamment une belle voûte en bois toute neuve au-dessus de la nef.
Le coût total avoisine le million d'euros. C'est une lourde charge pour la collectivité, mais l'ancienneté de l'édifice, son intérêt touristique aussi le justifient. L'église sainte Radegonde n'est pas un pur joyau de l'art roman ou gothique, mais elle offre le charme des églises de village, un mélange de traits architecturaux intéressants, d'histoire et d'intimité. Pour beaucoup de visiteurs, c'est l'occasion d'entrer dans une église villageoise, alors que la plupart sont fermées. C'est la déclinaison à petite échelle de la foi qui animait les bâtisseurs de cathédrales, à l'usage d'une communauté de paysans.
D'ici la prochaine saison, les échafaudages auront sans doute disparu. Les admirateurs de Claude Monet qui viennent se recueillir sur sa tombe dans le petit cimetière pourront à nouveau pousser la porte du sanctuaire pour découvrir ce lieu où, un beau jour de juillet, Monet avait conduit sa belle-fille Suzanne à l'autel.

lundi 18 octobre 2010

Nymphéa bleu et or

Nymphéa bleu et orQuelle fleur extraordinaire que le nénuphar !
Je n'ai pas retouché cette photo, la voici telle qu'elle a été saisie par l'objectif une fin d'après-midi d'octobre à Giverny.
Dans le reflet doré du saule pleureur, les feuilles vernissées des nymphéas captent la couleur du ciel et deviennent étrangement bleues, offrant une harmonie inattendue.
Comment ne pas partager la fascination de Claude Monet pour ces fleurs étonnantes, aussi changeantes que des caméléons ?

jeudi 14 octobre 2010

Lis des crapauds

TricyrtisAutrefois, c'était la rose. Aujourd'hui, l'orchidée est en train de devenir la fleur de référence, banale entre toutes malgré sa beauté.
Autant la floraison des roses est réputée pour sa brièveté, autant celle des orchidées fait d'elles de petits Mathusalem, qui se dirigent vers la dégénérescence de l'âge si lentement qu'on les prendrait pour des fleurs en tissu.
Leur culture de masse et leur faible coût a banalisé quelques variétés d'orchidées : on les voit partout. Tant et si bien que certains visiteurs s'imaginent en reconnaître dans les jardins de Claude Monet à Giverny.
D'accord, la région regorge d'orchidées sauvages, mais elles n'ont pas grand chose à voir avec les Phalaenopsis. Et le climat de la Normandie a beaucoup à envier à celui de la Colombie.
Ce qu'on peut admirer, en revanche, dans le jardin d'eau de Monet, ce sont de superbes lis des crapauds. Oui, rapprocher lis de crapaud, le nom sonne comme un oxymore, mais je n'ai pas découvert l'explication de cette étrange appellation, qu'on retrouve avec constance en anglais (toad lily) et en allemand (Krötenlilie). Les pois, à la limite, qui pourraient évoquer, de très loin, les boursouflures de la peau du batracien ?
L'avantage est que c'est facile à retenir, surtout en pensant aux bords de l'étang de Giverny. Mais si cela vous paraît trop disgracieux pour une fleur si élégante, vous préférerez peut-être son nom botanique de Tricyrtis.
Le lis des crapauds forme une longue hampe ornée de-ci de-là de larges feuilles recourbées dont le port fait penser aux feuilles des orchidées, et sa fleur a quelque chose d'exotique et de rare, de la texture des pétales à leurs charmants petits points violets. La ressemblance s'arrête là, la forme de la fleur est bien différente de celle de l'orchidée.
Après les avoir admirés à Giverny, j'étais tout heureuse de trouver des lis des crapauds en jardinerie et, une fois plantés dans mon jardin avec leur étiquette au pied, de mémoriser leur nom. C'est donc sans hésitation que j'ai pu renseigner une visiteuse qui me demandait s'il s'agissait bien d'une orchidée.
La dame, visiblement, est déçue. Lis des crapauds, késako ? Elle n'y croit pas. Elle me fait répéter. Toujours pas convaincue, elle questionne doucement sa voisine, c'est des orchidées, ça, non ?
Et puis, dix mètres plus loin, tandis que, rêveuse, je m'émerveille encore de l'évolution du statut de l'orchidée depuis Proust :
- Et ça, c'est des orchidées ? interroge la dame en pointant du doigt des balsamines.
- C'est plutôt de la famille des impatiences, dis-je patiemment, amusée à l'idée que ma réponse va de nouveau faire un flop.
Une orque-idée, tout juste bonne à faire un gros plouf dans le bassin. Comme un crapaud.

lundi 11 octobre 2010

Fleurs géantes

Fleurs géantes dans le jardin de Monet à GivernyC'est en toute fin de saison qu'il faut venir à Giverny pour éprouver une impression de gigantisme. Les fleurs d'automne atteignent des hauteurs vertigineuses, loin au-dessus des têtes des visiteurs.
C'est toujours étrange de se promener au milieu de végétaux aux proportions inhabituelles, qu'il s'agisse de séquoias, de fougères arborescentes ou, comme chez Monet, de fleurs de jardin.
On se tord un peu le cou pour regarder les têtes colorées qui se balancent là-haut dans la brise, dahlias, asters, et toutes les déclinaisons possibles du tournesol.
Les tiges démesurées rapetissent les humains. Sûrement les fleurs s'amusent entre elles, elles se chuchotent "Chérie ! J'ai rétréci les visiteurs !"
On est Alice au Pays des Merveilles dans sa version lilliputienne. On s'attend à quelque rencontre surprenante au prochain détour.
On ne verra pas de chat au sourire énigmatique, non, mais tout de même un spectacle magnifique, celui de la grande allée éblouissante de couleurs.
" C'est le bouquet final du feu d'artifices !" se sont exclamé les charmantes personnes que j'accompagnais hier.
On ne saurait mieux dire.

vendredi 8 octobre 2010

Papillon Vulcain

Papillon Vulcain à Giverny
Les papillons Vulcains sont de passage à Giverny. Ils sont faciles à reconnaître avec leur cercle orange autour d'un corps marron, et leurs taches blanches au bout des ailes.
On en voit dans les asters, et sur les tournesols du Mexique dont l'orange répond au leur.
Ce beau papillon migrateur n'est pas au bout de son voyage. Le but, c'est le Maroc. C'est de là que s'envoleront ses enfants pour revenir vers le Nord l'année prochaine, en franchissant le détroit de Gibraltar puis en longeant les côtes.
Le Vulcain n'a peur de rien, à la faveur de vents du sud il est capable de viser le Danemark ou l'Islande, un pays qui doit lui plaire avec tous ses volcans.
Les vulcanologues (je veux dire les entomologistes qui étudient le papillon Vulcain) ont encore du pain sur la planche avant d'avoir percé tous ses mystères.
On l'observe depuis le 19e siècle, mais ce n'est pas facile, quand on en croise un, de savoir s'il est migrant ou s'il est né sur place, et donc de se faire une idée exacte de ses voyages au long cours. On bague les oiseaux, mais pour les papillons il va falloir trouver autre chose !
L'étape migratoire du Vulcain ne dure que quelques jours. C'est une raison de plus pour venir à Giverny ce week-end. Il va faire beau, et le jardin est d'une beauté exubérante, une explosion de fleurs et de couleurs.
Côté bassin, l'automne commence à poindre son nez, avec ses reflets chauds baignant les derniers nymphéas roses.

mardi 5 octobre 2010

Jeanne-Marguerite Lecadre au jardin

Claude Monet, Jeanne-Marguerite Lecadre au jardin ou Femme au jardin, 1866 ou 1867, Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, huile sur toile, 80x99cmClaude Monet, "Jeanne-Marguerite Lecadre au jardin" ou "Femme au jardin", 1866 ou 1867, Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, huile sur toile, 80x99cm.

L'exposition Monet du Grand Palais (Paris, jusqu'au 24 janvier 2011) a choisi le tableau Jeanne-Marguerite Lecadre au jardin alias Femme au jardin comme thème de sa communication. La lumineuse silhouette de la jeune cousine de Claude Monet dans un jardin fleuri se décline partout, des affiches au catalogue.
Pourquoi ce tableau-ci plutôt qu'un autre pour présenter la grande rétrospective parisienne qui aligne 168 chefs d'oeuvres du chef de file de l'impressionnisme ?
J'imagine qu'il convenait de mettre en avant une toile venue de loin, difficilement accessible pour le public parisien, et celle-ci est conservée au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg.
Et puis, quoi de mieux qu'une oeuvre de jeunesse pour annoncer une monographie qui porte sur "Monet entier", selon l'expression de Guy Cogeval, président des musées d'Orsay et de l'Orangerie, qui préface le catalogue.
A 26 ans, Monet n'a pas encore tourné le dos à la figure, si j'ose dire, pour se consacrer au seul paysage. Ses toiles s'animent de personnages, et ce tableau allie la grâce féminine au charme d'un éclatant jardin croulant sous les roses.
On est en juin, sans doute, juin 1867 selon les dernières recherches. Le jardin en question se trouve à Sainte-Adresse, près du Havre, c'est celui de la maison de campagne de la tante de Monet. Et la demoiselle qui illumine la pelouse de sa robe immaculée se nomme Jeanne-Marguerite.
Je ne suis pas une grande défricheteuse d'arbre généalogique, mais si j'ai bien compris Jeanne-Marguerite est à double titre la petite cousine de Claude Monet : cette demoiselle Lecadre, petite-nièce de la fameuse demi-tante de Monet si décisive pour les débuts du peintre, a épousé son cousin Lecadre, ce qui lui a permis de ne pas changer de nom de famille à son mariage.
Ce devait être une charmante personne, si l'on en croit son obligeance à poser pour Claude à deux reprises au moins, pour cette toile et pour Terrasse à Sainte-Adresse où elle apparaît dans une tenue assez semblable.
Les deux tableaux peints sans doute le même été présentent d'ailleurs la même luminosité extraordinaire, le même air vif baigné d'un soleil radieux, les mêmes coloris resplendissants.
Adolphe Monet lisant dans un jardin, Claude Monet, 1867, collection particulière, huile sur toile 81x99cmMais ce ne sont pas ces deux toiles que l'exposition du Grand Palais a choisi de rapprocher. Jeanne-Marguerite Lecadre au jardin voisine avec Adolphe Monet lisant dans un jardin (collection particulière), car les deux oeuvres ne manquent pas de similitudes. Leurs correspondances avaient déjà frappé l'auteur du catalogue raisonné de Monet, puisque Daniel Wildenstein leur a attribué deux numéros consécutifs, W68 et W68a.
Selon Joseph Baillio, co-auteur du catalogue de l'exposition, il s'agit d'une paire. Les deux toiles se répondent trait pour trait. Prises dans le même jardin, elles s'opposent et se complètent.

"Jeanne-Marguerite incarnant la jeunesse et la féminité, se trouve à gauche, alors qu'Adolphe, dans sa mâle vieillesse, figure à droite. Elle est vêtue d'une robe et d'un mantelet d'une blancheur éclatante (...) tandis que lui porte une tenue sobre (...). Elle est debout et se promène nonchalamment, lui est assis et absorbé par sa lecture. La toile russe est signée en bas à gauche, et la signature du pendant a été apposée en bas à droite."

Peut-être que l'idée de la paire est venue à Monet en cours de route. C'est ce qui expliquerait la présence de personnages effacés qu'on décèle à la radiographie. Il fallait simplifier l'impression de symétrie. Au départ, un homme avec un chapeau (Adolphe Monet encore ?) figurait non loin de Jeanne-Marguerite, dans la partie plus sombre sur la gauche du rosier en arbre. Et Jeanne-Marguerite était assise à côté d'Adolphe sur l'autre tableau.
Les personnages posent, et dans leur passivité, témoignent une profonde indifférence au peintre ou au spectateur. Ils affichent leur aisance de bourgeois bénéficiant de loisirs et d'un jardin d'agrément, un monde clos et protégé par une forte haie.
Dans Femme au jardin le regard est happé par la femme en blanc, dont la tête se détache sur l'écran blanc de l'ombrelle. De là, suivant son regard à elle, l'oeil saute vers le grand rosier blanc, s'attarde sur la masse des géraniums écarlates à son pied, explore la droite du tableau, puis revient vers la silhouette féminine. La petite taille du personnage laisse pressentir ce qui sera bientôt l'essentiel pour Monet, la représentation de la nature. La femme semble plus devoir décorer le jardin, lui donner sa raison d'être, que former le motif principal du tableau où le jardin lui servirait de faire valoir. La toile se distingue en cela de Femmes au jardin au pluriel cette fois, le chef d'oeuvre du Musée d'Orsay qui précède ce tableau dans l'oeuvre de Monet (W67).
rosiers tiges à GivernyCet été-là, Monet peint avec ferveur malgré ses soucis personnels. Camille, sa concubine, va bientôt lui donner un fils, mais Adolphe Monet, le père de Claude, ne veut entendre parler ni de l'une ni de l'autre. De son côté la jeune femme a été rejetée par sa propre famille. Et Monet n'a pas le sou pour entretenir la mère et l'enfant.
Peut-être est-ce aussi pour cela que Jeanne-Marguerite tourne le dos. Monet ne veut pas penser aux femmes, à la sienne, il ne veut faire que peindre, et l'exercice de son talent lui procure une certaine exaltation. L'attitude du père de Monet sur l'autre tableau n'est pas moins significative. Tu peux peindre si tu veux, moi je lis le journal. Tes problèmes, je m'en moque.
Il faudrait que Claude puisse vendre ses toiles, mais son art ne séduit guère encore.
On est frappé, en suivant l'historique de Femme au jardin, ce chef-d'oeuvre aujourd'hui emblématique, par la modestie de ses débuts. Selon la tradition familiale, Monet l'aurait donné aux Lecadre. Lesquels l'auraient "échangé contre deux potiches avec un ami, M. Meunier, dans les années 1880". Roublard, l'ami... Vingt ans plus tard Monet n'est plus un inconnu, mais nul n'est prophète en son pays, et parfois pire, en sa famille.
Meunier le revend à un doreur-miroitier du Havre qui fait le commerce de tableaux : un Monet chez l'encadreur du coin... Et puis, Femme au jardin arrive dans les mains du marchand des impressionnistes, Paul Durand-Ruel, et part en 1899 pour la Russie.
Un dernier détail, qui nous ramène à Giverny : dans le coin droit du tableau on aperçoit les rosiers tiges s'élevant au-dessus d'un massif de géraniums que Monet a figuré à nouveau en place centrale sur le tableau avec son père, et comme motif principal de la toile suivante, Jardin en fleurs (W69). Monet aimait tellement ce massif qu'il l'a copié à Giverny, où on peut le voir juste sous les fenêtres de la chambre du peintre.


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