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Giverny News

Le Blog d'Ariane,

jeudi 30 septembre 2010

Onagre

Fleur d'onagre"Tout jardin est d'abord un massif de vocabulaire à déchiffrer".
C'est Christian Limousin, auteur d'essais sur Mirbeau, un grand ami de Monet, qui souligne "les complicités évidentes entre l'univers des mots et celui des jardins." Je n'irai pas dire le contraire.
Si Monet voyait le jardin en peintre, comme un paysage dont il commandait les couleurs, si d'autres se passionnent pour la géométrie du monde floral, si pour le jardinier les plantes sont avant tout des êtres vivants qui ont faim, qui ont soif, chaud, froid, qui naissent, grandissent, se reproduisent et meurent, c'est aussi par leurs noms que les fleurs exercent sur beaucoup d'humains une joyeuse fascination.
Voyez l'onagre, par exemple. Vous pensiez que cette bête-là était une espèce d'âne sauvage galopant librement dans les steppes de Mongolie ? Ou, si vous êtes versé dans l'histoire des armes, que c'était un genre de catapulte utilisé par les Romains ? Ce n'est pas faux. Mais l'onagre est aussi une fleur jaune qui pousse sur les talus caillouteux et que l'on peut inviter dans son jardin.
L'onagre a une floraison brève, mais renouvelée tout au long de l'été. Sa fleur s'ouvre en une minute, fait la belle le temps d'une soirée, et finit par pendre telle un petit mouchoir jaune égaré dans la nature. Elle est jolie quand même dans cet abandon, si bien qu'on peut en voir dans plusieurs massifs du jardin de Monet.
Les anglophones la nomment evening primrose, primevère du soir, et aussi suncup ou sundrop, tasse ou goutte de soleil, une jolie façon de rendre hommage à sa couleur éclatante. En allemand, c'est une Nachtkerzen, une bougie de la nuit.
Au Québec, selon un site sur la flore laurentienne, "les sables littoraux du bas Saint-Laurent et du golfe présentent souvent au coucher du soleil un admirable spectacle, au moment où les onagres, ces hiboux des fleurs, déploient leurs grands pétales d'or, et constellent la dune d'innombrables croix de Malte immobiles au bout des tiges purpurines."
Des ânes, et maintenant des hiboux ! Difficile à première vue de comprendre le lien entre les différents sens du mot onagre.
Le nom botanique de l'onagre est l'oenothera, construit sur la même racine grecque que l'oenologie, la science du vin : de quoi y perdre encore un peu plus son latin.
Quelques pistes qui valent ce qu'elles valent : tout dérive d'onagre, l'âne. La catapulte imite son coup de pied, sa ruade. La plante, et en particulier ses racines, serait mangée par les ânes, selon les uns. D'autres y voient des feuilles dont la forme rappelle les célèbres oreilles de ces charmants quadrupèdes.
Et peut-être bien que l'onagre, la plante, servait autrefois à parfumer le vin. Les Grecs ne renâclaient pas à des expériences originales.

vendredi 24 septembre 2010

Colchique nénuphar

Colchique nénupharCette fleur n'existait pas du temps de Monet, mais elle s'impose à Giverny ! Voici colchicum water lily, autrement dit le colchique nénuphar.
Tout le monde connaît, au moins en chanson, le colchique sauvage, cousin estival du crocus printanier, qui fleurit les prairies à la fin août. Amélioré par les horticulteurs, ce colchique simple a donné une jolie variété double dont la forme rappelle à s'y méprendre une fleur de nénuphar en miniature.
La couleur demeure celle du colchique, ce bleu lavande un peu fade, bien fait pour trancher sur le vert franc des pelouses ragaillardies par les dernières pluies. Et bien sûr il manque les feuilles des nymphéas, peut-être encore plus belles que leurs fleurs.
N'importe ! Dans les jardins de Monet, les colchiques disposés par groupes dans les carrés bien tondus du jardin de fleurs évoquent avec délicatesse les îlots de nénuphars qui flotte sur l'étang du jardin d'eau.
Ce n'est pas la seule des subtiles correspondances tissées entre ces deux jardins qu'apparemment tout oppose.

jeudi 23 septembre 2010

Métamorphose

Nénuphar à contre-jour, GivernySi Monet avait peint ses Nymphéas de cette couleur, personne n'aurait voulu le croire. Je veux dire croire que c'est vraiment ainsi qu'ils apparaissent parfois, dans la lumière de Giverny.
A contre-jour, le nénuphar se pare de tons étranges, des gris profonds, violacés, qui lui donnent un air métallique.
Ses feuilles perdent leur aspect végétal et deviennent des objets vaguement inquiétants, artificiels, qui semblent faits de plastique fondu ou de tissu gaufré.
Tout cela flotte, mais la vie n'a-t-elle pas déserté la plante en deuil ?
Pure illusion d'optique. Il suffit de se décaler un peu, et les nénuphars reprennent leur teinte verdâtre habituelle. Ils sont encore bien vivants, offrant leurs dernières fleurs aux rayons de l'automne. Pour les voir ouvertes et admirer leurs couronnes roses ou jaunes, il vaut mieux venir l'après-midi. Les matinées fraîches rendent le nénuphar paresseux, il prend son temps pour sortir de ses songes et desserrer l'étreinte dans laquelle, la veille au soir, il a clos ses pétales.

dimanche 19 septembre 2010

Matinée sur la Seine

Brume matinale sur la SeineTout autour de Giverny, le paysage garde la trace des vagabondages de Claude Monet.
Ses motifs sont partout, et frappent l'oeil à l'improviste.
La lumière si changeante est toujours la même depuis des siècles, le décor n'a guère varié non plus.
Dans la fraîcheur du petit matin, depuis le ponton des pêcheurs face à la collégiale de Vernon la vue rappelle les Matinées sur la Seine prises deux ou trois kilomètres en amont, au confluent de l'Epte et du fleuve.
Même végétation touffue sur laquelle se détache la masse incertaine de la brume matinale.
Paradoxe de cette humidité que ne mouille pas, de cette transparence qui devient opaque à distance, légère comme du tulle.
Plus tard le soleil se lèvera et teintera de rose l'haleine du fleuve, comme dans la série des Églises de Vernon.
Du tableau ou du motif, on ne sait ce qui est réminiscence de l'autre.
L'un et l'autre se répondent tant qu'ils donnent chacun une impression de déjà vu.

mercredi 15 septembre 2010

Fin d'été

Giverny, fin d'étéFin d'été à Giverny. C'est "un univers vivement coloré, mais sans profondeur, sans perspective, où l'air est raréfié (à peine une allée, un bout de ciel entr'aperçu) : la profusion, l'extraordinaire fourmillement floral (...) a comme mangé et bu tout l'espace."
Ces lignes sont extraites d'une passionnante étude de Christian Limousin intitulée "Monet au jardin des supplices", dans laquelle l'auteur étudie les connexions entre le jardin de Giverny et le livre d'Octave Mirbeau "Le jardin des supplices". Qui a inspiré l'autre, et comment les deux amis se sont-ils influencés réciproquement ? On ne saurait en décider, mais les correspondances sont troublantes.
Tranchant avec la vision habituelle d'un jardin édenique, petit coin de paradis sur terre, Mirbeau voit tout autre chose dans le jardin de Giverny. C'est "une métaphore" de l'oeuvre de Monet, et il faut, selon l'auteur, "aller au-delà de l'aspect lumineux et séduisant du premier abord pour accéder au fond de sauvagerie qui en constitue le coeur noir."
Métaphore de l'oeuvre, et projection de la personnalité de Monet. Une visiteuse me faisait judicieusement remarquer le contraste entre les allées droites et l'aspect "rebelle" des massifs, qu'elle comparaît aux contradictions entre le conformisme bourgeois de Monet et sa liberté artistique. Dans le jardin de fin d'été on peut voir tout le bouillonnement d'une nature et d'un caractère pleins de vigueur, d'ardeur créatrice, difficilement endigués par des cheminements aux tracés rectilignes de plus en plus envahis par la végétation.
Dans toute cette fougue, on pourrait déceler quelque chose qui se rapproche de la violence. Le promeneur est submergé par la vitalité des plantes qui l'environnent de toute part, dressant leurs fières corolles géantes loin au-dessus de sa tête, formant des murs denses, impénétrables, qui le cloisonnent et l'emprisonnent.
Emportée par cet élan végétal impressionnant, j'ai été bien surprise d'entendre une autre personne me confier qu'elle avait trouvé le jardin "fatigué". Elle aurait aimé le voir au printemps. Les couleurs lui paraissaient ternes.
Ternes ! Tous ces dahlias sanglants, ces soleils lumineux, ces sauges au bleu intense ! J'étais fascinée d'entendre exprimé ce ressenti à des années lumière du mien. Quelle pouvait bien être la cause de ce jugement si déprimé ?
Sans chercher à en percer le mystère, je garde de cette critique étonnante la petite fenêtre qu'elle ouvre sur la diversité de la nature humaine.
On ne ressent pas tous la même chose. Mais je vais continuer à être subjective, et m'extasier tout haut devant les personnes que je guide. Tant pis pour les ronchons.

dimanche 12 septembre 2010

Claude Monet ce mal connu

Claude Monet ce mal connu, par Jean-Pierre Hoschedé, éditions Cailler, Genève, 1960. Parmi les sources écrites dont on dispose à propos de Monet, les plus fiables sont celles rédigées à chaud : les lettres qu'il a adressées ou reçues, les factures et livres de comptes, les actes notariés, le journal tenu par son épouse Alice après la mort de sa fille Suzanne...
Les articles dont Monet fait l'objet de son vivant ne manquent pas d'intérêt, même s'il excelle dans l'art de façonner sa propre légende.
En complément à ces documents, et c'est tant mieux pour notre connaissance du peintre, plusieurs proches de Monet ont fait l'effort de rédiger un livre entier pour le faire connaître à leurs contemporains et à la postérité. Son critique et ami Gustave Geffroy devient son premier biographe, et Georges Clemenceau, Marc Elder ou Jean-Pierre Hoschedé fournissent des témoignages irremplaçables.
Certes ces livres sont écrits dans l'après coup, quelquefois à un âge avancé, ils constituent cependant des sources précieuses auxquelles puisent les historiens d'art.
J'ai lu tant de citations extraites du recueil de souvenirs du plus jeune des beaux-fils de Monet, Jean-Pierre Hoschedé, que je grillais de le découvrir in extenso. Malheureusement "Claude Monet ce mal connu", paru chez Cailler en Suisse en 1960 n'a pas été réédité, si bien qu'il m'a fallu l'aide de l'internet, un peu de chance et de patience pour le trouver enfin.
Je tiens le livre entre mes mains. Ou plutôt les livres, car, allez savoir pourquoi ? il est divisé en deux tomes. C'est un ouvrage broché où sont insérées des pages de photographies en noir et blanc, photos de famille surtout, d'oeuvres parfois.
En 1960 on vendait des livres non découpés, le coupe-papier était un objet pas encore tombé en désuétude.
La personne à qui a appartenu ce livre l'a lu, mais pas entièrement. Les découpes s'arrêtent à la page 152, vingt pages avant la fin. Le deuxième tome, qui concerne les grandes décorations des Nymphéas, ne l'a pas intéressée : il est intact.
Pas d'autres traces du premier propriétaire de l'ouvrage qui en a sans doute parcouru les lignes il y a tout juste un demi-siècle. Je les dévore à mon tour, et j'y trouve un éclairage sur Monet en général largement diffusé entre-temps, mais parfois inattendu.
Derrière ce portrait du peintre esquissé par Jean-Pierre Hoschedé, se dessine en creux un portrait de la personnalité de l'auteur lui-même, attachant dans sa piété filiale, agaçant pour la même raison.
Enfin, dans le pointillé des citations retrouvées ici et là se devine aussi la subjectivité des auteurs de livres sur Monet, qui ont retenu tel détail et laissé de côté tel autre.
Je ferai de même prochainement, en essayant de choisir des précisions inédites. Mais peut-être qu'elles ne le seront pas, peut-être que j'aurai oublié avoir déjà lu cela quelque part dans la littérature secondaire.
Subjectivité, mémoire, oubli... L'enquête historique est un art difficile où l'on se heurte sans cesse à ces trois-là, en l'occurrence subjectivité, mémoire, oubli de Monet lui-même, de ses proches, des témoins de son temps, des auteurs postérieurs... Et l'on est inévitablement en prise aussi avec sa propre subjectivité, sa propre mémoire, son propre oubli. Ce n'est qu'avec prudence, après recoupement, que l'on peut établir des faits, même en se fondant sur les meilleures sources. Jean-Pierre Hoschedé lui-même, si sincère dans sa volonté de rétablir la vérité sur Monet, si proche du peintre, n'évite pas certaines erreurs non plus.

samedi 11 septembre 2010

Vandrimare

Jardin de VandrimareA environ 45 minutes de Giverny en direction de Rouen, le château de Vandrimare est entouré d'un parc dessiné sous le 1er Empire.
Ses arbres deux fois centenaires, parmi lesquels le plus vieux et plus grand magnolia d'Europe justifieraient déjà son titre de "jardin remarquable". Mais l'intérêt ne s'arrête pas là.
Sous les frondaisons a été aménagé un jardin contemporain voué aux cinq sens.
Des chambres de verdure proposent des collections de vivaces colorées.
On chemine à travers le jardin des baies, on médite sous la pergola du cloître aux herbes aromatiques, on joue à se perdre dans le labyrinthe de charmilles où les araignées tissent des cloisons supplémentaires, on tourne dans les bosquets du mouvement perpétuel à la recherche de la lumière, on pénètre en catimini dans l'orangerie et la serre, fort anciennes, on lorgne sur le verger typiquement normand, on guette les grenouilles au bord du bassin...
Partout des odeurs étonnantes, des plantes rares, des arbustes jamais vus... Cinq mille végétaux différents paraît-il on été acclimatés dans ce jardin, à découvrir dans la grande paix d'un parc de six hectares qui, cet après-midi, n'était guère envahi de promeneurs.

mercredi 8 septembre 2010

Jardin de contrastes

Gouttes sur gauraUn des plaisirs du jardin est de créer des contrastes.
Je ne veux pas parler ici du contraste évident qui règne entre le jardin d'eau et le jardin de fleurs de Claude Monet à Giverny, mais de celui, très raffiné, qui s'observe à l'intérieur même du clos normand.
Les massifs fleuris imaginés par le peintre s'alignent sur un hectare, et pourtant il n'en y en a pas deux pareils. Leurs disparités ne sont jamais aussi marquées qu'en fin d'été.
Les contrastes reposent sur les couleurs, bien sûr, les parterres monochromes ou au contraire multicolores alternent avec ceux où s'harmonise une gamme de couleurs resserrée, chaude ou froide.
Monet jouait aussi du contraste entre les carrés d'une même variété de fleurs et les parterres qui en mêlent un grand nombre de formes, de textures et de hauteurs différentes.
La taille des tiges entre en jeu elle aussi, depuis les géraniums au ras du sol jusqu'aux soleils géants, qui se dressent fièrement à trois ou quatre mètres de haut.
Enfin, les massifs s'opposent par leur densité, certains épais comme des murs, d'autres à la légèreté subtile de prairie.
Le côté naturel de ces derniers est obtenu avec des fleurs de culture, et c'est du grand art. Regardez comment les gauras se courbent sous le poids de leur collier de gouttes, offrant leurs lignes gracieuses en contrepoint aux amarantoïdes, ces petites boules de peluche rose qui font penser au trèfle, aux verveines, aux sauges, aux mauves, aux glaïeuls, aux mini rosiers...
En cuisine, ce serait une délicate mousse fruitée à la fin d'un repas roboratif. L'oeil se repose un instant, volette comme un papillon parmi toute cette finesse, avant de retourner se poser un peu plus loin sur un parterre aux masses denses et aux couleurs intenses.
Le contraste, source d'équilibre et d'harmonie.

jeudi 2 septembre 2010

Verbena bonariensis

Verbena bonariensisTout l'été fleurit la verveine. Celle-ci porte le doux nom de verbena bonariensis.
En cette rentrée des classes, n'allez pas croire qu'il s'agit d'une sorte de cancre, une variété de verveine bonne à rien comparée à la verveine officinale qui serait bonne à tout, première de la classe des utilisations médicinales et magiques.
C'est ce que je m'étais imaginé la première fois que j'ai entendu son nom. Mais la réalité est plus prosaïque. Un cours de latin, de géo et de botanique plus tard, la verbena bonariensis était redevenue la verveine de Buenos Aires. (C'est sans doute de là qu'on a dû la rapporter pour la première fois, car elle fleurit un peu partout sur le continent sud-américain.)
Il y a pourtant un peu de vrai dans cette image de bonne à rien. Regardez-la. Isolée, avec ses petites touffes de fleurettes pâlichonnes tout au bout de grandes tiges ligneuses, son port dégingandé de grande bringue maigrichonne, on hésite. Cette chose dans mon jardin, vraiment ? Pour quoi faire ?
Tout son charme tient à ça, justement. La verveine de Buenos Aires est une bonne copine. Une fois entourée d'autres fleurs plus gâtées par la nature, elle excelle à alléger les masses compactes, à architecturer les massifs un peu mous, à donner du flou aux floraisons trop denses.
Les jardiniers l'adorent, parce qu'elle est sans souci. Elle pousse toute seule, elle résiste à tout, et, providence des étourdis, elle se ressème comme une grande, sans l'aide de personne.
Si vous copiez sur vos voisins qui l'ont déjà adoptée, ça vous laissera le temps de profiter de la récré.


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Ariane.

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