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Giverny News

Le Blog d'Ariane,

samedi 31 juillet 2010

La couleur de l'eau

Nymphéas dans le doré Comme la peinture, le cadrage photographique soustrait l'environnement du motif à la vue pour ne conserver qu'une petite portion subjective du décor.
L'oeil qui, dans le paysage, éprouve des difficultés à faire abstraction de la globalité et à se focaliser sur un endroit précis, se voit contraint d'oublier tout le reste.
Comme la peinture, la photo révèle ce qui se donnait à voir.
Prenez la couleur de l'eau, par exemple. Un jour de beau temps, difficile de ne pas s'imaginer qu'elle est bleue. Dans tous les espaces dégagés comme la mer, l'eau s'offre en miroir du ciel.
Il en va autrement dans le bassin de Claude Monet à Giverny. Les grands arbres qui l'entourent se reflètent à la surface, et la variété des couleurs de leurs feuillages est multipliée par les différents effets de lumière de la journée.
Il en résulte une infinité de colorations possibles autour des nymphéas, qui peuvent baigner dans le bleu, l'argenté, le noir, le gris, le vert émeraude, le roux, le jaune... et même dans cet étrange vert doré des branches de saule en plein soleil.
Un motif en vérité si changeant qu'il méritait bien l'infinie patience de Monet à le représenter encore et encore, dans ses déclinaisons de tons les plus spectaculaires ou les plus douces.

jeudi 29 juillet 2010

Patineur de bassin

Gerris, araignée d'eauA cause de ses pattes effilées, le Gerris est couramment appelé araignée d'eau. Des esprits plus observateurs ont remarqué qu'il n'avait que six pattes, et l'ont plus justement nommé patineur. Pour les anglophones, c'est un très romantique pond skater, un patineur de bassin.
En ce moment les Gerris vivent leur vie à la surface du bassin aux nymphéas de Claude Monet, et la plupart des visiteurs de Giverny ne leur prêtent pas la moindre attention.
Cependant, s'ils s'arrêtaient un instant pour contempler leur danse, ils auraient lieu d'être étonnés.
Car le Gerris semble défier les lois de la physique les plus évidentes, tout en s'appuyant sur d'autres, plus méconnues bien qu'elles fassent partie de nos expériences quotidiennes.
D'un mouvement brusque et saccadé qui rappelle vaguement celui de la brasse, le Gerris avance à la surface, et provoque à lui tout seul des ondes circulaires si nombreuses qu'elles en arrivent à troubler les reflets de l'étang.
Comme les oiseaux qui volent dans le ciel ou les mouches qui déambulent au plafond, le Gerris, l'air de rien, réalise sous nos yeux ébahis ce prodige dont nous sommes bien incapables, hommes de peu de foi que nous sommes : marcher sur l'eau.
C'est que, au royaume de la pesanteur, il ne joue pas dans la même cour que nous.
A notre échelle, il ne pèse rien. Mais à la sienne, il a un poids, bien sûr, assez lourd pour creuser la surface sous ses pattes, assez léger pour ne pas s'y enfoncer, grâce à la tension superficielle.
Ah ! qu'il nous est difficile de ressentir cette force de cohésion de l'eau, si fine, si légère ! Mais ses effets nous entourent. C'est elle qui arrondit les gouttes d'eau au lieu de les laisser s'étaler et se disperser partout, elle qui les retient accrochées sous la rambarde, elle qui permet de former des bulles de savon.
Les molécules d'eau, comme aimantées les unes aux autres, agissent à la manière d'un film à la surface du bassin. La faible pression exercée par le poids du Gerris ne suffit pas à percer le film.
Et cela n'a rien à voir avec le fait de flotter ou non. Pour subir la poussée d'Archimède, il faut être immergé dans le liquide. Le Gerris, avec ses pattes waterproof super-hydrophobes, en plus de marcher sur l'eau, il est fichu de garder les pieds au sec.

mardi 27 juillet 2010

Emporté par la foule

feuilles de bambou et de nymphéasLa catastrophe de Duisbourg vient de douloureusement remettre en lumière l'ambivalence humaine face à la foule. Qui saurait résister à l'attraction qu'exerce un rassemblement de plusieurs centaines de milliers de personnes ? Si tant de gens se pressent là, c'est qu'il s'y passe quelque chose de bon pour moi ! raisonne obscurément un coin reculé de notre cerveau.
Il y a une espèce de joie animale, grégaire, à se frotter à nos congénères agglutinés, qu'on retrouve dans la chanson de Piaf.
Les chroniqueurs du 19e siècle qui décrivent l'affluence au Salon emploient cette expression : "on se portait", image d'une foule si dense que les pieds ne touchent plus le sol. Zola a des accents semblables pour raconter les grandes ventes du blanc dans Au bonheur des dames.
Et en même temps, qui n'a jamais éprouvé une angoisse soudaine en réalisant que sa liberté de mouvement se trouvait entravée par la présence physique des autres, que ce soit dans les bouchons ou au milieu d'un attroupement ? L'angoisse de l'étouffement peut pousser à faire n'importe quoi d'irrationnel, juste pour sortir de là.
La même ambivalence s'exerce parmi les visiteurs de Giverny. Ils veulent à tout prix venir, parce que tout le monde leur a dit que c'était bien, parce que c'est si célèbre, un truc qu'il faut avoir vu. Et à peine sont-ils là, qu'ils s'aperçoivent que pas mal d'autres personnes ont eu la même idée.
Leurs sentiments sont alors très mêlés. La présence des autres est une sorte de gage qu'ils ont bien fait de venir, mais en même temps ils souhaiteraient jouir du lieu en solitaire. Si l'affluence est trop grande, s'exprime de la déception, une forte frustration qui va parfois jusqu'à la colère.
Et vous, aimez-vous les bains de foule ? Les aimiez-vous à vingt ans ?
J'ai passé un week-end de grande inquiétude, sans nouvelles de mon fils qui séjourne à Duisbourg cet été. Heureusement, il n'est resté que cinq minutes à la Love Parade, parce que, Dieu soit loué, il n'aime pas beaucoup la musique techno.

vendredi 16 juillet 2010

L'entrée du temple

Portique d'entrée au jardin d'eau, GivernyAu début du mois de juillet, le rosier qui couvre l'arceau à l'entrée du jardin d'eau de Claude Monet est en pleine floraison.
C'est la porte du jardin, un effet renforcé par les deux grands frênes qui montent la garde de l'autre côté du petit pont.
Est-ce la proximité des bambous, qui donne à ce coin du jardin un petit air asiatique ? Pour la visiteuse japonaise que j'accompagne, une image s'impose :

- On dirait l'entrée d'un temple shinto, dit-elle.

L'arceau couvert de roses lui évoque un torii, ce portique rouge aux bords relevés qui sépare le monde des hommes du domaine sacré.

jeudi 15 juillet 2010

Ignorance avouée

Achillée, GivernyLa question surgit, inattendue, et vous laisse sans voix. C'est un point de détail que vous avez oublié, ou une interrogation que vous partagez mais à laquelle vous n'avez vous-même pas encore trouvé de réponse. Comment avouer que vous ne savez pas ?
Quand j'ai débuté, j'étais anxieuse à l'idée d'être placée dans cette situation embarrassante, d'autant plus que les questions ne cessaient de me surprendre. Depuis, j'en ai entendu des milliers, et à Giverny j'en viens presque à souhaiter de nouveaux questionnements.
Sur les autres sites, ce n'est pas encore le cas. Quand la question à mille euros tombe, me voilà donc face à mon ignorance, et face à mon client. Que faire ?
C'est un sujet qui revient souvent dans les discussions entre guides. Et chacun a sa façon de traiter la question, selon sa personnalité.
La plus simple, la plus honnête, est de reconnaître qu'on ne sait pas. On peut le faire avec un brin de contrition, ou avec superbe, d'un "alors là, aucune idée !" définitif qui balaie la question d'un revers de manche.
On peut aussi réfléchir tout haut, tenter de cerner la réponse en rassemblant des bribes d'informations. "Quelle différence d'âge y avait-il entre Alice et Monet ?" me lance dans des calculs compliqués. En général, le questionneur est vite gêné de vous donner tant de mal, la réponse ne lui importait pas tant que ça.
Mais certains guides répugnent à dire je ne sais pas, comme si leur crédibilité devait s'en trouver affectée. Plus ou moins sans s'en rendre compte, les voilà qui inventent une réponse satisfaisante.
Tous les parents font cela aussi, n'est-ce pas ? Et en général cela n'a aucune importance, car la question elle-même n'en avait pas. "Il y a combien de jardiniers aujourd'hui dans les jardins de Monet ?" Dame, qu'ils soient 8 ou 10 ou 12, qu'est-ce que cela change ?
A Giverny, le nom des fleurs est le piège favori des visiteurs. Certains on un talent spécial pour vous dénicher les plus inconnues au bataillon, espérant, supposant que vous saurez non seulement les identifier, mais encore les nommer dans leur langue. "Il y a 4000 sortes de fleurs différentes dans ces jardins, c'est mon excuse pour ne pas les connaître toutes !" me paraît une justification suffisante.
Une guide citadine m'a raconté qu'elle préfère prendre les devants, annoncer tout de suite qu'elle n'y connaît rien en plantes et que ce n'est pas la peine de lui demander quoi que ce soit. Après avoir ainsi botté en touche en brandissant avec panache son mépris pour le monde végétal, elle embraie sur l'impressionnisme, la vie de Monet, et la visite se passe très bien.
Cela peut être frustrant pour les visiteurs aux mains vertes, mais pas pour tous. Certains ont une aversion totale pour la botanique. "Je craignais que la visite guidée consiste à nous donner les noms de chaque fleur !" m'a dit un jour une dame avec soulagement.
Enfin, il reste les solutions radicales. Une amie parisienne qui guide au Louvre, un endroit où il est tout bonnement impossible de tout savoir, et où la visite est soumise à des contraintes horaires, m'a fait rire en me confiant qu'elle serait tentée de déclarer abruptement : "les questions ne sont pas comprises dans la visite !" Surprenant de la part d'une personne douce et chaleureuse ! Mais si c'est pour s'entendre demander combien ça vaut, un tableau comme ça, voilà une posture à laquelle on ne peut manquer de souscrire...

dimanche 11 juillet 2010

Histoires d'objets

Histoires d'objets, regards croisés sur le patrimoine mobilier de l'Eure, Silvana EditorialeD'un bout à l'autre de ses 374 pages, ce gros livre consacré aux merveilles disséminées un peu partout dans les églises ou les édifices publics de l'Eure est un régal.
L'intrigante photo de couverture n'est pas celle d'une gargouille. Elle avait déjà servi d'affiche à une expo, et je me demandais bien ce que signifiaient ces espèces de tuyaux sortant de la gueule de la bête. La réponse se trouve, bien entendu, dans un des chapitres du livre, celui consacré aux superbes statues gothiques de la collégiale d'Ecouis.
Le dragon est en train d'avaler sainte Marguerite, et ce sont les plis de sa robe, magnifiquement ciselés, que l'on voit disparaître dans la gueule du monstre, tandis que la sainte, orante, jaillit de son dos dans le même temps.
Un des mérites de l'ouvrage est de prendre le temps de présenter vraiment les objets, souvent illustrés par plusieurs grandes photos, angles différents, détails. Le commentaire approfondi, signé par deux conservatrices, Valérie Péché et Sylvie Leprince, d'une grande clarté et d'une richesse informative passionnante, m'a captivée !
Le livre n'a rien d'un catalogue d'objets classés. Les auteurs ont choisi de ne présenter qu'une sélection d'oeuvres, toutes intéressantes, significatives, et situées dans l'Eure. C'est en effet le Conseil général qui est à l'origine du projet.
Du vitrail à la peinture d'histoire, des albâtres aux cloches de Corneville, dix-neuf thématiques ont été retenues. Elles brossent un tout petit aperçu de l'immense patrimoine du département, qui figure parmi les dix premiers de France en nombre d'objets classés ou inscrits monuments historiques, plus de 3000 au total.
Cette frénésie de classement apparaissait déjà au niveau des paysages, on la retrouve dans le mobilier. Je ne sais s'il y a ou non un rapport.
Les auteurs ont habilement choisi des oeuvres très connues, telles que la châsse Saint-Taurin, ou des artistes dont le nom est familier, comme François Décorchemont, et d'autres qui le sont beaucoup moins. On se promène un peu partout dans le département, et de préférence dans les petites communes. La plupart des objets sont visibles, motivations supplémentaires pour des balades de découvertes à deux pas de Giverny !
J'ai ainsi eu la surprise de remarquer enfin une oeuvre de Quentin Varin dans un recoin de la collégiale des Andelys, où pourtant je guide, après avoir lu une analyse détaillée du tableau... Le livre aide à voir, mais aussi à comprendre, et à ce titre il n'est pas indispensable d'envisager une visite dans le coin pour l'apprécier.
Enfin, cerise sur le gâteau, le grand peintre Gérard Garouste, qui habite l'Eure, a contribué à l'ouvrage en mettant en mots son ressenti face aux objets présentés, d'où le titre, regards croisés.

Histoires d'objets, regards croisés sur le patrimoine mobilier de l'Eure, Silvana Editoriale, 38 euros

samedi 3 juillet 2010

Bébé à la campagne

Enfant magazineJ'ai été, il y a quelques années, une fidèle lectrice d'Enfant Magazine. Aussi n'est-ce pas sans nostalgie que j'ai parcouru l'exemplaire que m'a gentiment adressé la journaliste Agnès Barboux.
Au mois d'avril, Agnès m'a téléphoné. Elle préparait un papier sur une journée à la campagne avec un enfant de zéro à quatre ans, et elle avait déjà pensé à toute une liste de conseils à donner aux jeunes parents, de la pharmacie d'urgence à la check list de la voiture. Il ne lui manquait que quelques suggestions sur ce qu'on peut faire dans la nature, ce qui n'est pas facile à imaginer quand on est citadine jusqu'au bout des ongles !
C'est grâce à la rubrique "une journée à la campagne" qu'Agnès est tombée sur mon blog.
L'article devait paraître dans le numéro de juillet. J'ai réuni mari et enfants pour un brainstorming improvisé. Voici le résultat de nos cogitations. Vous lirez dans Enfant magazine comment Agnès s'en est inspirée pour son papier, et j'espère que cette énumération vous rappellera à vous aussi de bons souvenirs.

Petites choses à faire avec des petits en balade à la campagne :

Dans les chemins :

- laisser une coccinelle courir sur la main de l'enfant pour sentir ses chatouillis, comme la bêbête qui monte ! On dit que les points représentent l'âge de la coccinelle, c'est faux mais c'est amusant de les compter.

- avec un bouton de coquelicot, on fait une petite danseuse : on ouvre le bouton et on écarte les pétales. Au milieu, le pistil et les étamines, tout noirs, feront la tête, il ne reste qu'à rabattre les pétales en forme de jupe. Le bouton réserve des surprises car les pétales ne sont pas toujours écarlates, certains sont roses, chaque petite danseuse a sa personnalité.

- Observer les différentes étapes de l'évolution du coquelicot : d'abord bouton, puis ouverture de la fleur, puis perte des pétales...

- regarder l'immensité d'un champ de blé, qui s'étend jusqu'à l'infini pour produire la farine dont on fera le pain et les gâteaux !

- Faire un bouquet avec des fleurs de pissenlits en graines, souffler dessus très fort et regarder le vent emporter les petits parachutes.

- se rouler dans l'herbe dans une pente (avec des vêtements à toute épreuve !) Vérifier d'abord que l'herbe est bien sèche.

- regarder le paysage au loin avec des jumelles.

- observer les fourmis en train de transporter des feuilles ou de la nourriture vers la fourmilière.

- reconnaître les hirondelles qui sillonnent le ciel, elles ont le ventre blanc et la queue en V. Si elles volent haut dans le ciel, il fera beau demain !

- Regarder le coucher de soleil, puis les étoiles.

Dans les bois :

-construire une cabane en rassemblant des branches mortes autour d'un arbre. La photo souvenir de tous les trappeurs devant la porte de la cabane s'impose !

- Regarder les bébés arbres pousser sous les chênes, et comparer avec l'arbre adulte à côté. Un jour, le petit arbre sera aussi grand que le grand !

- s'il a plu, chercher des traces d'animaux. On peut essayer d'identifier les empreintes avec un livre.

Au bord d'un ruisseau :

- Fabriquer des radeaux avec des petites branches de bois mort longues comme le doigt, attachées avec des élastiques (ou de simples coquilles de noix). Les regarder descendre le courant, prendre de la vitesse, se coincer, repartir... est tout à fait captivant !

- remonter jusqu'à une source et regarder l'eau sortir de la terre.

- chercher des beaux cailloux à collectionner.

- guetter les libellules et les papillons.

- au bord d'un lac, faire des ricochets avec des pierres plates.

- pique-niquer, bien sûr !


Copyright :

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Ariane.

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