giverny

Giverny News

Le Blog d'Ariane,

mercredi 30 juin 2010

Les fidèles de Giverny

Nymphéas et carpe sous les saules, GivernyLa chaleur caniculaire des derniers jours vide le Clos normand de tous ses visiteurs. Le jardin de fleurs de Monet, en plein soleil, est bien trop chaud pour qu'on ait envie d'y rester, alors qu'il fait bon au bord de l'étang aux Nymphéas, à l'ombre des grands arbres.
Concentrés dans la moitié du jardin, les visiteurs s'étonnent de se retrouver si nombreux. Ils questionnent sur la fréquentation, n'en reviennent pas des 480 000 visiteurs en sept mois, et se posent inévitablement la question : qu'est-ce qui fait venir tout ce monde à Giverny ?
Les raisons de l'affluence tiennent à une multiplicité de facteurs qui, pris isolément, ne suffiraient pas à l'expliquer, mais qui se conjuguent tant et si bien que la visite des jardins de Monet devient incontournable.
La plus évidente, qui attire les voisins, les Franciliens et les Normands, est toute simple : le clos normand et le bassin aux Nymphéas sont de magnifiques jardins. C'est un but de promenade consensuel, qui plaît à tout âge. Même si on est déjà venu, on y revient avec plaisir.
Les férus de jardinage, pour leur part, sont attirés par les plantations, les variétés originales, l'organisation des massifs. Peu d'entre eux, pourtant, savent que le jardin est en lui-même une oeuvre impressionniste composée par Claude Monet.
Mais de beaux jardins, il y en a beaucoup d'autres. Ceux-ci jouissent d'une notoriété sans pareille grâce aux meilleurs des ambassadeurs, les tableaux que Monet en a fait . Quand on a vu ses Nymphéas, si on apprend que leur modèle existe toujours et se visite, on a envie de le voir en vrai.
Avoir été le motif obsessionnel des toiles de Monet donne à la visite du jardin du peintre une coloration culturelle, propre à séduire les particuliers comme les organisateurs de voyages. Percera-t-on, au bord du bassin de Monet, le secret des Nymphéas ?
Dans le même registre, les fidèles qui font le pèlerinage à Giverny, selon le mot de Gérald van der Kemp, viennent découvrir un lieu de mémoire. Plongeon dans le 19e siècle, dans le quotidien familier du peintre... Dans la maison, tout est tellement identique à l'époque du maître qu'on croirait presque entendre les pas de Monet, rentrant déjeuner à l'appel de l'horloge du salon.

C'est peut-être cela, au fond, le mystère de Giverny, un lieu à la beauté inépuisable, un jardin qui a une âme.

jeudi 24 juin 2010

Belles à croquer

HémérocallesCette année, j'ai goûté les hémérocalles. L'an dernier, j'avais appris qu'elles étaient comestibles juste un peu trop tard. Le temps que je me décide et elles étaient toutes fanées. Cette fois-ci, donc, j'ai guetté leur floraison de l'oeil dont le jardinier couve ses salades, avec une gourmandise anticipée.
Celles qui ourlent somptueusement la rivière à Giverny ne me tentent pas. Je les regarde s'épanouir et défleurir sans l'ombre d'un regret : le jardin de Monet n'a rien d'un jardin bio. Mais dans le mien, le temps de la récolte est venu, une récolte amusante, pour laquelle il n'est pas besoin de se baisser.
Mon informatrice avait comparé le goût de l'hémérocalle à de la laitue iceberg. Le mieux, pour se rendre compte, était de les servir ensemble. Sur un lit de ladite laitue, en compagnie d'oeufs mimosa, l'hémérocalle flashe dans l'assiette de tout son orange lumineux, de toute sa grâce insolite.
Va-t-on oser la déguster ? Porter la fourchette et le couteau, les dents sur une fleur a quelque chose de sacrilège. On a le sentiment d'enfreindre une règle, celle qui veut que les fleurs sont faites pour être regardées seulement. On se lance, avec cette arrière-pensée héritée des champignons, est-ce vraiment comestible et sans danger ?
La texture croquante rappelle en effet la laitue, mais le goût est plus fin, un peu sucré. Rien à voir avec le piquant des capucines.
Va-t-on en reprendre ? Je crois que non, elles sont tout de même plus sympa à admirer dans le jardin. Même pas envie d'essayer les intéressantes recettes d'hémérocalles farcies trouvées sur le net.
Mais je m'amuse, maintenant, à surprendre les visiteurs de Giverny que je guide : vous savez que ça se mange ? c'est croquant et doux comme de la laitue iceberg ! Ils me regardent avec étonnement. Peut-être que dans quelques jours, c'est ce détail, cette envie d'expérience sensorielle qui leur restera de leur visite à Giverny, plutôt que les rebondissements dans la vie de Claude Monet.

mercredi 23 juin 2010

La roseraie de Giverny

GivernyAu temps des roses, le jardin de Claude Monet devient une roseraie. Partout, elles s'enroulent à des trépieds, pendent aux arceaux, forment des arbres, courent sur la pergola, s'alignent sur la clôture, s'élancent à l'assaut des saules, ou bien se nichent, opulentes ou minuscules, dans les massifs.
A toutes ces formes différentes, rosiers grimpants, lianes, buissons, tiges, nains, pleureurs, s'ajoutent les multiples apparences de la fleur, simple, double, chiffonnée à l'ancienne ou superbement ourlée. Le tout décliné dans un festival de couleurs somptueuses, du blanc au violet, du jaune au vermillon.
La capacité du rosier à prendre de multiples apparences n'a d'égale que celle du jardin lui-même à se métamorphoser.
En avril, c'était un champ de tulipes. En mai, une prairie superbement fleurie. En juin, le voilà devenu roseraie.
C'est le moment où le clos normand dans toute sa gloire se montre généreux, quand les roses débordent des clôtures et s'offrent à la vue des passants, et que le vent porte au loin leurs effluves délicats et puissants.
Et puis, dès que les rosiers seront défleuris, d'ici quelques semaines, on oubliera les roses. Leurs feuillages se fondront dans le décor, en contrepoint vert aux fleurs d'été, les belles géantes estivales qui feront leur entrée en scène.

lundi 21 juin 2010

Liseron

LiseronPris sur le fait en plein élan, le boa constrictor des plantes est à l'oeuvre. La tige du liseron s'est enroulée autour de l'iris et continue sa course vers la feuille qui le surplombe.
Ravi d'avoir trouvé un endroit où s'accrocher, le liseron se prépare à s'y entortiller, pour mieux poursuivre son chemin. Où s'arrêtera-t-il ?
Au début, le liseron n'a pas l'air bien méchant, avec sa tige en bout de ficelle de rien du tout. Pour un peu, on l'inviterait dans le jardin, séduit par le charme de ses fleurettes en coupelles blanches et roses. Mais ses feuilles en forme de flèche devraient inciter à la méfiance. Le liseron a des intentions conquérantes. Et il est rapide.
Sous ses allures chétives cette vivace cache une vigueur d'athlète, des ruses infinies pour s'étendre, une détermination sans faille.
Sa tige, comme un tête chercheuse, bat les alentours en quête d'un point d'appui. Quand elle en rencontre un, malheur ! Elle s'y emberlificote à plaisir, trouvant dans les autres plantes le maintien ligneux qui lui fait défaut. Et que je te serre, et que je t'enserre, mieux qu'avec des serres.
Sous ce garrot, la brave plante qui a accueilli le liseron chancelle. Est-ce ainsi qu'on la remercie de son hospitalité ? Elle subit, la pauvre, de toute la passivité des créatures du règne végétal, dépourvues de bras pour repousser, de dents pour mordre, de jambes pour flanquer des coups de pieds, et même de voix pour crier leur colère. Les plantes souffrent en silence. Leur détresse est muette, sauf à les observer d'un peu près.
Et des observateurs, ce n'est pas ce qui manque dans les jardins de Monet. "Vous avez du liseron ?" s'enquièrent les visiteurs, qui ne tardent pas à s'apercevoir que oui.
Ils s'imaginaient sans doute que par quelque merveille due au professionnalisme des jardiniers de Giverny, à leur vigilance sans faille, le liseron aurait disparu du jardin de Monet, en même temps que les pucerons, les limaces et les escargots.
Cela ne se peut, n'est-ce pas. Même le paradis a son serpent.

jeudi 17 juin 2010

Sous les roses

rose à GivernyA Giverny, quand il a plu, les roses grimpantes ont l'air de s'égoutter, tête à l'envers, comme des verres après la vaisselle.
C'est tout le jardin repu, soif étanchée, qui s'assèche, dans une satisfaction presque palpable.
L'air humide se gorge de senteurs fraîches.
Dans l'allée des clématites, les roses ont succédé aux rideaux de dentelle aériens, tout juste défleuris.
A l'étage en-dessous, elles s'étirent sur des supports à peine inclinés, à la façon de stores tendus pour tamiser les rayons du soleil. Leurs bouquets de couleurs tendres font oublier les lianes sarmenteuses des clématites, dépourvues de charme désormais.
Dans le jardin de Claude Monet, c'est le temps des pavots, des hémérocalles, des alliums encore.
Les jardiniers travaillent dur pour installer les fleurs d'été, encore frêles, qui prendront bientôt de l'ampleur. C'est le moment de venir à Giverny pour y puiser des idées sur la façon de composer des massifs impressionnistes, avant de les adapter à son propre jardin.

mercredi 16 juin 2010

Vue du premier atelier

Premier atelier de Monet à GivernyComme un tableau plus grand que les autres, la fenêtre du premier atelier de Monet découpe un coin de son jardin de Giverny.
Sous le rideau de la vigne vierge apparaissent à l'arrière plan les murs couverts de végétation du deuxième atelier.
Devant, la tache violette du rosier "lavender dream" fait vibrer tout ce vert, en écho aux floraisons de la petite roseraie sur la droite.
A gauche, la grappe blanche de l'eremurus apporte son accent vertical.
Tout est prêt. Le paysage a pris la pose pour se faire peindre.
Jusqu'aux lignes des carreaux qui dessinent un quadrillage pour faciliter le travail de l'artiste...

jeudi 10 juin 2010

La Seine au fil des peintres

La Seine au fil des peintres de Boudin à Vallotton, Musée de Vernon, François Lespinasse, éditions points de vues 2010
Déjeuner au bord de la Seine, Gaston Balande, 1914 huile sur toile 140 x 160 cm, Association des Amis du Petit Palais, Genève

Tout comme le musée des impressionnismes de Giverny, le musée de Vernon célèbre jusqu'au 25 juillet la Seine, telle qu'elle a été représentée par les peintres impressionnistes et leurs successeurs.
La belle expo qui investit la plupart des salles du musée nous entraîne tout au long du fleuve, de Mantes-la-Jolie jusqu'au Havre.
Chaque salle est dédiée à une portion du parcours, ce qui permet de faire dialoguer les peintres qui se sont attachés à rendre les mêmes paysages.
Les deux Monet des collections permanentes du musée de Vernon n'ont pas été intégrés à l'exposition à proprement parler, puisqu'ils ne représentent pas le fleuve, mais une vue de Nymphéas et une autre de la côte normande. Rien n'empêche d'aller les admirer en même temps, bien entendu ! En revanche les deux Bonnard y figurent, aux côtés d'oeuvres de Signac, de Vallotton et de Boudin.
Mais, si l'expo de Vernon présente quelques noms célèbres, elle vaut surtout pour les peintres qui le sont moins. Beaucoup d'artistes très talentueux sont restés méconnus tant les plus grands de leur époque leur ont fait de l'ombre. Il devait être bien difficile d'être un peintre contemporain de Monet, de Renoir ou de Cézanne !
L'expo propose donc de belles découvertes hors des sentiers battus, pourrait-on dire. L'oeuvre de Balande choisie pour illustrer l'exposition, par exemple, est merveilleuse de fraîcheur. C'est un hymne aux belles journées d'été au bord de l'eau, presque une publicité pour tous les plaisirs qu'elles offrent. Cette image d'insouciante félicité date de 1914, et rien n'y laisse présager l'horreur imminente...
Le catalogue de l'exposition, rédigé par François Lespinasse, spécialiste de l'école de Rouen, propose de précieuses notices biographiques sur des peintres encore peu documentés, ce qui en fait un ouvrage de référence.

samedi 5 juin 2010

Pivoine

Pivoine en boutonTous les amoureux des pivoines l'ont noté, ces fleurs magnifiques attirent les fourmis, au point qu'une visiteuse de Giverny m'a raconté qu'enfant, ignorant leur nom, elle les appelait des fleurs à fourmi.
A partir de cette observation, chacun y va de son hypothèse pour expliquer l'appétence singulière des petites bêtes pour les grosses fleurs.
Elle les mangent ! s'indignent les uns. Elles y élèvent des pucerons ! paniquent les autres.
Point du tout.
Les yeux les plus affûtés auront remarqué les gouttes qui perlent sur les bourgeons tout gonflés des pivoines. Ce n'est ni un reste d'arrosage ni un reliquat de rosée, mais une sorte de sève que sécrète la pivoine avant de s'ouvrir.
Je n'ai pas encore osé goûter, mais il paraît que ces gouttes ont la saveur du sirop. Vous imaginez, par rapport à la taille d'une fourmi ? Une montagne de délices ! De quoi les faire accourir de loin !
Elles arrivent donc, en rangs serrés, comme les enfants à la fête foraine au stand des guimauves et des nougats. Et de se repaître de sucre, mmmm !
Seulement, il leur faut se dépêcher. Avec la chaleur de juin, les boutons de pivoines s'ouvrent vite, et alors, plus de nectar.
Au milieu des fleurs volumineuses, mousseuses, et sèches, on voit les fourmis errer de pétale en pétale, comme si elles cherchaient le pays de cocagne qui était encore là hier, et qui aujourd'hui a disparu.
Elles ont l'air désemparées, désorientées, dépitées.
Mais peut-être que c'est mon tour de conclure de travers.

vendredi 4 juin 2010

Un cadeau chat-rmant

Chat de MonetSi Gérald van der Kemp dit vrai, ce chat de céramique a dû entrer dans la vie de Monet dans les toutes dernières années de son existence. L'homme qui a fait revivre la propriété de Monet affirme, dans le premier opus de la brochure "Une visite à Giverny", que le bibelot a été offert au maître de l'impressionnisme par Pierre Sicard.
D'où tient-il cette information, d'un document ? d'un témoignage verbal ? Mystère. Mais l'affaire semble plausible, et il ne l'a certainement pas inventée.
Pierre Sicard, né en 1900 et mort en 1980, est un peintre post-impressionniste qui a aimé, au début de sa carrière, prendre pour motif le Paris des Années folles, des cabarets de Pigalle aux représentations plus gourmées de l'Opéra. Ami de Jean Renoir, le cinéaste fils du peintre Pierre-Auguste Renoir, lui-même ami intime de Monet, il n'est pas impossible qu'il se soit vu invité un jour à Giverny.
J'imagine la scène. "Tu viendras avec nous dimanche chez Claude Monet !", lui a annoncé Jean Renoir, et voilà le jeune Pierre Sicard, peut-être impressionné, intimidé, fébrile, face à un problème épineux : quel cadeau apporter au patriarche de Giverny ?
Dans le genre casse-tête, celui de la fête des mères, c'est de la rigolade à côté. Bien sûr, on peut toujours se rabattre sur les présents les plus conventionnels, les fleurs et les gourmandises. Pierre Sicard écarte cette solution de facilité. Il ne veut pas donner l'image d'un homme sans imagination.
Connaissant le penchant de Monet pour le japonisme, ses pas le mènent vers un marchand spécialisé dans les objets orientaux. Pas facile de choisir une estampe, le maître en a déjà tant, et il a le goût si sûr... C'est alors que Sicard avise un chat de faïence qui paraît dormir sur une étagère. Il sourit. Le voilà, son cadeau ! Il lui donnera l'occasion d'une pointe d'humour : ce chat-là ne fera pas de mal aux massifs de fleurs si chers à Claude Monet !
Qu'a pensé Monet en déballant le paquet ? A-t-il rapproché l'animal endormi des chats figurés sur certaines estampes japonaises de sa collection, discret chat regardant par la fenêtre, énorme chat d'un décor de théâtre ?
Peut-être que les oreilles roses du minou ont capté des cris de surprise et d'admiration. Nul doute que Blanche Hoschedé Monet l'a trouvé adorable avec son petit noeud.
Bref, le chat a été adopté. Il a trouvé sa place dans la maison, peut-être d'abord dans l'atelier, aujourd'hui dans la salle à manger de Monet, où il continue de dormir du sommeil du juste pelotonné sour son coussin rose, pile à la hauteur des yeux des enfants.

jeudi 3 juin 2010

Inaccessible

Nénuphars blancs à Giverny
Depuis que les nénuphars ont recommencé à fleurir, le bassin de Monet a retrouvé son aspect coutumier.
Chaque jour de nouvelles fleurs apparaissent, à la faveur d'une eau qui dépasse désormais les 16° fatidiques.
Les moins frileux sont les blancs, premiers à montrer leurs corolles, puis viennent les roses et les jaunes, les pêche, les crème, tout un camaïeu de couleurs douces piquetées au milieu de l'eau.
A quoi tient la magie des Nymphéas ? Pourquoi fascinent-ils autant ?
Une visiteuse de Giverny m'a révélé leur secret. Avec le léger sourire de quelqu'un qui s'excuse presque de proférer une évidence, elle m'a dit :
- Le charme des nénuphars, c'est d'être une fleur inacessible. Personne ne peut la cueillir.

mercredi 2 juin 2010

Petite allée à Giverny

Petite allée dans les jardins de MonetSi Claude Monet a dessiné de fines allées au milieu de ses parterres fleuris, c'est pour qu'elles se fassent toutes discrètes.
Quand on se trouve au bas du jardin, les lignes droites dirigent le regard vers le lointain, en une perspective impeccable.
Mais dès qu'on regarde le Clos normand de profil, elles disparaissent.
Ne reste que cette impression d'une mer de fleurs, d'une prairie où pousseraient les espèces les plus délicates.
Les iris font en ce moment l'essentiel du spectacle, soutenus par les pivoines, les giroflées, les premières roses.
Monet devait aimer s'avancer parmi les fleurs jusqu'à mi-corps, comme au temps d'Argenteuil, quand il peignait sa femme et son fils noyés dans une prairie de coquelicots.


Copyright :

Cher lecteur,
ces textes et ces photos
ne sont pas libres de droits.

Merci
de respecter mon travail
en ne les copiant pas
sans mon accord.
Ariane.

Références :

Syndication