giverny

Giverny News

Le Blog d'Ariane,

dimanche 28 mars 2010

Premiers jours de printemps

Giverny, 1er avril
Quelles fleurs seront au rendez-vous du premier avril dans les jardins de Monet ? A trois jours de l'ouverture il paraît acquis que le rideau se lèvera sur un décor très semblable à celui de l'année dernière.
Les saules ont secoué leur tristesse hivernale et viennent d'ouvrir leurs bourgeons, les pensées, après mûre réflexion, ont décidé qu'il était temps de s'épanouir, les prunus voient la vie en rose, les jonquilles et les narcisses trompettent dans les massifs.
En dehors des saules toujours pressés, peu d'arbres ont l'inconscience d'offrir leurs tendres petites feuilles nouvelles à la morsure du froid nocturne. Ce sont encore des silhouettes nues qui se reflètent dans le bassin, des squelettes d'arbres que le courant fait frissonner.
Les premières feuilles de nénuphars flottent à la surface. Il a fallu casser la glace cet hiver pour libérer les plus précoces, quand le gel de la nuit succédait au soleil de la journée. Auront-ils bien supporté le chaud et froid ?
C'est cette année que l'on va vraiment mesurer l'impact de la disparition des peupliers à l'arrière du jardin d'eau. Les grands arbres donnaient trop d'ombre au bassin, mais ils avaient le mérite de stopper le vent. Comment l'écosystème va-t-il se rééquilibrer ? Les nénuphars si sensibles vont-ils exulter de toute cette lumière, ou grelotter sous la bise ?
La réponse s'inscrira à la surface du bassin de Monet d'ici peu. En attendant, je me réjouis de retrouver bientôt la sérénité des premiers jours, la netteté des parterres au tout début de leur cycle de floraison.
L'hiver fait un grand nettoyage par le vide. Le printemps, habile décorateur, va venir mettre de la couleur partout.

samedi 27 mars 2010

Festival Normandie Impressionniste

Festival Normandie ImpressionnisteC'est une première qui va faire du bruit : de juin à septembre, la Normandie va vivre à l'heure de l'impressionnisme. Tout au long de l'été, des centaines d'évènements vont animer la région autour de ce thème, dans le cadre du premier festival Normandie impressionniste.
L'idée a germé dans la tête des politiques il y a quatre ans. Selon ses dires, Jacques-Sylvain Klein, directeur du service de l’'économie et de l’'évaluation scientifique à l'Assemblée nationale et proche de Laurent Fabius, a soufflé le concept à l'ancien Premier ministre socialiste. Tous deux ont de fortes attaches haut-normandes et un vif intérêt pour la peinture : la fortune des parents de Laurent Fabius est issue du marché de l'art, tandis que Jacques-Sylvain Klein a longuement étudié l'impressionnisme normand.
Les collectivités locales ont rapidement été embarquées dans le projet, qui leur coûte au total 5 millions d'euros. Les conservateurs des musées normands ont joué le jeu en organisant des expositions impressionnistes qui seront les manifestations phares du festival.
Mieux encore, l'originalité de Normandie impressionniste est de ne pas s'en tenir aux expos des musées. Le principe est de fédérer les initiatives autour du thème retenu. Le comité du festival a lancé un appel à projets, dont le résultat a dépassé ses espérances. Plus de deux cents manifestations ont été labellisées, organisées par des institutions, des associations ou même initiatives privées.
En laissant les projets venir d'en bas et pas seulement d'en haut, les politiques ont insufflé beaucoup de dynamisme au festival, qui promet d'être très populaire. L'inventivité des acteurs a suscité une infinie variété d'évènements. En plus de voir de la peinture impressionniste, on pourra déjeuner sur l'herbe, danser dans des guinguettes, écouter les chansons de Bruant, admirer les monuments normands sous des feux d'artifices, écouter des lectures de correspondances d'artistes, faire des croisières sur la Seine, assister à des colloques et des conférences, découvrir des oeuvres d'artistes contemporains, participer à un concours de vidéos, etc.
Si le festival est un succès, et il semble parti pour, il devrait être pérennisé avec une nouvelle édition tous les trois ou quatre ans. A Rouen, on pense tout de suite à l'Armada et ses millions de visiteurs. Reste à savoir si l'impressionnisme est aussi populaire que les grands voiliers.

lundi 22 mars 2010

Platane

Tronc de platanePas la peine de jouer à deviner à qui appartient ce tronc : il a beau porter une tenue de camouflage, tout le monde reconnaît le platane, si courant le long des boulevards et si bienvenu sur les places du Midi à l'heure de l'apéro.
Le platane s'identifie instantanément par son tronc qui pèle avec chic, tandis que ses larges feuilles ombreuses évitent à votre nez d'en faire autant sans aucune classe.
L'écorce qui se détache par petites plaques forme des dessins fascinants. On dirait les courbes de niveau d'une carte d'état-major, une sorte de puzzle mystérieux qui se régénère sans cesse, un nouveau genre pictural tachiste en camaïeu du meilleur goût.
A force qu'on le fréquente le long des trottoirs, le platane bénéficie d'une notoriété hors du commun. Son taux de reconnaissance spontanée ferait pâlir de jalousie les marques en quête d'image. J'ai donc été surprise, lors d'un tout récent cours d'identification des végétaux organisé à l'intention des guides de Normandie, qu'il figure au programme.
C'est que, dès qu'on gratte un peu - et en général ça démange de le faire - on s'aperçoit que la vie du platane n'est pas aussi lisse qu'il y paraît.
Si l'on remonte son arbre généalogique, on découvre que notre platane le plus commun a des parents qui n'étaient pas faits pour se rencontrer : le platanus orientalis, d'une part, et le platanus occidentalis, de l'autre. Le premier pèle, l'autre non.
Le mariage entre l'orient et l'occident s'est déroulé en Espagne il y a fort longtemps. Le faire-part a été égaré, en tout cas la cérémonie remonte à plus de trois siècles. Il en est résulté la souche vigoureuse du platanus hispanica, appelé à une très large descendance.
Notre professeur d'horticulture avait aussi une autre raison pour donner la vedette au platane. La formation se déroulait à Bayeux, une ville qui est fière d'en posséder un magnifique spécimen de la fin du 18e siècle.
Ce platane, un authentique "arbre de la liberté", a été planté par les Révolutionnaires sur une place derrière la cathédrale. Les sans-culottes ont eu un peu de mal à l'acclimater, les deux premières tentatives ont échoué. Enfin, en 1797, le troisième arbre de la liberté a été le bon. Aujourd'hui, il trône, majestueux, insinuant ses racines sous les murs de la cathédrale voisine fondée au 11e siècle par Guillaume le Conquérant.
Plus de deux siècles, c'est déjà un bel âge, pourtant le platane de Bayeux peut espérer vivre beaucoup plus vieux encore. Certains de ses congénères sont réputés avoir dépassé les mille ans. De quoi concurrencer les cathédrales.

dimanche 21 mars 2010

Les déchargeurs de charbon

Les charbonniers ou Les déchargeurs de charbon, Claude Monet, 1875, huile sur toile 54 x 66cm, Paris musée d'Orsay Les charbonniers ou Les déchargeurs de charbon, Claude Monet, 1875, huile sur toile 54 x 66cm, Paris musée d'Orsay

Cette toile a déjà deux titres, les Charbonniers ou les Déchargeurs de charbon. On aurait pu lui en inventer un troisième : les Coltineurs. C'est en effet le nom que l'on donnait aux dockers et aux débardeurs, chargés de se coltiner les cargaisons sur le dos. Dur métier.
En cette fin de 19e siècle, on ne sait plus se passer du charbon, l'énergie principale de la révolution industrielle. Les usines, dont Claude Monet a figuré les cheminées fumantes à l'arrière-plan, le dévorent. Le charbon est extrait dans le Nord de la France, ou importé de Belgique, d'Allemagne et de Grande-Bretagne. Il est transporté par péniches le long des rivières et des canaux. Des montagnes de charbon font route vers la région parisienne.

Arrivé à bon port, il faut le décharger. Le plus souvent, pas de grues : on est en 1875, et le recours à la force musculaire reste très courant. Les déchargeurs posent sur leur épaule un panier conique empli de charbon, marchent en équilibre sur des planches qui relient la barge au quai, et vont vider les paniers dans des charrettes qui conduiront le combustible jusqu'aux usines. Au retour, les charbonniers posent le panier renversé sur leur tête, par dessus leur chapeau. Ils détendent leurs bras et leurs épaules pendant un instant.

Par le thème traité, cette toile est tout à fait unique dans l'oeuvre de Monet, au point qu'on pourrait douter qu'elle est de lui, le peintre des paysages riants et des loisirs bourgeois. Quelle mouche l'a piqué de faire dans la peinture sociale ? Veut-il dénoncer la condition ouvrière, à la manière de son ami Zola ?
Les couleurs mornes du tableau, sa construction fermée semblent mettre en avant la pénibilité du travail. Les hommes, réduits à l'état de bêtes de somme, cheminent comme des fourmis. Ils marchent en cadence, tous du même pas. Pas d'échappatoire : l'arche du pont écrase l'horizon, la barge bloque l'accès au fleuve.
Le motif présente des similitudes avec certaines estampes japonaises que Monet collectionne avec passion depuis plusieurs années déjà. Dans les paysages d'Hiroshige ou d'Hokusai, on retrouve des portefaix ployant sous le fardeau, franchissant des passerelles ou des ponts.

Pourtant, à bien y regarder, il n'est pas certain que Monet se soit laissé émouvoir. La scène est prise au pont routier d'Asnières, tout près du pont ferroviaire emprunté fréquemment par Monet pour se rendre d'Argenteuil, où il réside à l'époque, jusqu'à Paris, un petit trajet de onze kilomètres.
Il est probable que Monet a été frappé par les silhouettes sombres des charbonniers se détachant dans le contre-jour. Par la monumentalité de la scène. Les ponts sont un de ses motifs favoris, dès Argenteuil, un goût qu'il gardera longtemps puisqu'il représentera 45 fois la passerelle de son jardin d'eau. L'arche des Charbonniers évoque d'ailleurs la courbure des ponts japonais des Bassins aux Nymphéas.

Monet reste avant tout le peintre de la lumière. Il est permis de croire qu'il n'a vu dans le motif du port d'Asnières qu'un jeu d'éclairage intéressant, hors de toute considération sociale. Sinon, pourquoi cet unique tableau ? Il porte le numéro de catalogue 364. Dès le suivant, le "Coin d'appartement" qui se trouve lui aussi au musée d'Orsay, Monet délaisse la peinture sociale et revient à de paisibles scènes d'intérieur, tout empreintes d'harmonie familiale.

jeudi 18 mars 2010

Un bouquet de nymphéas

nymphéas à GivernyCombien de temps nous reste-t-il à vivre ? Comment allons-nous employer ce temps-là ?
Il y a cent ans, en 1910, Monet était dans sa 70e année. Il avait une immense carrière derrière lui, et pourtant il lui restait à peindre ses plus grands chefs d'oeuvre, le cycle des Nymphéas. S'en doutait-il, alors qu'en mars il se lamentait au bord de son bassin dévasté par la crue de la Seine ?
L'étang aux nymphéas est un lieu propice à la méditation, métaphore de la vie et de l'apparence des choses. Il me manque, aujourd'hui où je suis allée accompagner une vieille dame dans son dernier voyage.
Elle s'appelait Simone. Douce, discrète, aimante. Nos roses faisaient un horrible bruit sourd en tombant sur le cercueil.
Au même instant, ou presque, une autre Simone entrait sous la coupole. Forte, ardente. La sixième académicienne, en lutte pour les femmes jusqu'au bout.
Peut-être qu'on lui a offert des roses, à cette occasion. Que lui reste-t-il à accomplir, elle qui a déjà tant oeuvré ?
Il y a des questions qui n'ont de réponses que dans les profondeurs du bassin où se mire le saule agité par le vent.
A tous ceux qui trouvent qu'il y a des jours plus difficiles à passer que d'autres, et que celui-ci en était un, permettez-moi d'offrir, par la présente, un bouquet de nymphéas.

mardi 16 mars 2010

Giverny Capital

GivernyMalgré sa petite taille, le village de Giverny est souvent associé au mot capitale. De l'impressionnisme, ça va de soi. Plus rarement à capital au masculin.
Des financiers canadiens ont pourtant choisi l'appellation "Giverny Capital" pour nommer leur société de conseil en placements boursiers. Hommage à Monet, certes, qui compte beaucoup d'admirateurs dans le monde, mais pas seulement.
Selon le président de la société, François Rochon, l'art de la gestion de portefeuilles a de nombreux points communs avec le jardinage. Il faut comprendre les conditions environnementales, le sol, la température, l'orientation du terrain, etc. Et prendre soin sans relâche de ses plantations.
Mais surtout, selon lui, le placement requiert, comme le jardin, une bonne dose de patience. Les meilleurs profits se font sur le long terme, de même qu'un arbre met des décennies à pousser.
La société canadienne vient de s'implanter à Princeton, aux États-Unis, et j'ai le plaisir de voir une de mes photos illustrer son beau site internet tout neuf. Depuis le temps que je les connais par Google, cela m'amuse beaucoup.

lundi 15 mars 2010

Monet derrière les volets verts

Livre-DVD Monet derrière les volets vertsL'idée était de faire une sorte de coffret cadeau, comme cela a fait fureur à Noël dernier : un livre, en guise d'écrin, accompagne un DVD sur Claude Monet à Giverny.
Le réalisateur Olivier Duhamel est passionné par les ambiances que dégagent les maisons où des artistes ont vécu longuement, et qui sont comme imprégnées de leur présence. Il a voulu restituer l'atmosphère d'une journée à Giverny dans la propriété de Monet.
Le tournage a eu lieu en 2008 à différentes saisons. Le film, un documentaire-fiction, mêle un peu bizarrement des reconstitutions dans lesquelles des acteurs interprètent Monet (frappant de ressemblance !) ou Blanche, et des interviews de personnalités telles que le chef jardinier Gilbert Vahé et l'écrivain historienne d'art Claire Joyes, comme toujours très intéressantes.
Par petites touches, comme autant d'impressions, on entre donc dans le quotidien de la famille Monet. Pour les habitués du musée, c'est étonnant de voir la maison aux volets verts reprendre vie à la faveur du film.
Le rythme lent laisse le temps d'admirer les très belles images du jardin et de l'intérieur de la maison tournées par Stéphane L'Hôte. Il y a bien quelques longueurs - je ne m'explique pas, par exemple, les plans sur les tapis de la maison, qui ne doivent rien à Monet mais sont là pour protéger les planchers du piétinement des visiteurs - mais l'atmosphère sereine des lieux est bien rendue.
Le livre écrit par Grégoire Mabille, bien fait et d'une lecture aisée, permettra à votre belle-soeur de mettre tout de suite le nez dans son cadeau. Elle risque fort, après avoir vu aussi le film, d'avoir une irrépressible envie de venir ou de revenir à Giverny.

vendredi 12 mars 2010

Kim En Joong

Exposition Kim En Joong, centre du vitrail de Chartres Après Chartres, Rouen : le père Kim En Joong exposait au centre du vitrail de Chartres cet hiver, ses oeuvres seront à voir à la cathédrale de Rouen du 26 mars au 26 septembre 2010 dans le cadre du festival Courant d'Art.
D'origine coréenne, Kim En Joong s'est converti au catholicisme, a émigré en Suisse puis en France, et il est devenu dominicain.
Artiste de grand talent, il crée des peintures et des vitraux. Son travail, fortement inspiré de spiritualité, reflète l'influence de la calligraphie, mais c'est surtout la couleur, vibrante, fulgurante, qui frappe. Elle jaillit, magnifiée par la lumière quand les vitraux sont en place.
L'exposition au centre du vitrail de Chartres se tenait en sous-sol, on ne pouvait donc pas apprécier les oeuvres à la lumière naturelle. En revanche, elle permettait de découvrir le splendide cellier de la grange dîmière de Loëns, qui date paraît-il de Philippe-Auguste, c'est-à-dire du début du 13e siècle, comme la tour des Archives ou le château des Tourelles à Vernon.
En ce temps-là, le clergé percevait une redevance en nature sur les récoltes, la dîme. La Beauce était déjà couverte de céréales, mais aussi de petits vignobles aujourd'hui disparus. Le blé et l'avoine collectés étaient stockés dans la grange dîmière à l'étage, tandis que les caves de celles-ci recevaient le vin.
La magnificence de ces celliers étonne, avec leurs trois nefs à voûtes en ogives dont les nervures retombent sur des chapiteaux ouvragés. Rien n'était trop beau pour conserver le vin des hommes d'église...

jeudi 11 mars 2010

Peigne fin

Plaine des Ajoux, Giverny Bientôt les premiers bourgeons, les petites feuilles, c'est si mignon quand c'est petit.
La nature a de la tendresse dans ses ébauches.
Et de l'ordre.
Dans la plaine des Ajoux qui s'étend au pied de Giverny, les futurs épis de blé sont alignés comme à la parade, les champs bien peignés.
Ce sont les semoirs mécaniques qui produisent ce joli paysage strié.
Autrefois, quand on semait du geste ample de la semeuse du franc, les grains tombaient n'importe comment, implantés en vrac comme les cheveux sur la tête.
Ça devait ressembler à une espèce de grande pelouse, les champs de blé en herbe.

mercredi 10 mars 2010

Hôtel de Bourgtheroulde

Rouen, hôtel de Bourgtheroulde, détail de la façadeA Rouen, l'hôtel de Bourgtheroulde (les Normands prononcent Bourtroude) fait l'objet d'une rénovation soigneuse dont l'objectif est de rendre à ce magnifique hôtel particulier de la Renaissance sa splendeur passée, et de le convertir en hôtel de luxe.
La façade côté place de la Pucelle, une de ces charmantes placettes entourées de hautes maisons à colombages dont Rouen a le secret, et dont on croyait autrefois qu'elle était le lieu du supplice de Jeanne d'Arc, a déjà fière allure, alors que le chantier se poursuit à l'intérieur, toujours inaccessible.
Il a fallu déployer beaucoup d'efforts pour faire oublier l'ancienne agence bancaire installée naguère dans les lieux. Autour du porche, les bas-reliefs ont été remis en valeur, on jurerait qu'ils sont d'époque, alors qu'ils datent du 19e siècle.
Qu'importe ! Le porc-épic couronné de fleurs de lys continue d'intriguer les passants. C'est l'emblème de Louis XII, roi de France au moment de la construction du bâtiment, au début du 16e siècle.
Le porc-épic était connu en Europe, mais mal, et l'on a longtemps cru qu'il avait la faculté de lancer ses piquants sur ses ennemis. D'où l'idée du grand-père de notre Louis XII de l'adopter comme animal fétiche. Et pour ceux qui n'auraient pas compris le rapport, la devise servait de sous-titre : "de près et de loin". Ça sonne mieux en latin : Eminus & cominus. Les ennemis n'avaient qu'à bien se tenir, et de préférence à bonne distance !
Ses prétendus pouvoirs extraordinaires faisaient de la bête un porc-épique à ranger dans la catégorie des animaux fabuleux, tels que la licorne, la salamandre ou le phoenix, autres emblèmes célèbres.
Aujourd'hui encore, le porc-épic ne nous est pas très familier. J'ai pu en voir un récemment au zoo, de la taille d'un chien moyen, et j'ai trouvé que le terme de porc est bien mal choisi. Les cochons devaient être bien petits au Moyen Âge...

lundi 8 mars 2010

Le goût des années cinquante

Les impressionnistes, Claude Roger-Marx J'ai trouvé dans une brocante cet exemplaire des "Impressionnistes" paru en 1956, et la signature m'a convaincue de le lire. Claude Roger-Marx a été un grand critique et historien d'art de l'après-guerre. Il est le fils de Roger Marx, lui-même critique influent du tournant du siècle et admirateur de Monet, Rodin ou Cézanne.

L'ouvrage, paru chez Hachette et destiné sans doute à un large public, est pourtant loin des livres de vulgarisation d'aujourd'hui : écrit par un érudit dans une langue soutenue, il s'adresse à un milieu social privilégié. Dans les années cinquante, l'art n'est pas encore aussi populaire que de nos jours.
Le livre de Roger-Marx est une synthèse, qui évoque en moins d'une centaine de pages des artistes aussi importants que Monet, Degas, Renoir, Sisley, Pissarro, Morisot, Manet, Cézanne, et les post-impressionnistes. Ce n'est donc pas là qu'on en apprendra long sur tous ces maîtres, même si l'auteur a quelquefois de merveilleuses formules. Il décrit Impression, soleil levant, comme "un soleil saignant dans les brumes". De Renoir, il dit que son nom seul fait penser "au soleil criblant de clarté jusqu'aux pénombres".

Roger-Marx s'en tient à une analyse stylistique, donc, et livre du même coup un état des lieux étonnant sur la façon dont étaient perçus les impressionnistes dans les années cinquante. Monet, porté au pinacle de son vivant, dans les années 1890-1910, a été sévèrement rejeté avant de regagner sa place actuelle. "Monet devait connaître dans ses ultimes années des incompréhensions plus cruelles encore qu'à ses débuts. La critique d'après la Grande Guerre (...) devait, par une réaction facile et injuste, faire de Cézanne l'anti-Monet (...). Si ces contrevérités furent longtemps monnaie courante c'est que chaque génération a besoin de déboulonner des gloires avant de les remettre sur leur piédestal."
Dans les années cinquante, la rentrée en grâce des impressionnistes n'est pas achevée. Beaucoup d'amateurs continuent de les trouver has been. Il faut donc de la diplomatie à Roger-Marx pour aborder le sujet, et donner à son livre l'apparence de l'objectivité. On est surpris aujourd'hui d'y trouver des critiques négatives virulentes sur Monet.
Selon lui, "la plus belle époque de Monet est incontestablement antérieure à la quarantième année." Roger-Marx juge le peintre meilleur avec l'eau et l'air qu'avec les solides, "on le sent moins à l'aise sitôt qu'il se heurte à la pierre, à la falaise ou à la montagne". Surtout, il estime qu'à la fin de sa vie, Monet s'est fourvoyé. "A force de ne vouloir exprimer que le fluide, sa palette s'amollit parfois." Sa production devient "plus systématique, plus inégale" non dénuée de "brusqueries" et de "vulgarités". "L'excès de clarté finit par tout éteindre : la toile à force de se vouloir lumineuse paraît presque décolorée."
Roger-Marx est certainement sincère en attaquant ainsi l'oeuvre tardif de Monet, pas encore réhabilité par la lecture "moderne" qu'allaient en faire les jeunes américains de l'époque.
Aujourd'hui où Monet a atteint le rang de génie, ces critiques peu flatteuses sonnent comme de la provocation, une sorte de crime de lèse-majesté, la marque d'une liberté de pensée audacieuse.
Mais dans les années cinquante, le courage n'était pas là. Le courage était de défendre les impressionnistes, au risque de passer pour ringard. La dernière phrase du chapitre consacré à Monet révèle le désarroi de Roger Marx, certainement sincère admirateur du maître de Giverny. "Curieux retour des choses qui fait que pour défendre l'impressionnisme contre ses détracteurs il faille encore de nos jours presque autant d'indépendance et de courage qu'en 1876 !"

jeudi 4 mars 2010

L'ange au cadran

L'ange au cadran, cathédrale de ChartresCe cadran solaire fait face au sud sur un contrefort de la cathédrale de Chartres. Seul le dais est d'origine, l'ange et son cadran sont tous deux des copies. Les originaux, assez endommagés, se trouvent dans la crypte du sanctuaire.
Le cadran porte la date de 1528. C'est l'année de l'installation de l'horloge astronomique dans la cathédrale : la Renaissance se passionne pour les instruments de mesure. Le cadran est là pour vérifier le bon fonctionnement de l'horloge.
L'ange lui-même a une histoire curieuse. Selon les spécialistes, son style presque roman, son aspect longiligne de statue colonne, laissent à penser que c'est en fait le réemploi d'une statue de saint Jean ou de saint Jean-Baptiste, qui se trouvait à l'origine au trumeau du porche central du portail ouest.
Le trumeau a été détruit, la statue déplacée vers le contrefort et affublée d'ailes et d'un nimbe. Et voilà saint Jean transformé en ange !
Le visage, toutefois, est bien angélique et fait pencher pour l'apôtre. Auréolé de cheveux bouclés, le regard sans expression, il frappe par la douceur extatique de son sourire.

mardi 2 mars 2010

Bientôt le printemps

GivernyÇa y est, on est en mars ! En mars, en Normandie, après le sommeil hivernal, la nature a la tête de quelqu'un qui sort du lit : ébouriffée et souriante certains jours, grognon et peu amène certains autres.
Le vent de ce week-end a dégagé le ciel. Le soleil brille sur les premières fleurs, les tapis de nivéoles, les crocus, les petites touffes de cyclamens, les ellébores, les bruyères... Une harmonie jaune et violette qui se marie bien avec la première herbe vert tendre.
Partout, les jardiniers sont dans les jardins, heureux de pouvoir s'y activer à nouveau.
A Giverny, le compte à rebours s'accélère. Plus qu'un petit mois avant l'ouverture, avant de revoir les arbres en fleurs !
La photo, quant à elle, n'a que l'apparence du printemps. Elle a été prise en décembre, certains arbres exotiques ayant la bonne idée de fleurir deux fois.


Copyright :

Cher lecteur,
ces textes et ces photos
ne sont pas libres de droits.

Merci
de respecter mon travail
en ne les copiant pas
sans mon accord.
Ariane.

Références :

Syndication