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Giverny News

Le Blog d'Ariane,

mardi 29 septembre 2009

Retable et prédelle

Retable attribué à Philippe de ChampaigneLe joyau de l'église Saint-Sauveur au Petit-Andely, c'est ce magnifique retable de l'Adoration des Bergers qui serait selon certains (mais ce n'est pas certain) l'oeuvre du grand peintre Philippe de Champaigne.
A l'origine, cet autel somptueux n'était pas destiné à la petite église du Petit-Andely, mais à l' abbaye de Mortemer. Les hasards de la Révolution Française l'ont fait arriver ici.
Les colonnes torses avec des enroulements de pampres signent le style baroque, très en vogue sous Louis XIII. On affectionne alors un décor riche et surchargé de dorures. Rien n'est trop beau pour pousser les fidèles à l'adoration, même si cela doit coûter une vraie fortune aux communautés. Les églises ont besoin d'être remeublées, une grande partie de leur décor gothique a disparu dans la tourmente huguenote.
Au 17e siècle, la Contre-Réforme bat son plein. Après le trouble jeté dans les esprits par les guerres de religion, l'Église catholique réaffirme son dogme. Un des moyens médiatiques mis en oeuvre, c'est le retable. Aussi incontournable que le site internet aujourd'hui.
Le retable est un élément décoratif qui se place derrière l'autel, attirant le regard vers ce lieu sacré de la célébration de l'eucharistie. En bas du retable, le tabernacle renferme les hosties qui seront distribuées lors de la communion.
Le retable du Petit-Andely repose sur une prédelle, une frise de tableautins qui rehausse le majestueux tableau et l'éloigne des flammes des cierges.
Prédelle, détail De nombreux retables sont ornés de volets qui étaient refermés pendant les jours de pénitence comme le Carême. On ne voyait alors que la prédelle, ce qui a conduit à la représenter en grisaille. L'effet n'en était que plus saisissant quand, le jour de Pâques, on rouvrait les volets sur le grand tableau aux coloris éclatants, façon télé couleurs après le noir et blanc.
Le retable de Saint-Sauveur n'est pas un polyptyque, mais la tradition de la grisaille pour la prédelle a été conservée.
Les vignettes, qui se lisent de gauche à droite comme une bande dessinée, figurent des scènes de la vie de la Vierge. Elles étaient destinées à soutenir la méditation pendant la récitation du chapelet. Elle semblent dues à l'école de Quentin Varin, le peintre qui, de passage aux Andelys, a suscité la vocation du jeune Nicolas Poussin.
Au-dessus de la prédelle, l'Adoration des Bergers éclate de couleurs. Le regard est attiré par la zone blanche du berceau, le blanc de l'innocence. D'un geste délicat, Marie dévoile l'enfant Jésus aux bergers venus l'adorer. Elle est vêtue de rouge, symbole du sang : elle vient de donner la vie, et de bleu, symbole de son appartenance au monde divin. C'est elle qui fait le lien entre le ciel et l'homme. Son visage est idéalisé, alors que les caractères des autres protagonistes sont plus réalistes.
Joseph, protecteur, se tient en retrait. Il est figuré en jeune homme, une représentation inhabituelle. Les bergers en revanche réunissent tous les âges de la vie. L'un d'entre eux offre un agneau, pattes attachées, préfiguration du destin qui attend le nouveau-né. Mettre en présence la vie et la mort, voilà qui est bien typique du baroque, qui aime confronter les deux versants d'une même médaille.
Le berger qui tient l'agneau est habillé de jaune, la couleur associée à la trahison de Judas. A l'arrière-plan, mains jointes, un berger debout porte une cornemuse repliée sur son bras. Là encore, c'est un symbole. L'instrument contient de l'air, souffle de vie, principe divin, dans une outre de cuir, signe de l'animalité humaine.

L'adoration des rois mages, prédelle du retable du Petit-Andely, grisaille attribuée à l'école de Quentin Varin

samedi 26 septembre 2009

Course de côte des anciennes

AmilcarAmilcar, ça vous dit quelque chose ? Il faut être versé dans l'histoire de l'automobile pour connaître, et pourtant c'est une marque qui a fait rêver les générations de l'entre-deux guerres. Détentrice du record du monde de vitesse, à 190 puis 206 km/h !
Plusieurs Amilcar étaient rassemblées au Jardin des Arts aujourd'hui à Vernon, en compagnie de Peugeot, de Bugatti et d'autres marques plus ou moins familières.
Cent dix ans plus tard, la fameuse course de côte de Gaillon va revivre demain. Il reste peu de véhicules roulants qui datent de la première course, en 1899, mais l'épreuve a perduré jusqu'en 1928 et presque toutes les automobiles engagées pour cette commémoration sont antérieures, elles auraient donc pu y participer à l'époque.
Le public viendra certainement nombreux pour les admirer, comme au temps de Claude Monet. Le peintre n'aurait manqué le spectacle pour rien au monde.
Passionné de vitesse, il a craqué pour une Panhard-Levassor dès 1900, tout en s'assurant les services d'un chauffeur. Il est vrai que, quand on voit la difficulté qu'ont certains de ces vénérables tacots à démarrer, on conçoit que le recours à un spécialiste n'était pas superflu. Un homme de l'art, si j'ose dire.

vendredi 25 septembre 2009

Arrière-plan sans arrière-garde

Etang de MonetCette fois ça y est, les peupliers qui encerclaient le jardin d'eau de Monet ont disparu !
Depuis qu'ils ont levé leur siège cette semaine on découvre, tout étonné, l'aspect du jardin tel qu'il devait être à l'époque de Monet, quand aucun arrière-plan n'opacifiait la silhouette des arbres. Le bassin y gagne des trouées de ciel qui se reflètent dans l'eau plus lumineuse que jamais.
Les tronçonneuses ont vrombi pendant des jours, relayées par les engins venus retirer les grumes. Soudain le silence règne, mais pas pour longtemps. Le dessouchage demandera une nouvelle intervention mécanisée. Il paraît que cela se pratique avec un gros crochet, et que les souches cèdent en dix minutes, arrachées par la pelle mécanique. Je suis curieuse de voir ce spectacle.
Pour l'instant, c'est un peu la désolation quand on regarde par-dessus la clôture : un vaste champ de bataille où l'armée de géants a été vaincue, abandonnant des vestiges ici et là.
J'espère qu'on reverra des vaches sur ce terrain, comme par le passé. Si les producteurs de lait normands ne survivent pas au naufrage en cours, que restera-t-il ? Des bêtes à viande ?

mardi 22 septembre 2009

Anti stress

Giverny, reflet

Un Nymphéa posé au bord du ciel, dans la lumière subtile d'une après-midi normande.
Le regard sonde les profondeurs de l'onde, se fond dans l'immensité des nues.
L'effet est tout de suite apaisant.
Je crois que c'est ça, le secret de Monet.
Quand on oublie la berge, on s'envole.

dimanche 20 septembre 2009

Japonaiseries et chinoiseries

Buffet style bambouY a-t-il une autre mode qui puisse se comparer à cette déferlante ? On a du mal aujourd'hui à imaginer à quel point tout ce qui évoquait l'Extrême-Orient a pu être populaire à la fin du 19ème siècle. Même Claude Monet, d'habitude si peu enclin à suivre une mode, a succombé.
Je ne parle pas de son immense collection d'estampes japonaises, toujours exposées sur les murs de sa maison de Giverny. Qu'un artiste ait été inspiré par une façon radicalement différente de concevoir l'art, qu'il ait eu envie d'explorer de nouvelles voies, quoi de plus naturel. En collectionnant les gravures des maîtres japonais, Monet fait oeuvre d'esthète.
Mais Monet n'a pas résisté à la japonaiserie et la chinoiserie ambiantes, cet Orient de pacotille qui envahit tout. Dans sa maison, il a mélangé allègrement les objets venus d'Asie et les imitations, faïences à décor d'éventail et de branches de cerisiers, magots peints et meubles en faux bambou.
Ce buffet, par exemple, fabriqué dans un bois tendre qui paraît être du pin, est décoré de motifs imitant le bambou. Des baguettes annelées rehaussent tous les reliefs. Le faux ne cherche pas à passer pour du vrai. C'est une évocation, une petite touche orientale qui rappelle celle de son jardin, bien européen malgré les plantes exotiques.
Le style bambou a fait fureur, chez Monet on le retrouve aussi bien sur des miroirs que sur des chaises légères ou du mobilier de jardin.
Dans ce buffet, Alice rangeait des conserves, du thé, des liqueurs... Il est situé dans l'entrée menant à l'atelier de Monet, une pièce non chauffée qui servait d'épicerie.
Détail de cette époque où l'on vivait avec des domestiques, toutes les portes et même les tiroirs sont équipés de serrures. Impossible de savoir si Alice s'en servait ou non, mais c'est probable. La nourriture était beaucoup plus chère qu'aujourd'hui. Ca aussi, on a du mal à l'imaginer.

mercredi 16 septembre 2009

Point de rencontre

fresque à Vétheuil Joan Mitchell figure sur la grande fresque qui orne la place de la mairie à Vétheuil. C'est un rendez-vous imaginaire, la terrasse d'un café qui serait le point de rencontre entre les peintres qui ont séjourné à Vétheuil. Les voici réunis à travers les générations, un verre à la main.
Le peintre qui a exécuté le portrait de Joan Mitchell ne l'a pas gâtée, avec son sourire de travers et ses énormes lunettes, sous une frange très années soixante-dix.
L'artiste américaine a vécu vingt-cinq ans dans le village de la vallée de la Seine, à une vingtaine de kilomètres de Giverny. Un village si pittoresque qu'il a séduit de nombreux peintres, à commencer par Claude Monet qui y a passé trois ans dans la maison en contrebas de celle de Joan Mitchell, un siècle plus tôt. Lui aussi figure sur la fresque, debout.
Joan Mitchell est morte en 1992, ce n'est pas si vieux et beaucoup de gens l'ont connue. Sa personnalité exceptionnelle a laissé un souvenir impérissable à tous ceux qui la fréquentaient. Elle buvait comme un trou, selon les témoignages, et elle avait un caractère difficile. Ses disputes avec son compagnon Jean-Paul Riopelle ont marqué les esprits.
A force d'enquêter sur elle, j'ai fini par m'intéresser aussi à Riopelle. Le peintre canadien est figuré à l'écart sur la gauche. Son atelier se trouvait non loin de Vétheuil, à Saint-Cyr-en-Arthies.
Une des oeuvres les plus importantes de Riopelle se nomme "Point de rencontre". Commandée par le gouvernement canadien en 1963 pour l'aéroport de Toronto, c'est la plus grande toile qu'il ait jamais peinte, 4,26 m par 5,49 m.
"Point de rencontre" n'est pas à Toronto, mais à Paris. Le gouvernement canadien en a fait don à la France à l'occasion du Bicentenaire de la Révolution. Depuis, l'oeuvre se trouve à l'Opéra Bastille.
Outre le lien évident avec la Révolution Française, c'est un choix particulièrement heureux, car les marches de l'Opéra sont un point de rendez-vous parisien très populaire, précis, facile à trouver, où l'on peut s'asseoir.
J'aurais aimé voir une reproduction de ce tableau, mais je n'ai pas pu en trouver sur le net. Car, selon les descriptions, il marque un retour au figuratif dans l'oeuvre de Riopelle. Qu'y a-t-il figuré ? Le titre est ambigu. Point de rencontre, c'est peut-être qu'il n'y a point de rencontre. A quelques mètres de là, sur les marches, quelqu'un a peut-être attendu pour rien, celui ou celle qu'il espérait n'est pas venu, il finira par repartir le coeur serré.
Jean-Paul Riopelle tenait tête à Joan Mitchell. Celle-ci peignait la nuit, volets fermés, à la lumière électrique. J'imagine qu'elle avait besoin de l'alcool pour se désinhiber, entrer dans une sorte de transe et jeter ses émotions sur la toile en gestes de couleurs.
Il me vient des questions triviales. Que buvait-elle ? Du whisky sans doute, plus concentré, plus efficace ? Où l'achetait-elle, à l'épicerie de Vétheuil au pied de la fresque ? Ou bien poussait-elle jusqu'à l'hypermarché de Mantes-la-Jolie ?
Vous l'avez peut-être croisée là-bas. Peut-être même que vous avez remarqué son chariot plein de bouteilles et de croquettes pour chiens. Mais vous ne lui avez rien dit. Au supermarché, point de rencontre.

lundi 14 septembre 2009

Reflet

RefletRien de plus insaisissable, de plus changeant qu'un reflet. Les jours où le ciel y met du sien, c'est-à-dire que le vent souffle et charrie d'épais nuages, les aspects les plus riants alternent avec les plus dramatiques dans le jardin d'eau de Monet.
Vus de l'autre côté du bassin, les arceaux aux roses se détachent tête en bas sur le bleu lumineux du ciel, tandis que le vieux saule s'étire vers l'étang.
Même à l'envers on voit que l'arrière du jardin est dégagé, plus de peupliers à l'horizon !
Dans un instant, un coup de vent va brouiller la surface, on ne discernera plus rien du tout.

dimanche 13 septembre 2009

Ricin

Ricin Le ricin fait partie de ces plantes qu'on connaît de nom, sans vraiment savoir que c'est une plante. Mais quelle solide réputation ! Il suffit qu'on vous dise "huile de ricin", et déjà vous faites la grimace.
Le mot à lui seul semble une promesse d'amertume. Personnellement je n'ai jamais eu l'occasion d'y goûter, mais franchement, je n'y tiens pas !
La plante elle-même, telle qu'elle se déploie en ce moment dans les jardins de Monet à Giverny, est impressionnante de vigueur. Elle s'élance sans hésiter à plus de deux mètres de haut, étalant ses magnifiques feuilles palmées veinées de rouge.
Les fleurs, très décoratives, sont groupées en grappes, fleurs mâles blanches en bas, fleurs femelles rouges en haut. Par la suite elles évoluent vers des capsules de graines rondes et rouges, hérissées de piquants du plus bel effet.
C'est le moment de se méfier, car ces graines sont très toxiques. Outre l'huile de ricin communément consommée dans certains pays du monde, elles renferment de la ricine. Ce poison très violent n'est pas soluble dans l'huile mais dans l'eau. Il déclenche des diarrhées mortelles, la dose létale est infime, équivalente à la moitié d'un grain de sable.
Le ricin pousse volontiers en dehors de son terrain de prédilection, l'Egypte et ses environs. Cultivé en annuelle, il se contente de devenir moins immense, jusqu'à douze mètres de haut là-bas !
C'est cette facilité de culture qui constitue une menace. Car voilà longtemps qu'on utilise le ricin pour tuer, des Chemises noires de Mussolini qui en administraient aux opposants au régime jusqu'aux terroristes contemporains. Les militaires évaluent son éventuel emploi comme arme de destruction massive. Possible, mais moins efficace toutefois qu'un virus ou une bactérie qui ont le bon goût de se propager d'eux-mêmes.
Ah ! Les maladies contagieuses ! il n'y a que ça de vrai. Je ne sais pas si comme moi vous saturez qu'on vous rince les oreilles avec la grippe. Il y a tellement de façons de mourir, le fil qui nous relie à demain est si fragile, pourquoi survaloriser tout à coup un risque plutôt qu'un autre ?
Plutôt que d'entretenir une psychose, j'aimerais mieux les infos si on nous y parlait d'espoir. Aux dernières nouvelles il se pourrait qu'on arrive prochainement à extraire du dangereux et magnifique ricin un remède pour soigner le cancer.

samedi 12 septembre 2009

Conférencière

Reine-marguerite sur une feuille d'alchémille Dans un coin du jardin fleuri de Monet, cette petite fleur ébouriffée posée sur la feuille ronde d'une alchémille fait penser aux Nymphéas dans toute leur gloire dans le jardin d'eau. Je crois que c'est une reine-marguerite, vous êtes les bienvenus pour me souffler si ce n'est pas ça.
Les plantes ne sont pas les seules à poser des problèmes de nomenclature. Les métiers aussi. Ainsi, au terme de guide, on préfère souvent dans le tourisme celui de conférencière. Ou conférencier, mais ces messieurs ne sont pas légion dans la profession.
A priori, il s'agit du même métier. Le titre de conférencier s'obtient après trois ans d'études et permet d'exercer dans toute la France, tandis que celui de guide est décroché après deux années et peut être assorti d'une limitation géographique.
Tout cela sent la mesquinerie, et les agences à la recherche de la bonne personne pour guider leurs groupes préfèrent bannir le mot guide de leur vocabulaire, histoire de ne pas froisser les susceptibilités.
Je trouve pourtant que guide est plus joli. Conférencière vous a un côté statique et professoral, tandis que guide sonne plus dynamique, invitant à cheminer sur les sentiers de la mémoire et de l'histoire.
La question est encore plus épineuse en allemand. Führer serait la traduction de guide, mais il est tellement connoté qu'on préfère trouver autre chose, l'anglais guide par exemple. J'ai pourtant vu Führer employé innocemment dans des sites internet allemands, peut-être qu'il va sortir du purgatoire.
Il rejoindra alors le joli Führerin, qui ne pâtit pas du même ostracisme. Ce n'est pas demain qu'une femme haranguera les foules avec des accents rauques. Comme conférencière, ça ne passerait pas.

dimanche 6 septembre 2009

Le nom des fleurs

fleurs d'été à GivernyC'est un regret exprimé par de nombreux visiteurs de Giverny : la plupart du temps, quand on s'interroge sur le nom d'une fleur magnifique ou curieuse qu'on voit dans les jardins de Monet, on reste sur sa faim. Les étiquettes sont rares.
Il y en a pourtant quelques-unes, celles qui désignaient les semis dans leurs godets notamment, avant que les jeunes plants ne soient mis en place dans les bordures, mais elles semblent davantage à l'usage des jardiniers, comme dans n'importe quel jardin.
L'obstacle principal à l'étiquetage, c'est le fouillis végétal orchestré par Monet. Les fleurs ne sont pas regroupées comme on en a l'habitude par petits bouquets de la même espèce. Elles sont mélangées avec la dextérité d'un croupier de Las Vegas battant les cartes. C'est mission impossible de mettre une étiquette au pied des quelque 100 000 fleurs plantées chaque année.
Quand étiquette il y a, vous n'êtes pas très sûr qu'elle désigne la fleur qui vous intéresse. C'est peut-être sa voisine. Ou encore c'est une étiquette surgie de nulle part, arrachée par quelque visiteur à la vue basse et replantée au petit bonheur la chance. L'information est donc à prendre avec circonspection et à vérifier de retour à la maison.
Beaucoup de visiteurs s'imaginent ainsi que les pétasites s'appellent taxodium, parce que l'arbre qui porte ce nom émerge d'un massif de ces grosses feuilles rondes chères à Monet, et que son étiquette est plantée au milieu des pétasites.
On pourrait, c'est vrai, marquer les arbres de façon plus visible, sur leur tronc à hauteur des yeux. Mais ce côté arboretum, est-ce bien l'esprit du jardin de Monet ? Quand vous regardez un tableau, vous n'avez pas en sous-titres sous chaque touche bleu cobalt, jaune de chrome ou vermillon.
Oui, d'accord, j'exagère. J'adore connaître le nom des plantes, et je regrette souvent de ne pas le trouver. Mais le plus frustrant, c'est de s'approcher d'un rosier superbe, de se pencher sur sa belle étiquette verte, et de lire "Rosa" sans un mot de plus. Soit, mais laquelle ? Que c'était une rose, je le savais !

mercredi 2 septembre 2009

Des nuages dans l'azur

Giverny, le jardin de Claude MonetSi les accumulations de cumulus jouent avec les nerfs des photographes, les journées nuageuses sont aussi l'occasion d'observer des reflets magnifiques à la surface du bassin aux Nymphéas de Claude Monet.
J'ai un faible pour les effets de barbe à papa des gros nuages blancs qui se détachent sur fond de ciel bleu, cet archétype de ciel, tel que le dessinent les enfants. A mon avis c'est le plus joli temps pour venir admirer le jardin d'eau de Monet.
Souvent, les entrées maritimes s'accompagnent d'une brise qui joue dans les rameaux des saules pleureurs. Les vieux arbres d'habitude si prostrés se dérident, ils secouent leurs interminables queues de cheval dans le vent. Cependant, l'étang se ride, les images se brouillent dans son miroir déformant.
L'instant suivant, le vent tombe, le reflet retrouve sa netteté vertigineuse.
C'est le royaume de l'illusion insaisissable.

mardi 1 septembre 2009

Peuplier

Abattage des peupliers à Giverny Le nom, déjà, est un mensonge. Le peuplier ne peut pas plier. Il est raide comme la justice. Ce n'est pas son moindre défaut.
La peupleraie qui bouchait l'horizon derrière le jardin d'eau de Monet est en train de disparaître. Certains, bien sûr, y vont de leur larme. " Ça c'est dommage ! " entends-je dire par quelques visiteurs des jardins de Giverny, dépités qu'on puisse abattre un arbre quel qu'il soit.
On peut pleurer la peupleraie, si l'on y tient. Et c'est vrai que cela fait quelque chose de regarder un arbre de trente mètres s'écrouler, vaincu en une minute par le bûcheron. C'est un bois tendre, la tronçonneuse s'y enfonce comme dans du beurre. Mais nous sommes nombreux à nous réjouir de voir la limite du rideau de peupliers reculer de jour en jour.
De l'avis général, il n'aurait pas fallu les planter. Auparavant, le jardin de Monet était bordé d'une belle prairie à vaches et à moutons, comme on en voit non loin de là. Et puis, en 1982, les peupliers ont été installés. Un petit trou à la bêche, un arbrisseau gros comme un balai glissé dedans, et on rebouche. Un geste répété des centaines de fois.
Ils n'avaient pas l'air méchants alors. Mais ça pousse vite, le peuplier, c'est ce qui a fait sa réputation. Vite et haut. En un rien de temps, la peupleraie a pris de l'ampleur, se dressant comme un armée menaçante. Arrivés à maturité, les fûts puissants masquent la ligne de colline de l'arrière-plan, bien visible sur les tableaux de Monet, ils étendent leur ombre sur le jardin d'eau, et le couvrent d'un tapis de graines duveteuses de plusieurs centimètres d'épaisseur pendant quinze jours au printemps.
Ces raisons vous paraissent bien légères pour prononcer la peine capitale ? Disons alors que ces arbres ont été plantés dans le seul objectif de les abattre, et qu'il est grand temps de le faire avant que leur bois, devenu trop vieux, se dévalorise.
Les bruits de tronçonneuse ont été le fond sonore de la semaine dernière. Aujourd'hui ils s'étaient tus, même si les quatorze hectares de l'exploitation ne sont pas encore dégagés. Les géants s'alignent en bon ordre sur le sol. Que deviendront-ils ? Des meubles, des boites de camembert ?


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