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Giverny News

Le Blog d'Ariane,

mercredi 26 août 2009

Balsamine

BalsamineLa tête à l'ombre et les pieds dans l'eau, voilà la définition du bonheur quand on est une balsamine.
Chez Monet à Giverny, celle-ci frise les trois mètres, installée comme elle est quasi dans le ruisseau. Cette fleur de la famille des impatiences n'est pas indigène en France, elle vient de l'Himalaya, mais elle se plaît dans un climat beaucoup moins rude que son pays d'origine.
Face à des terres aussi hospitalières, la voici qui prospère et se ressème à tout va, provoquant quelque émoi parmi les fleurs locales qui ne savent comment résister à cette géante haute comme l'Everest.
Pour partir à la conquête de l'Ouest, la balsamine dispose d'une formidable arme de tir : au lieu de laisser bêtement ses graines tomber au pied de la plante mère, la balsamine est capable de les projeter à distance. Les semences minuscules sont catapultées au loin, ce qui leur donne toutes les chances de coloniser de grandes surfaces en peu de temps, surtout si l'eau courante des ruisseaux s'en mêle.
Tous les enfants qui ont grandi à la campagne ont joué à faire éclater les graines de balsamine en appuyant légèrement sur la capsule. Pour que ça marche, il faut que la graine soit mûre à point, on ne fait que hâter le processus naturel.
Les biologistes se sont penchés sur cet instant où le ressort se détend. Le mouvement ultra-rapide est dû à "une fragilisation des sutures intercarpellaires et une turgescence dissymétrique des cellules de la paroi." Si je comprends bien, les coutures entre les morceaux de la capsule deviennent moins solides, et certaines cellules se gonflent tout à coup, ce qui fait tout craquer. Mais je me demande, dans le mot intercarpellaires, de quel(le)s carpes il s'agit, étant entendu que ce ne sont pas celles qui viennent bâiller silencieusement à la surface de l'étang de Monet.
La poésie du discours scientifique me fascine, cet usage très particulier qu'on y fait des mots. Chaque chose porte un nom précis, chaque nom désigne une chose précise. C'est univoque, bijectif. Cela me rappelle les schémas de biologie, avec les étiquettes pour décrire les différentes parties observées : les pétales, les sépales, les étamines. Comme les morceaux de viande épinglés de leur nom chez le boucher.
Ce serait si rassurant que ce soit ça, la vie, quelque chose de facile à nommer, à cerner. Alors que notre quotidien est fait de rapports humains, qui sont autrement plus difficiles à définir.

dimanche 23 août 2009

Exposition Joan Mitchell

Expo Joan Mitchell à Giverny Le musée des impressionnismes de Giverny renoue avec son passé de vitrine de l'art américain en accueillant jusqu'à la fin de la saison une exposition consacrée à l'artiste américaine Joan Mitchell.
Née en 1925, l'année précédent la mort de Monet, Mitchell n'est évidemment pas une artiste impressionniste. Elle appartient à l'un des courants post-impressionnistes, l'expressionnisme abstrait, mais son parcours la rapproche curieusement de Claude Monet. On pourrait multiplier les points communs, de sa résidence à Vétheuil à son goût pour la couleur, en passant par la frontalité de sa peinture qui rappelle les toiles tardives du maître de Giverny, son penchant pour les grands formats, ou encore son addiction fatale au tabac.
Artiste majeure, Joan Mitchell s'impose depuis quelques années sur le marché de l'art international. Avec un prix de vente record de 7 millions de dollars, elle est la vice-championne du monde des enchères parmi les artistes féminines, derrière la Russe Natalia Goncharova.
L'exposition retrace une grande partie de sa carrière, depuis ses premières oeuvres des années cinquante jusqu'à la décennie de sa mort, en 1992, à travers une vingtaine d'oeuvres monumentales. On est saisi par ces toiles de grandes dimensions parcourues de vibrantes touches colorées, intenses, d'une incroyable présence. Elles tiennent le mur. Elles captent le regard à vous hypnotiser.
Dans l'interview télévisée proposée en contrepoint des oeuvres, Joan Mitchell est filmée dans son atelier de Vétheuil. Elle fait quelques révélations éclairantes, comme lorsqu'elle explique que son penchant pour les polyptyques vient de ses difficultés à peindre des toiles horizontales. Elle en fait donc plusieurs verticales qu'elle juxtapose.
Surtout, on découvre dans cette interview la personnalité de l'artiste : l'effet qu'elle produit est le même que celui des oeuvres, un mélange de séduction, d'intransigeance, de manière frontale de répondre aux questions qui tournerait vite à l'affrontement. "Vous avez dit qu'une toile fonctionne ou ne fonctionne pas. Qu'entendez-vous par là ?" lui demande la journaliste. "Vous voulez que je vous fasse un cours d'histoire de l'art ?" répond abruptement Mitchell. Pour avouer un peu plus tard qu'elle serait incapable d'enseigner.
Elle est émouvante de sincérité, passant de l'ironie à l'auto-dérision, avant de livrer un poignant témoignage sur la difficulté d'être artiste. On sent qu'elle est en prise avec quelque chose qui la dévore, elle lutte, elle voudrait rendre ce qu'elle ressent. On retrouve Monet.

jeudi 20 août 2009

Les pieds dans l'eau

La taille des nénupharsPour cette journée la plus chaude de l'année, le thermomètre est monté à 37,5 degrés hier à Giverny. Les visiteurs de la Fondation Monet s'attardaient du côté du jardin d'eau, en rêvant de faire trempette dans la rivière.
C'est cette journée caniculaire que les jardiniers ont choisie pour procéder à la taille des nénuphars, une opération assez désagréable par temps froid mais qui revêtait soudain un attrait incontestable.
On ne peut guère tailler les nymphéas depuis une barque. Le meilleur moyen est de se tenir debout dans le bassin.
Les jardiniers enfilent des cuissardes et, de l'eau jusqu'au torse, s'avancent avec précaution. L'eau est plus profonde qu'il n'y paraît, le fond du bassin étant dissimulé sous une bonne épaisseur de vase dont chaque pas soulève des nuages.
La tâche consiste à éclaircir les taches de nénuphars. Non pas qu'on procède à quelque tour de main de lavandière, le nénuphar n'est pas spécialement salissant, si vous préférez, on enlève une partie des feuilles des radeaux de nymphéas.
Si on les laissait faire, ces plantes extrêmement vigoureuses recouvriraient vite tout le bassin, une propriété qui a inspiré à Albert Jacquard son inquiétante équation du nénuphar.
Je ne sais pas si elles en mourraient. Mais elles sont plus jolies, les fleurs sont plus visibles quand il n'y a pas trop de feuilles, ce qui permet qu'elles flottent à la surface plutôt que de s'entasser les unes sur les autres. Et puis c'est l'effet que Monet entretenait, il voulait qu'on aperçoive les reflets entre les horizontales des nymphéas.
Les jardiniers arrachent les feuilles superflues ou brunies, tout au bout de leur interminable tige rouge. Où les mettre ? Elles sont si volumineuses ! Le fait d'être au milieu de l'eau, à avancer avec des gestes de scaphandrier, complique tout. Heureusement, le petit canot est là pour servir de poubelle flottante.
Plusieurs jours de travail sont nécessaires pour nettoyer tous les nénuphars : la canicule ne durera pas aussi longtemps.

lundi 17 août 2009

Serres

Serres à Giverny Par la rue Hélène Pillon, on arrive aux serres de Giverny. Ce n'est pas loin de la maison de Monet, on aperçoit son toit d'ardoises à l'arrière-plan, juste devant les frondaisons ornementales du jardin d'eau, et celles, uniformes et démesurées, des peupliers.
C'est ici que tout commence, sous ces toitures de verre, dans cette atmosphère tiède et humide propice à la germination. Là que les graines insaisissables des pavots, les longues graines en amande des tournesols rejouent chaque année leur mystérieux numéro de prestidigitation. De ces concentrés d'ADN vont naître des tiges, des feuilles, des corolles, des étamines, des pistils déterminés, semblables et uniques.
Je ne sais pas si, quand on en fait lever autant chaque année, on reste aussi fasciné que le jardinier amateur qui assiste émerveillé à la naissance de ses salades ou de ses cosmos. Quatre-vingts pour cent des fleurs plantées dans les jardins de Monet ont d'abord été produites dans ces serres, soit quelque chose comme 100 000 à 150 000 godets.
Cela représente des palettes et des palettes d'annuelles et de bisannuelles, qui, dès qu'elles sont sur le point de s'épanouir, sont placées dans les massifs.
Ces serres modernes complètent celle qui se trouve dans le jardin lui-même, et qui est une restitution de celle du peintre.
Comme au théâtre, le public n'est pas admis dans les coulisses. On n'ira pas voir ce qui mijote en cuisine. Mais on s'imagine l'ampleur du lieu et la rigueur nécessaire. Rien que les commandes de graines, même si elles sont bien rodées depuis trente ans, doivent être un sacré casse-tête. Encore pire que la liste énigmatique des fournitures scolaires à trouver d'ici la rentrée.

dimanche 16 août 2009

Chaise de bureau

Chaise de bureau, maison de Claude Monet La rentrée approche, et avec elle l'heure de troquer la chaise longue pour la chaise de bureau.
Celle que voici se trouve dans la maison de Claude Monet, dans son salon-atelier. Elle est placée devant l'un des bureaux Napoléon III du peintre, au même endroit qu'il y a cent ans.
Voilà l'idée que l'on se faisait d'une chaise de bureau confortable à l'époque de Monet. J'ai toujours été intriguée par ses pieds décalés, deux d'entre eux dans l'axe de la personne assise.
Je viens de trouver une explication à cette bizarrerie dans le "Guide des meubles et des styles" de Françoise Deflassieux, éditions Solar (p.273). L'idée n'était pas nouvelle au 19e, elle avait plus d'un siècle.
Sous une illustration présentant un siège canné Louis XV, lui aussi avec les pieds décalés, l'auteur précise que "le fauteuil de bureau est conçu en vue d'un maximum de confort d'assise pour l'homme devant rester de longues heures à sa table de travail : dossier très enveloppant et jambes légèrement écartées de part et d'autres du pied central.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, messieurs. Perso, ça ne me dit rien qui vaille. Ça ressemble plutôt à un instrument de torture pour empêcher les gens de plume de se balancer sur les pattes arrières du siège, histoire de leur couper les ailes.
La preuve que ce n'était pas une bonne idée ? On l'a fichue aux orties et on a inventé les sièges de bureau à roulettes !

samedi 15 août 2009

Un parfum d'enterrement

Dahlias à GivernyJ'ai un peu le cafard ce soir, celui que laisse la fin d'une fête : l'exposition Monet est finie, les tableaux vont quitter Giverny. Chacun rentre chez soi dans son musée ou chez son propriétaire respectif, et cela me fait l'effet d'amis qui s'en vont.
Certains ne partent pas loin, à Vernon, à Dreux, au Havre, à Paris, mais pour d'autres il y a peu de chances de les revoir un jour, la terre est grande et la vie est courte.
Il faut qu'ils partent, bien sûr, pour qu'une nouvelle expo puisse avoir lieu, régénérant l'intérêt, renouvelant l'appétence. Mais il y a dans chaque adieu une angoisse sourde, peut-être la prescience du dernier.
Rien de cela n'était sensible dans les jardins de Monet aujourd'hui, plus beaux que jamais. Par le temps radieux de ce 15 août, c'était une joie de flâner autour du bassin couvert de nénuphars en efflorescence, ou dans les allées diaprées du clos normand.
Mon client de ce matin semblait particulièrement heureux de sa visite. On nageait au milieu de fleurs qui s'étageaient de nos pieds à nos têtes dans un festival de couleurs douces ou vives. "C'est comme à la maison !" s'est-il écrié pour sa femme, en lui montrant un glaïeul. Puis il s'est tourné vers moi avec un sourire amusé, sûr de son effet : "J'ai grandi dans une entreprise de pompes funèbres, m'a-t-il expliqué. L'odeur des fleurs m'est familière, elle me rappelle les enterrements !"

vendredi 14 août 2009

Orientation

Les AndelysC'est l'heure où le soleil plonge derrière la crête de la colline, rosissant les nuages légers qui filtrent ses rayons au-dessus de la vallée de la Seine.
Vous êtes assis sur la pelouse face à Château-Gaillard, à savourer la fin du jour. Le fleuve se la coule douce ; il parade sans une ride devant le Petit Andely.
La flèche de l'église Saint-Sauveur pointe, fine comme une aiguille. Une aiguille de boussole.
Dans le crépuscule on distingue encore le choeur entouré de ses arcs boutants. A l'opposé, le porche occidental doit être en train de flamboyer dans le soleil couchant.
Les églises gothiques sont presque toujours tournées vers l'Est. Dans le paysage, on peut s'en servir pour repérer les points cardinaux. Un truc utile en Normandie, où l'on n'a pas toujours le soleil pour s'orienter, ni les étoiles qui, filantes ou pas, se défilent souvent.

jeudi 13 août 2009

Musée des Impressionnismes : premier bilan

Expo Monet à Giverny L'exposition Monet s'achève samedi, et déjà la presse locale dresse un premier bilan de la fréquentation du tout nouveau Musée des Impressionnismes Giverny.
Les visiteurs se sont pressés en foule pour voir les Nymphéas de Claude Monet revenus sur le lieu de leur création : le cent millième visiteur a franchi les portes du MDIG dès le 5 août, il a été fêté comme il se doit.
Compte tenu de la situation de Giverny à mille milles de toute terre habitée, de la taille réduite des galeries qui ne sont pas celles du Grand Palais, de la brièveté de l'exposition (trois mois et demi seulement), et du laps de temps très court qu'a eu le nouveau musée pour communiquer, c'est un magnifique succès.
Je m'en réjouis à plus d'un titre. D'abord parce que cela aurait été dommage que le public ignore cette superbe réunion de 28 toiles du maître de Giverny, et puis parce que je souhaite longue vie au musée des impressionnismes, qui va gagner en notoriété et devenir un lieu incontournable à visiter en Normandie.
Comme Euroise et Haut-Normande, c'est une satisfaction de constater que les pouvoirs publics ont réussi leur pari. La communication institutionnelle a été très forte, si bien qu'un tiers des visiteurs sont Haut-Normands, du jamais vu.
Conséquence de ce succès, le stock des catalogues s'épuise. Il s'en est écoulé près de 3000, et c'est encore une nouvelle qui me fait plaisir car c'est un très beau livre, bourré d'informations sur Monet.
Une seule ombre au tableau, on n'est pas près de revoir des Nymphéas à Giverny. Monet reviendra, c'est promis, mais plutôt sur une autre thématique, des Meules par exemple.
J'espère que d'ici là, la décision qui s'impose aura été prise concernant le jardin du musée. Malgré tout le respect et l'admiration que j'ai pour l'oeuvre du paysagiste Mark Rudkin, il faut faire quelque chose pour que le musée ne disparaisse pas sous la végétation. La quantité de gens qui m'ont dit qu'ils ne l'avaient pas visité car ils ne l'ont pas trouvé, c'est tout simplement désolant.

dimanche 9 août 2009

Garçonnière

Claude Monet, la Maison du douanier, effet rose, 1897, huile sur toile, collection particulièreClaude Monet, la Maison du douanier, effet rose, 1897, huile sur toile, collection particulière. Cette bâtisse n'était pas une garçonnière, cela va sans dire.

Un des préjugés du 19ème siècle était que les garçons avaient besoin de moins de confort que les filles, et cette opinion a perduré une bonne partie du 20e. A Giverny, les jeunes filles Hoschedé avaient leurs chambres au-dessus de la cuisine, tandis que les garçons devaient gravir un étage de plus pour aller dormir sous les combles, très froids en hiver, très chauds en été.
Cet inconvénient était partiellement compensé par l'avantage de ne pas être juste sous le nez des parents. "C'était leur garçonnière !" s'est exclamé un de mes clients américains, en français dans le texte.
C'était drôle d'entendre ce mot aimablement libertin appliqué au dortoir des jeunes Monet-Hoschedé sous le toit parental, où Alice devait faire régner la plus stricte moralité.
Le mot français a traversé les océans pour accoster en Louisiane. Tout en gardant sa connotation, il s'est adapté aux us et coutumes locaux.
A l'époque de Monet, les aïeux de ce visiteur de Giverny possédaient une vaste plantation près de la Nouvelle Orléans, où ils cultivaient le coton, la canne à sucre et l'indigo. "La garçonnière désigne une petite maison à l'écart de l'habitation principale, où les jeunes gens de la famille pouvaient rencontrer des esclaves."
Brrr ! La définition m'a fait l'effet d'une douche glacée. C'était dit sans porter de jugement, sans affect. Et bien sûr ce monsieur était aussi innocent que moi des viols commis dans le passé. Mais en l'écoutant me délivrer cette information, j'ai pris conscience du fait que l'esclavage était pour lui quelque chose de concret, et d'abstrait ici.
Et puis, comment dire ? Difficile de ne pas ressentir un certain malaise. Tant d'années plus tard, quel poids portons-nous encore des exactions de nos ancêtres ?

jeudi 6 août 2009

La chambre de Claude Monet

La chambre de Claude Monet à GivernyLa visite de la maison de Monet à Giverny fait entrer dans l'intimité familiale du peintre. Nulle part ailleurs on ne se sent aussi proche de l'homme qu'il a été, travaillant et vivant dans une demeure patiemment décorée par ses soins, reflet de ses goûts, d'un mode de vie, d'une époque.
Une des pièces où se manifeste le plus ce sentiment d'intimité, c'est bien sûr sa chambre à coucher. Que faisons-nous là ? Ne sommes-nous pas un peu indiscrets ? Plus de quatre-vingts ans après la mort du maître dans ce même lit, il paraît encore habiter la chambre.
Peu de personnes y étaient admises, mais il arrivait à Monet d'y conduire ses visiteurs. C'est qu'il avait accroché dans cette pièce sa propre collection d'oeuvres offertes, échangées ou achetées à des artistes amis.
A son époque, les murs de la chambre étaient couverts de trente-cinq toiles accrochées les unes à côté des autres. On y voyait douze Cézanne, quatre Renoir, et des oeuvres de Sisley, Pissarro, Boudin, Delacroix, Jongkind, Morisot, Signac, Caillebotte, Chéret, Guys, Carolus Duran... Ces oeuvres sont conservées aujourd'hui au Musée Marmottan-Monet à Paris.
On accède à la chambre de Monet par un escalier très raide, aussi pentu qu'une échelle de meunier. La place ne manquait pas, pourtant, pour faire un escalier plus facile à gravir.
Monet a installé sa chambre et son cabinet de toilette au-dessus du salon-atelier, cette grange transformée à son arrivée à Giverny en atelier, puis devenue salon-fumoir après la construction du deuxième atelier. Le peintre pouvait ainsi passer aisément de l'un à l'autre, à n'importe quelle heure.
A l'entrée dans la chambre, celle-ci étonne par ses dimensions. C'est une vaste pièce presque aussi grande que l'atelier, par la force des choses. Monet, pourtant, y dormait seul. Dans les familles bourgeoises, on copiait l'aristocratie : de même que les châteaux disposaient d'appartements distincts pour le châtelain et la châtelaine, chez les bourgeois, Monsieur et Madame faisaient chambre à part. Ce n'est pas Alice qui devait s'en plaindre, vue l'habitude de Monet de se lever dès quatre heures et demie ou cinq heures du matin. Qu'on se rassure, une porte de communication reliait la suite de Monet à celle de sa femme.
La chambre est éclairée de trois baies donnant sur le jardin, devant lesquelles le soleil tourne du milieu de la matinée jusqu'au soir. C'est la pièce la plus lumineuse de la maison.
Irrésistiblement attiré, on s'approche. Le jardin s'étire comme un tapis, emplissant le paysage. A part lui, on ne voit rien. Monet surveillait-il à l'occasion ses jardiniers depuis ce poste de guet ? Il devait se régaler en tout cas de la vue qu'il s'était organisée, les allées qui se coupent à angle droit, les pelouses sous les cerisiers du Japon, et surtout les masses de fleurs exubérantes et colorées du printemps à l'automne. A l'arrière-plan, les arbres du jardin d'eau élèvent l'écran de leur masse verte.

lundi 3 août 2009

Expo 2010 : l'impressionnisme au fil de la Seine

Musée des Impressionnismes Giverny L'exposition Monet n'est pas encore finie (plus que quelques jours ! Dépêchez-vous !), l'expo Joan Mitchell pas encore commencée (le 23 août) qu'on sait déjà quel sera le thème des expositions 2010 et 2011 au Musée des Impressionnismes Giverny.
Celle qui ouvrira la prochaine saison le 1er avril 2010 s'inscrira dans le cadre du festival Normandie Impressionniste. Elle déclinera "L'impressionnisme au fil de la Seine", un joli sujet qui permettra de mettre en relation une soixantaine de toiles d'Eugène Boudin à Henri Matisse. On y verra des chefs-d'oeuvres de Renoir, Sisley, Seurat, et, ouf ! Claude Monet.
L'expo d'été et d'automne sera consacrée à un artiste pointilliste.

L'année 2011 sera une année Bonnard à Giverny ! Plus jeune que Monet d'une génération, Pierre Bonnard a habité Vernonnet, le quartier de Vernon sur la même rive que Giverny. Les deux maîtres s'estimaient beaucoup. Deux expositions Bonnard devraient se succéder, la première consacrée à sa période normande, la seconde à ses oeuvres du Cannet.
Voilà une programmation qui devrait plaire à un très large public. Je me fais d'avance une fête de toutes ces belles oeuvres qui vont venir nous rendre visite à Giverny, et tout spécialement des Bonnard, un de mes artistes préférés. Quel bonheur !

samedi 1 août 2009

Giverny sur Télématin

Giverny début août Aifelle a la gentillesse de me signaler que la maison et les jardins de Monet ont fait l'objet d'un reportage aujourd'hui dans Télématin. Si comme moi vous avez raté le magazine, la séance de rattrapage est ici en fin d'émission. Placez le curseur sur 1h45.
Le reportage est assez bien fait pour atteindre son but, donner envie de venir à Giverny, et c'est là l'essentiel.
L'enthousiasme de Damien Thévenot n'y est sans doute pas pour rien. Il a le ton et presque le timbre de Nicolas Hulot, et un sourire à faire de la pub pour du dentifrice.
On voit l'intérieur de la maison avec un enchaînement entre les photos d'époque et les vues d'aujourd'hui, le jardin de fleurs, le jardin d'eau... Avec des trouvailles très cinéma, les volets qui s'ouvrent, le reflet de la porte dans le miroir, le soleil qui joue à travers les feuilles : pas facile de filmer du mouvement dans un lieu conçu comme un tableau.
Gilbert Vahé, le chef-jardinier, est interviewé. Dommage de l'interroger sur la vie de Monet, même s'il la connaît très bien, alors qu'il est un très grand professionnel avec une profonde sensibilité artistique, et la mémoire vivante de la restauration des jardins.
Passons sur l'envahissante bande sonore. Le plus étrange, c'est le choix des tableaux pour illustrer ce reportage. Impression, Soleil levant (Le Havre), les Glaçons et le Jardin de l'artiste (Vétheuil), le Déjeuner, la Liseuse (Argenteuil)... Les seuls tableaux faits à Giverny sont deux Nymphéas et un pont japonais. Il y avait pourtant le choix entre près de 500 toiles !
Évidemment, j'ai remarqué quelques inexactitudes, elles sont inévitables, mais des dates fausses par-ci par-là, qu'est-ce que ça peut faire ? Des bêtises, on en dit tous.
C'est la rançon du rythme de la télé, pas le temps de tout vérifier. Il en découle forcément de la banalité et de la superficialité, mais comme il faut faire court, ce n'est pas bien grave.
C'est précisément ce qui capte mon attention. Ce sujet que je connais trop bien, qu'en retient l'oeil neuf d'un journaliste qui le découvre ? Comment résumer Giverny en quelques mots, sans omettre ce qui paraît trop évident ? Qu'ajouter aux images ?


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