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Giverny News

Le Blog d'Ariane,

mercredi 27 février 2008

Musée d'Art Américain Giverny : expos 2008

Musée d'Art Américain GivernyLe Musée d'Art Américain rouvrira ses portes le 1er avril prochain avec deux belles expositions : "le temps des loisirs", déjà présente l'année dernière, qui restera à l'affiche pendant toute la saison et "portrait of a lady" à voir jusqu'au 14 juillet 2008.
Le temps des loisirs propose un parcours à travers l'histoire de l'art américain à partir d'oeuvres de la Terra Foundation for American Art. Le thème retenu, les loisirs, est décliné depuis le 18ème siècle, lorsque le loisir se résumait à une brève interruption dans le travail, à la faveur du passage d'un musicien ambulant par exemple, jusqu'au 20ème siècle et à l'invention des loisirs de masse caractérisés par l'image de plages bondées. Dans l'intervalle, au 19ème siècle, les loisirs sont devenus l'apanage d'une bourgeoisie aisée qui marque par son oisiveté l'accession à un rang social élevé.
Cette évolution sociologique se révèle dans les sujets des tableaux sélectionnés, le parcours chronologique faisant apparaître en parallèle l'évolution de l'art pictural aux Etats-Unis sur une période de deux siècles.

Portrait grisL'exposition Portrait of a lady (portrait de dame) proposée en même temps ce printemps au MAAG se focalise sur une période de temps beaucoup plus courte : des années 1870 à la Première Guerre Mondiale, c'est-à-dire à peu de choses près la période où Giverny était une colonie d'artistes américains.
Les 35 peintres et photographes qui ont été sélectionnés pour cette exposition ont tous plusieurs points communs : ils sont Américains, leurs oeuvres appartiennent à des collections françaises, elles ont pour sujet principal une femme.
Il est assez étonnant de voir à quel point les musées français regorgent d'oeuvres d'artistes américains, achetées par l'Etat, données par les artistes eux-mêmes pour leur promotion ou léguées par des particuliers. Une étude financée par la Terra Foundation a permis de les recenser tous. Les portraits féminins y figurent en bonne place.
Sous les pinceaux américains, devant l'objectif, c'est une femme élégante et idéalisée qui apparaît, une beauté sublime et gracieuse qui contraste avec l'image plus sensuelle de la femme offerte à la même époque par les peintres français.

Ci-dessus : John White Alexander Portrait gris dit aussi La Femme en gris, vers 1893. Huile sur toile, 190 x 90 cm Paris, musée d’Orsay ©Photo RMN / Hervé Lewandowski

lundi 25 février 2008

Bardeau

toit de bardeauComme tout château qui se respecte, celui de la Roche-Guyon a sa chapelle. Elle est coincée dans une courette entre le corps principal du château et la falaise.
Comme elle ne se visite pas, on ne peut en découvrir que l'extérieur, qui ne présente pas une grande originalité en dehors de sa toiture. L'escalier qui mène au donjon permet de l'observer depuis le dessus.
Un joli toit un peu rustique, n'est-ce pas ? Il est composé de petites planchettes de bois, un revêtement qui se nomme un bardeau.
Pourquoi ne pas l'avoir fait en tuiles ou en ardoises, matériaux plus "nobles" qui paraîtraient mieux convenir à une chapelle, à un château ?
Parce qu'on n'en finirait pas d'avoir des tuiles ou des ardoises cassées. Placée au pied de la falaise, la chapelle est exposée aux chutes de petits bouts de pierres. Avec son toit en bois, elle ne risque rien. Les cailloux rebondissent sur le bardeau et finissent leur chute en roulant tranquillement dans la cour.
A la Roche-Guyon toutes les maisons construites à proximité de la falaise ont des toits de bardeau.

samedi 23 février 2008

Humour noir

porte blindée avec judas Un visiteur du château de la Roche-Guyon a remarqué la ressemblance entre les portes blindées munies de judas qui protègent l'accès du donjon et... les entrées bien gardées des boîtes de nuit ! Il lui a suffit de ramasser un bout de craie détaché de la falaise pour écrire sur la porte la précision qui manquait :

BOITE DE NUIT
TENUE CORRECTE EXIGEE

Concentrée sur l'aspect médiéval du château, je n'ai rien remarqué quand j'ai fait la visite et pris la photo. Ce n'est que face à l'écran que j'ai découvert cette légende au savoureux humour noir.
Après être passée à côté en gravissant puis en redescendant les quelque 250 marches qui mènent à la tour, c'était vraiment avoir l'esprit de l'escalier.

mercredi 20 février 2008

Sourire

Photo AFPÇa s'est passé hier à Zurich. Deux des tableaux volés la semaine dernière ont été retrouvés : le van Gogh et le Monet.
Il manque encore le Cézanne et le Degas, mais tout de même, quelle joie de récupérer ces deux-là.
Regardez le sourire radieux du porte-parole de la police de Zurich, M. Cortesi, pendant la conférence de presse. Il y a des jours qui comptent dans la vie d'un représentant des forces de l'ordre.
Et derrière lui, les deux oeuvres magiques aux formats identiques se répondent, le gros plan et le paysage.
Il se chuchote qu'ils ne seraient réapparus que contre compensation... Si c'est vrai, le secret est bien gardé dans un coffre suisse. C'est peut-être mieux de ne pas savoir.
Souhaitons un prochain épilogue aussi heureux pour les deux autres tableaux.

dimanche 17 février 2008

Passage secret

passage secretOn croirait se trouver dans les entrailles d'un monstre.
A la Roche-Guyon, le château situé au bord de la Seine est relié à son donjon en haut de la falaise par un passage secret. Un incroyable escalier s'enfonce dans l'épaisseur du roc.
Les bâtisseurs ont réalisé un exploit, mais un exploit relatif : la pierre est assez tendre à la Roche-Guyon, c'est un genre de craie entrecoupée de rangées de silex. Depuis toujours on a exploité cette possibilité de la creuser facilement. Le village était à l'origine entièrement troglodytique, il compte encore beaucoup de cavités, qu'on nomme ici des boves.
La visite du château de la Roche-Guyon est passionnante, il y a tant à voir qu'on ne peut tout parcourir en une fois. Pourtant, il faut garder un peu de place pour le dessert.
La montée au donjon, c'est vraiment quelque chose d'extraordinaire. Elle demande un peu de condition physique : plus de 150 marches très hautes, 40 cm pour certaines. Mais quelle sensation étonnante de se trouver dans ce boyau tout blanc de craie, bouché au 18ème siècle et redécouvert au 20ème ! Et quelle récompense au sommet, avec la vue qui se déploie sur le village, la boucle de la Seine et se perd à l'horizon dans la brume...
Il n'y a plus de guetteurs au château de la Roche-Guyon. Mais un gardien surveille le donjon et les visiteurs qui s'y trouvent. Autant dire qu'il s'avale quelques milliers de marches toutes les semaines, à la montée et pire, à la descente.
Ce métier, ça vous fait des mollets de cycliste et un coeur d'alpiniste.

vendredi 15 février 2008

Tour Saint-Martin

La Tour Saint-Martin à Mantes-la-Jolie, FranceIl y a des tours d'enceintes moyenâgeuses qui font les faraudes sous les feux de la rampe tous les soirs, enfilées comme des perles le long d'un rempart caressé par les projecteurs. Des monuments choyés, bichonnés et pomponnés, habilement restaurés par des entreprises hautement qualifiées.
Et puis il y a les tours oubliées au fond des cours, toutes monuments historiques qu'elles soient.
C'est une surprise délicate pour le promeneur de découvrir par hasard l'une de ces vieilles dames endormie dans son coin. Elle a l'air de s'être trompée d'époque. Elle se demande peut-être ce qu'elle fait là, dans ce parking réservé à la clientèle. Pour le passant, c'est l'irruption d'un témoin d'un autre âge dans notre monde actuel, une impression qui peut être plus forte que devant un monument soigneusement mis en valeur qui a toujours un petit côté déco.

A Mantes-la-Jolie, la tour Saint-Martin défie le temps dans une arrière-cour à l'écart des flux touristiques. Elle semble à l'abandon, mais elle n'est pas ignorée pour autant, un panneau explicatif renseigne le promeneur qui aurait l'idée de diriger ses pas de ce côté, peut-être en suivant l'itinéraire de la promenade Saint-Maclou proposée par la ville.
Autrefois la tour faisait partie des remparts qui protégeaient les habitants de Mantes, elle gardait la Porte aux Saints voisine et le prieuré Saint-Martin qui lui a donné son nom. Elle date du 15ème siècle.
Pourquoi, quand on a démantelé l'enceinte, a-t-on conservé cette tour ? Mystère !
Le palimpseste n'a pas été tout à fait gratté, il reste des traces déchiffrables qui nous rappellent que nous ne sommes pas les premiers à marcher à cet endroit.
Si cela pouvait nous aider à nous souvenir que nous ne serons pas les derniers non plus...

mercredi 13 février 2008

Vol de tableau

Coquelicots près de Vétheuil, Claude MonetLa fondation Bührle l'appelle les Coquelicots près de Vétheuil. Ce tableau de Claude Monet a été volé dimanche.
J'avais déjà parlé de Champ de Coquelicots près de Vétheuil, et la nouvelle de sa disparition me choque et me peine.

Il y avait paraît-il quinze personnes encore présentes dans les salles du musée au moment où les gangsters ont fait irruption avec leurs visages masqués et leurs armes braquées. Cela a dû être un moment épouvantable à vivre. Un cauchemar éveillé.
Prenons-nous des risques à visiter les musées, comme nous en prenons tous les jours sans y penser en allant à la banque ou à la station service ? Toute l'année j'ai répété aux visiteurs qui regrettaient de ne voir que des reproductions chez Monet que cela valait mieux pour notre sécurité à tous. Pour le grand banditisme, nos vies ne valent pas cher face à une concentration de chefs d'oeuvre.

Si je suis peinée, c'est que voici une oeuvre soustraite à l'admiration du public. Elle vient de basculer de l'autre côté du miroir, seules quelques personnes peuvent la voir. Les toiles de maître dont la cote grimpe trop haut attisent les convoitises. Que va devenir celle-ci ? Les voleurs sauront-ils en prendre soin ? La reverra-t-on ? Finira-t-elle par être relâchée moyennant rançon, à la façon d'un otage ?
En attendant et jusqu'à nouvel ordre, le musée zurichois est fermé. Le site de la fondation Bührle reste néanmoins ouvert, avec sa visite virtuelle des salles.
Je me suis promenée de pièce en pièce à la recherche des Coquelicots de Monet. La toile se trouvait dans le salon de musique de cette villa du 19ème siècle, avec à ses côtés les trois autres oeuvres volées.
Ce n'est pas très étonnant que les voleurs se soient servis dans la même pièce. Mais voir "revivre" ces oeuvres dans leur accrochage d'avant le vol a quelque chose d'émouvant et navrant. Le panoramique permet de faire le tour de la salle, photographiée alors qu'elle était intacte. On voit le Monet, le Degas, le van Gogh, le Cézanne, tous côte à côte ou presque dans cette petite pièce.
On admire, on déplore, et tout à coup une pensée insidieuse, odieuse, fait surface. Les braqueurs ont-ils surfé sur ces mêmes images pour préparer leur coup ? Cette affaire relancera-t-elle le débat autour de l'opportunité de proposer des visites virtuelles ?

jeudi 7 février 2008

Le prix du beurre

La tour de Beurre, cathédrale de Rouen On avait eu la fracture sociale, puis l'insécurité, voici maintenant que le pouvoir d'achat est le préoccupation essentielle des Français. C'est du moins l'avis des médias qui excellent dans l'art de faire du neuf avec du vieux.
Le coût de la vie, n'est-ce pas une vieille rengaine ? Il y a déjà quelques années, je me souviens que la question du prix du beurre animait les repas de famille. C'était devenu un jeu de lancer le sujet et de voir combien de temps le débat allait durer.
Aujourd'hui leur porte-monnaie raplapla contraint les Français à se serrer la ceinture, et voyez comme les choses sont bien faites, on vient d'entrer en Carême mercredi dernier.
On n'a plus qu'une très vague idée de ce que ce mot recouvrait de privations pour les chrétiens d'avant le concile de Vatican II, jusque dans les années 1960, et de l'habileté qu'il fallait pour préparer un repas sans viande ni graisse animale ni oeuf ni lait.
Il y avait pourtant un moyen jadis, c'était de faire un don important à l'église, ce qui vous valait l'indulgence du clergé et vous autorisait à consommer des aliments interdits pendant le Carême. A Rouen on dit que c'est grâce à la gourmandise des bourgeois que la tour sud de la cathédrale a pu être bâtie. Ils désiraient tant continuer à savourer le bon beurre normand qu'ils payaient sans sourciller. La tour, en pierre un peu plus jaune que le reste de l'édifice, a gardé le nom de tour de Beurre.
Je me demande à combien pouvait bien leur revenir la plaquette de beurre alourdie de cette "taxe". Cela devait en faire un produit affreusement luxueux pendant 40 jours.
Il faut croire que leur pouvoir d'achat ne devait pas trop préoccuper les riches Rouennais...

mercredi 6 février 2008

La rose du Paradis

Rosace cathédrale d'Evreux Une rose à chaque porte, c'est le raffinement des plus belles églises du Moyen-Age. A la cathédrale d'Evreux, le portail ouest et chaque bras du transept est orné de sa rosace.
La règle veut que les églises soient pointées vers l'Est, comme de grandes boussoles qui désigneraient la Terre Sainte. Elles ont la forme d'une croix. La partie la plus sacrée, le choeur, se trouve à l'Est. La plus profane, celle par où entrent les fidèles, à l'ouest.
Le transept, la branche "horizontale" de la croix formée par le plan de l'église, se retrouve orienté Nord-Sud, le Nord à gauche et le sud à droite quand on se place au pied de la croix, face à la porte ouest de l'église. (Il va de soi que cette règle d'orientation des églises souffre de nombreuses exceptions, c'est ce qui fait leur charme.)
Les bâtisseurs ont aimé représenter le Jugement dernier du côté où le soleil se couche, comme un symbole de la fin du monde. C'est une scène que l'on retrouve souvent au dessus de l'entrée, au tympan, ou alors dans la rose qui orne la façade ouest. A Evreux le Jugement dernier avec ses damnés et ses démons est carrément au Nord, c'est le thème de la rose Nord du transept.
En face de l'Enfer, la rosace qui lui fait pendant côté Sud a reçu le nom de rose du Paradis. Elle date de la fin du 15ème siècle, elle a été construite sous le règne de Louis XI. Il y a un quart de siècle, on pouvait encore admirer les couleurs pastels de ses magnifiques vitraux qui représentaient le couronnement de la Vierge. Malheureusement, les verrières ont été détruites en 1983 par un orage de grêle. Il ne reste que le réseau de pierre, d'une élégance parfaite.

mardi 5 février 2008

Rempart

Rempart gallo-romain d'EvreuxAu musée d'Evreux, dans la salle consacrée à l'Antiquité, le mur lui-même est une pièce d'archéologie. C'est un morceau parfaitement conservé du rempart gallo-romain qui entourait le castrum, la partie fortifiée de la ville au 3ème siècle.
La ville d'Evreux a conscience de posséder là quelque chose d'unique en Normandie. Elle chérit son rempart gallo-romain, mis en valeur chaque fois que c'était possible, et qui a fait l'objet d'une publication qu'on peut se procurer au musée, le "Guide du rempart gallo-romain" d'Eric Follain.

Nous nous trouvons là de l'autre côté du mur qui borde le miroir d'eau, dont les deux faces nous sont ainsi données à voir de façon spectaculaire.
Ici, c'est l'intérieur de l'enceinte. Alors que la paroi extérieure est verticale, l'intérieur présente des retraits à mesure que l'on monte, le haut de la muraille étant moins large que le bas.
Le plus curieux ce sont ces énormes blocs de réemploi provenant de bâtiments détruits. On devine des tronçons de colonnes, des chapiteaux... Ils ont l'air posés un peu n'importe comment mais ce n'est qu'une apparence. "Le massif de fondation est installé avec le plus grand soin", note Eric Follain. Les blocs sont retaillés quand c'est nécessaire. L'aspect esthétique importe peu, car on ne les verra pas.
En effet les gallo-romains ont l'habitude d'appuyer un énorme talus de terre au mur d'enceinte, côté interne. Le sommet du talus sert de chemin de ronde à la garde, sa masse renforce la solidité du rempart.
Les blocs de pierre, les moellons de calcaires, les rangées de tuiles se sont bien conservés sous toute cette terre. On a même retrouvé les trous qui correspondaient aux boulins, ces pieux fichés dans la muraille qui servaient à supporter les échafaudages.
Les archéologues qui ont étudié le mur du musée d'Evreux ont pu observer les dépôts de poussières laissés par le piétinement des maçons et se convaincre que le travail avançait au rythme d'une hauteur de moellon par jour. Arriver à cette précision, pouvoir se rapprocher si près des gens qui ont bâti ce mur, voilà qui fait ressentir le frisson de l'Histoire...

dimanche 3 février 2008

Ebroïcien

Fresque gallo-romaine, EvreuxIl a le visage un peu penché de quelqu'un d'attentif, un regard plein d'intelligence, la bouche sur le point de parler. Cet homme aux cheveux gris vivait il y a dix-huit siècles, vers 250 ou 275 après J.C. dans une ville qui ne s'appelait pas encore Evreux mais Mediolanum.
Cet émouvant fragment de fresque gallo-romaine a été retrouvé en 1989 en plein centre ville, dans la très commerçante rue de la Harpe. C'est en dégageant une descente de cave que F. Gerber a découvert ces éléments de visage.
Ce "premier portrait d'un Ebroïcien" comme dit le cartel est entré au musée d'Evreux trois ans plus tard.
Quand ils ont envahi la Gaule les Romains ont amené avec eux toute leur civilisation : leurs dieux, leurs monuments, leurs routes, etc, mais aussi leurs techniques et leurs arts. C'est ainsi que les villas de Mediolanum se trouvaient décorées d'enduits peints à la mode de Rome, et les sols recouverts de mosaïques.
Ce raffinement n'a pas résisté aux vagues successives d'invasions qui ont ravagé la région. Les Barbares brûlaient tout sur leur passage. Pour s'en défendre les habitants de Mediolanum ont édifié le rempart gallo-romain dont il subsiste d'importants vestiges. Ils ont aussi pris la précaution d'enterrer leurs richesses, emportant parfois leur secret dans la tombe. Un énorme trésor datant du 4ème siècle ne devait refaire surface qu'en 1890.

vendredi 1 février 2008

Musée Flaubert, les enfants du secret

Musée Flaubert, expo les enfants du secretPour sa dernière exposition le musée Flaubert de Rouen s'est penché sur le drame des bébés abandonnés au 19ème siècle.
Pas forcément très réjouissant comme expo, mais c'était la triste réalité d'il n'y a pas si longtemps, à l'époque de Monet et Camille.
Quel rapport, me direz-vous, entre l'illustre écrivain rouennais Gustave Flaubert et les enfants trouvés ? C'est que papa Flaubert, qui répondait au doux prénom d'Achille-Cléophas, était le chirurgien chef de l'Hôtel-Dieu. Il habitait dans le pavillon où est installé le musée, qui est à la fois maison natale de Gustave Flaubert et musée de l'histoire de la médecine.
Les concepteurs de l'exposition qui se tient jusqu'au 14 juin 2008, Les enfants du secret, ont puisé dans les archives de l'hôpital pour faire revivre le destin tragique de ces petits êtres qui ont eu le tort de naître d'une mère qui ne pouvait les élever. A cause d'une étreinte souvent illégitime, à cause aussi de la trop grande pauvreté, ces malheureuses étaient obligées d'abandonner leur enfant.
On a conservé soigneusement les lettres qu'on trouvait souvent dans les langes des nouveaux-nés. Les mères ou parfois les pères qui les écrivaient avaient l'espoir de venir bientôt reprendre leur bébé, sitôt qu'ils auraient retrouvé du travail.
Certains de ces billets sont découpés de crans aux ciseaux de façon à s'emboîter dans l'autre bout du papier que la mère conservait. Ailleurs ce sont des rubans, des médailles qui servent de signes de reconnaissance. On appelle ces objets des remarques. Pour ces coeurs plein d'amour, c'était un moyen de croire que la séparation n'était pas définitive.
Le déchirement d'avoir à abandonner son enfant, c'est juste inimaginable. Comment se mettre à leur place ? Pour les comprendre il faudrait avoir connu la misère, le dénuement complet décrit par Zola.
En vérité ces retrouvailles chimériques se produisaient bien rarement. La plupart des enfants mouraient dans la première année.
A Rouen l'abandon d'enfant était une réalité tristement banale, jusqu'à plusieurs centaines par an. Une sorte de tambour était installée dans le mur de l'hôpital, la mère y déposait le bébé, faisait pivoter le tour et sonnait une cloche pour qu'on vienne rapidement chercher son enfant.
Plus tard on a eu l'idée de proposer du secours aux jeunes mamans sans ressources, ce qui a fait chuter le nombre d'abandons.


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